dimanche 11 avril 2021

STALKER



Attention chef-d'œuvre annonciateur de temps difficiles et d'exploration urbaine  (urbex). Immergeons nous dans le film Stalker de Andreï Tarkovski (1979) mais prenons notre respiration. L'eau y est omniprésente: en cascade, en pluie, en flaque, en lac, croupie, contaminée, dangereuse ou vitale. Au fil des pièges et des prises de conscience, "Le Passeur" nous guide à travers "La Zone", Jardin d'Eden post apocalyptique où la végétation a envahi les chars abandonnés, les bâtiments lézardés, inquiétants. Empruntant des boyaux, enjambant des dunes de produits chimiques entassés dans ces ruines fantomatiques, le guide quasi christique nous mène à l'entrée de la Chambre : celle où les vœux les plus secrets s'exaucent.  Ses deux apôtres; un professeur (la science) en quête de renommée et un écrivain (l'art) en panne d'inspiration n'y pénétreront pas, ayant compris que tout est vain ou préférant rester pétrifiés dans le monde totalitaire, narcissique, matérialiste... monstrueux. Un chien noir à nos pieds - ombre de loup- abandonnons notre corps dans ce long film (2h40), face contre terre pour une dérangeante introspection. Ces ténèbres, cet effet miroir, cette chambre et cette mort symbolique parleront aux francs-maçons. Le film connut quelques difficultés avec le régime soviétique et de nombreux  membres de l'équipe moururent peu après le tournage dans ces lieux pollués d'Estonie. Le paradis ne se gagne t-il pas au prix de quelques sacrifices ? 




mardi 6 avril 2021

SERGE & LA NOUVELLE VAGUE


Dans son premier long métrage en 1958  "Le  beau Serge", Claude Chabrol pose l'une des premières pierres de ce que l'on appellera la Nouvelle Vague. Déjà théorisée dans les Cahiers du Cinéma par Truffaut, Bazin, Godard, Eustache, Rivette, Rohmer, Audiberti... celle-ci y rejette  l'académisme des films d'après guerre, le vieux système hiérarchisé de production, les scénarios convenus, les recettes du cinéma de papa (Claude Autant-Lara, René Clair, Bresson...). Ces jeunes réalisateurs préconisent les techniques nouvelles, les décors naturels (ici en Creuse), la lumière naturelle, les personnages ordinaires parlant d'eux-mêmes et de leur époque, un jeu moins théâtral. Le mouvement durera jusqu'à la fin des années 60 et fera éclore une myriade de jeunes acteurs et actrices, Belmondo,  Audran, Seberg, Karina, Ogier, Deneuve, Aimé, Léaud, Riva, Brialy/Laffont/Blain (le trio du beau Serge)... On reprochera à  ces belles et jeunes gueules d'être la caution esthétique des Trente Glorieuses, du gaullisme et de son renouveau affiché ainsi que leur narcissisme. Peu importe, ces jeunes gens aujourd'hui morts ou cacochymes laissent dans le sable une trace, que des vagues nouvelles effacent à leur tour, mais qui marque le cinéma de son empreinte.  

jeudi 1 avril 2021

MK-ULTRA

 


Tout commence avec les essais nucléaires sur l'atoll de bikini quand les militaires en short sont priés d'aller nettoyer les navires irradiés à la brosse à dents, pour juger des effets des radiations. Années 50. Guerre froide.  Le programme MK-Ultra est institué, financé et commandité aux universités américaines par la CIA. L'objectif est d'inventer des armes nouvelles pour des hommes nouveaux. Des soldats transformés en robot, sans mémoire, tueurs sur commande ou neutralisés sans combattre. A grand renfort de  substances (LSD, amphétamine, psychotropes) de privation de sommeil, d'hypnose, choc électrique, puces informatiques... des militaires, prisonniers, puis des noirs pauvres et autres civils non volontaires venus se faire soigner font les frais de ces "recherches" sur la manipulation mentale. Années 70. La CIA brule les archives. Quelques dossiers rescapés atterrissent au New York Times. Révélation. Scandale.  Commission Rockfeller d'enquête présidentielle. Excuses officielles du gouvernement américain (Clinton 95). Que les milliers de cobayes (hommes et femmes) sacrifiés, mutilés, déments ou morts se consolent. Les acteurs politiques ou scientifiques (Cameron) que n'auraient pas renié leurs collègues nazis sont morts dans leur lit, mais leurs travaux ne sont pas perdus. Les techniques de torture, lavage de cerveaux, terreur sont utilisées depuis à Guantánamo ou partout...  Make America Great Again !



