lundi 17 février 2020

TOILE BLANCHE


Internet. Sa magie, ses méandres. Si par mégarde vous avez laissé expirer votre carte bleue, votre nom de domaine ne vous appartient plus et votre blog s'envole un dimanche matin dans les limbes. S'ensuivent un maelström de déconvenues,  quelques coups de fil en Arizona, en Irlande, au Canada. La brume virtuelle et rampante vous envahit. Les hébergeurs se renvoient la balle, vous rackettent au passage. Rien ne se passe. Il faut l'obstination de vos fils et l'intervention experte d'une jeune amie informaticienne pour que votre bandeau apparaisse de nouveau sur la toile.  La panique des premiers jours fait place à l'énervement des premières semaines qui cède face à la résignation du premier mois. D'autres combats sont venus faire diversion. Internet -drogue dure de nos névroses, liant de notre vide sidéral. Pourquoi la chanson de Michel Berger me vient-elle en tête?  
"Je m'en irai dormir dans le paradis blanc
Où les manchots s'amusent dès le soleil levant
Et jouent en nous montrant
Ce que c'est d'être vivant."



dimanche 19 janvier 2020

LE RÊVE PAVILLONNAIRE


Documentaire passionnant qui analyse la politique d' urbanisme en France des 50 dernières années. A la fin de la guerre, un cinquième du parc immobilier est au tapis. Il faut reconstruire. Avec l'aide des communistes Le Corbusier applique au logement social ses théories hygiénistes de séparation des fonctions Habiter/Travailler/Se divertir et fait sortir de terre les grands ensembles. Vite et mal construits les H.L.M sont rapidement décriés. Dans les années 70/80 Giscard d'Estaing, Chalandon, Phénix, Bouygues, Kauffman and Broad, puis Mitterrand et Sarkozy imposent un autre modèle d'urbanisme moins couteux pour l'état: la maison individuelle, gage de réussite sociale, promesse de vie harmonieuse, support de rêve. Exit les prolos des banlieues rouges, vive la classe moyenne-propriétaire, la résidence du Château et le modèle Barbizon. Les zones pavillonnaires éloignées des centres urbains poussent comme des champignons et dévorent les sols. Le documentaire s'appuie sur le rêve déçu de cette France grise péri-urbaine, où les individus atomisés, surendettés, isolés, privés de services publics peinent à revendre un bien sans valeur... C'est une partie de cette cette frange (1/4 de la population française) désenchantée, au rêve fissuré que l'on a retrouvé l'hiver dernier en gilet jaune sur les ronds points. Elle y a exprimé sa colère et retissé autour d'un apéro un lien social distendu. C'est sur France Télévision, réalisé par Myriam Elhadad. A voir en replay, après l'auto, après le boulot, juste avant le dodo. Faites de beaux rêves, les seuls qui comptent - les vôtres.

lundi 6 janvier 2020

CHESSBOXING


Ce damier noir et blanc serait-il un pavé mosaïque ? Cette enceinte de chanvre une houppe dentelée ? Ces hommes debout des frères à l'ordre? Pas vraiment... Mais à bien y regarder, on pourrait trouver quelques similitudes dans ce cérémonial dramatisé. Discipline née de l'imagination de Enki Bilal (BD/Froid Equateur/1992), le Chessboxing existe aujourd'hui réellement, avec règles, fédé et championnat. L'assaut  commence devant l'échiquier au milieu du ring. Les deux athlètes torses nus munis de casque anti bruit déplacent leurs pièces durant trois minutes. Si la décision n'a pas eu lieu, les deux adversaires enfilent les gants. Trois minutes de boxe anglaise... Puis, une minute de repos. Six rounds devant la table, cinq dans les cordes pour prendre un roi ou masser un foie. J'aime l'idée d'opposition du corps et de l'esprit, de revanche possible, mais d'équilibre obligatoire et de temps compté. Allez les frangins... l'idée de mort "al cheikh mat" le roi est vaincu vous est familière, autant que le sablier, ou la sentence "Ordo ab K.O". Le ring est couvert vénérable maître du jeu.