LOGE MARTHE RICHARD



 

dimanche 28 mars 2021

LA FABRIQUE DE L'IGNORANCE

 


La science a toujours entretenu des rapports complexes avec l'autorité. Au XVIeme  siècle Coppernic et Galilée en firent les frais. Un passionnant reportage " La fabrique de l'ignorance "  (Arte/Pascal Vasselin /Franck Cuveillier) décrypte la stratégie des industriels après guerre qui plutôt que de nier les méfaits de leurs petits commerces oriente la recherche au service de ses intérêts. Tout débute avec l'affaire des cigarettiers américains (Big Tobbacco) niant les méfaits du tabac et du tabagisme passif. S'ensuivent celles du Round-up et Gaucho sur la mortalité des abeilles, du Chlordecone sur les cancers et la pollution des sols,  du Bisphenol et des perturbateurs endocriniens jusqu'aux "conclusions" sur les maladies infectieuses, les nitrates et les algues vertes, les dangers du pétrole de schiste, du diesel et des particules fines, le nucléaire et le changement climatique. En 92/93 afin d' allumer un contre feu au sommet de la terre de Rio, l' appel d'Heidelberg est lancé. Par une prouesse de communication pervertissant le débat public, un détournement du langage, la communauté scientifique dans son immense majorité le signe, ignorant qu'il est à l'initiative des industriels de l'amiante. Après avoir mis en lumière les procédés de duperie, le reportage s'attarde sur les mécanismes psychologiques, les biais cognitifs qui leurrent notre cerveau et nous font accepter l'inacceptable: statu-quo/optimisme qui refuse tout changement à notre frénésie de consommation, de voyage, notre façon de produire ou  complotisme qui brave le consensus scientifique. La globalisation, la discussion planétaire, les tweets assassins, le recrutement numérique font le reste dans cette guerre de territoire.  La science s'est monétisée. Celle qui ne rapporte pas est laissée pour compte devenant une non-science, une "junk science" face à une "sound science" qui sert la liberté individuelle, le libre marché et le moins d'état. Les écologistes deviennent des communistes masqués, pastèques "vertes à l'extérieur, rouges à l'intérieur"... la boucle est bouclée, la planète crame, s'atomise, se plastifie. Le vivant est en danger. Saviez-vous que cette étude de la production culturelle d 'ignorance, de doute et de désinformation s'appelle l'agnotologie?  Allez ... un aphorisme pour la route: "Puisque il est dans la nature de la science de douter, la vérité est du côté des sceptiques" Imparable non?

Appel D'Heilderberg extrait

« Les plus grands maux qui accablent notre Terre sont l'ignorance et l'oppression, et non la science, la technologie et l'industrie dont les instruments, lorsqu'ils sont adéquatement gérés, deviennent les outils indispensables à un futur façonné par l'Humanité, par elle-même et pour elle-même, lui permettant ainsi de surmonter les problèmes majeurs tels que la surpopulation, la famine et les maladies répandues à travers le monde. »                        Qui ne signerait pas cela?


mercredi 24 mars 2021

LES DAMNÉS DE LA COMMUNE




Arte nous offre un magnifique documentaire sur l'histoire de la Commune (Graphiste et réalisateur Raphaël Meyssan). L' immersion dans le Paris du Second Empire à terre, de la guerre Franco-Prussienne, de la jeune République Versaillaise et de la Semaine Sanglante se fait dans ce film unique à travers des gravures de l'époque subtilement animées et des commentaires inspirés. Yolande Moreau, Simon Abkarian et d'autres offrent leur voix à Thiers, Blanqui, Favre, Vallès, Varlin, Clément, Louise Michel ou Victorine. La fresque, fluide, poétique et documentée éclaire sur l'espoir, puis le chaos  du grand incendie démocratique et populaire éteint dans le sang et dont les francs-maçons payèrent le prix. Rendons aussi hommage aux illustrateurs, dessinateurs et graveurs du XIXème à la technique époustouflante qui ont su donner vie à ces "Damnés de la Commune" aux regards incandescents, aux rêves si grands qu'ils nous interrogent sur les nôtres. Les morsures d'acide mordant le cuivre, les entailles profondes des pointes sèches, l'encre noire scarifiant la page, témoignent au son du canon de la violence d'une Histoire marquée au fer rouge  


lundi 22 mars 2021

UN NANAR POUR UNE ANAR

 
André Gide nous avait prévenu "
On ne fait pas de la bonne littérature avec des bons sentiments". Preuve par l'image... du bon cinéma, non plus ! A l'heure où l'on célèbre les martyrs de la Commune, le film Louise Michel la rebelle (2008/SylvieTestud) en fait la probante démonstration. Ils ont du s'emmerder ferme les déportés de Nouvelle-Calédonie, parce que nous aussi. Tout y est: les anarchistes dignes, les méchants matons, les gentils mais primitifs Canaques, la jungle humide, les courriers à Hugo et Clémenceau, l'égérie de la Commune, lisse, vierge rouge sans faille et bonne institutrice, les acteurs qui récitent leurs textes. Saluons l'exploit d'avoir fait un film aussi bourgeois sur des révolutionnaires. Je sais que l'on aborde pas l'art par le biais de la critique, mais... avec l'amnistie de Louise.M arrive enfin la nôtre. Je vais aller relire la bande dessinée Le cri du Peuple de Vautrin et Tardi. S'il vous plait... du souffle-du souffle-du souffle.

jeudi 18 mars 2021

MARS & MUSK

Elon Musk: ce type incarne pour moi la folie du monde, son aveuglement et son consentement au pire.  Le milliardaire-mégalomane ayant déjà acté l'effondrement de la planète mère est prêt à en un investir une autre, hostile, lointaine, pour le salut de l'humanité (ah-ah-ah!) à grand renfort d'intelligence artificielle et de fortune personnelle (100 milliards de dollars). Plutôt que de dépolluer les océans de plastique, d'alphabétiser à tour de bras, ou de vacciner.... Elon préfère envoyer une décapotable rouge tourner dans l'espace, coloniser Mars avec un million d'humains. Rassurez-vous, vous ne ferez pas pas partie des élus... Son fils XAE A-XII peut-être !? Il faudrait  bourrer le fion du canadien avec des bit-coins, ainsi qu'à Trump et quelques autres milliardaires et les envoyer en éclaireurs sur la planète rouge. Si la navette Space X ne fait pas boum au décollage, implorons Mars, dieu du combat, de la jeunesse et de la violence qu'il se contente de ces vieux boucs aveugles et les bouffe tout crus...


L'AFFAIRE LOUIS 14

jeudi 11 mars 2021

LE GRAND MÉCHANT SIGMUND

 



Les bonnes séries, c'est comme les coins à champignons, c'est rare mais ça finit par se savoir. Surtout les gratuites sur Arte. "En thérapie" (de Nakache et Toledano, inspirée d'une série israélienne BeTipul) est de celles-là:  35 épisodes soit 7 séances pour 5  patients seuls ou en couple qui fouillent leur inconscient et s'acharnent à faire ou ne pas faire émerger la névrose, la culpabilité, l'échec, le souvenir qui  pourrit leur vie, ronge la famille ou la vie amoureuse. Les acteurs et actrices sont au sommet, les dialogues aux petits oignons, les personnages attachants. Sur fond d'attentat au Bataclan, nous analysons les fêlures de l'époque, des autres et les superposons aux nôtres. On aurait presque envie d'aller s'allonger sur le canapé rouge du docteur Dayan. Il est vrai que le mauvais rêve actuel nous laisse un peu de temps pour l'introspection et la sinistrose. Vivement le printemps...

dimanche 7 mars 2021

BONNE NUIT LES PETITS

 


Il ne faut jamais revenir sur les lieux de son enfance. Pourtant Google Maps et sa fonction Street view y incite. Au mieux, les lieux n'ont pas trop changé, au pire ils sont méconnaissables. Une ville de banlieue. Vous cherchez le petit bazar de la rue tortueuse montant vers l'église où vous étiez enfant de chœur... or la rue a disparu. Reste l'église. Les panneaux routiers ont déraciné les arbres, le bitume a noyé la terre battue.  Comme un avertissement, le film de Jacques Tati  "Mon Oncle" annonce ce triomphe à venir de la modernité et de sa solitude. C'est l'Histoire me direz-vous ? - un temps meurt, un autre nait. - Oui, à condition qu'une poésie en remplace une autre. Notre société a laissé filer l'art du beau dans la ville. Nos cartes postales de rues piétonnes aux jardinières hexagonales, les mairies bling-bling, les barres grises ne feront pas recette. Et n'allez pas me parler de passéisme ou du charme des lotissements blafards - l'architecture m'est connue... Dans ma tour au 5ème étage, du haut de mes dix ans, les baies vitrées de l'immeuble d'en face  me rassurent.  Bonne nuit. A demain.  Nounours et le Marchand de sable s'éloignent à bord de leur nuage sur un air de pipeau prémonitoire. Pom.Popopom.Pom.Pom. C'était beau, ça ne l'est plus. L'enfance n'a pas tenu ses promesses.

samedi 6 mars 2021

PATRICK DUPOND

 



A star is dead. Patrick Dupond s'est envolé pour un dernier grand jeté. Double pas, cercle de lune puis l'espace infini. La danse devrait être obligatoire à l'école, comme l'art oratoire, le dessin, le chant, la musique... toutes ces disciplines qui libèrent de la gravité, du regard de l'autre, apaisent et rendent imaginatifs. Oui, je sais tambours, peintures, danses, discours et chants de guerre existeraient encore, puisque tout existe mais ils perdraient de la vigueur.  Il y a quelques années j'ai participé deux saisons durant à un cours de danse contemporaine. C'était libérateur malgré mon petit niveau. Corps, espace et temps fusionnaient deux heures de temps, instant arrêté, court moment de vol.  Là haut ou en bas ... danse Patrick, danse avec les faunes Nijinsky, Lifar, Noureev et Pina Bausch: Celle-ci nous souffle  "Dansez, dansez, sinon nous sommes perdus ! "

dimanche 28 février 2021

TRI YANN


Une fois n'est pas coutume... je parlerai aujourd'hui de musique sans enterrer un artiste. Covid et âge obligent, les Trois-Jean de Nantes raccrochent le biniou. Après cinquante ans de carrière, nos trois têtes blanches chantent une dernière fois "Je m'en vas". Dans les années 70, le folklore avait reconquis ses lettres de noblesse. En Bretagne Stivell, Servat, Dan Ar Braz et Tri Yann en étaient les ambassadeurs, en Alsace Siffer, en Catalogne Llach... D'autres voix sont venus, depuis: Gwennyn, Soldat Louis, Denez Prigent (ah! "Gortoz A Ran" tous poils dressés) d'autres nostalgies: Miossec (wahhh! Tonnerre de Brest) ou même Nolwenn Leroy. En 76, un ami breton, mort depuis, me faisait découvrir "La découverte ou l'ignorance". Adieu jeunesse... Plus tard, la Jument de Michao accompagnera à leur tour mes fils.  Merci aux trois paladins celtes d'avoir enrichi mes vingt ans, et peut-être plus encore d'avoir crée une passerelle entre cette culture française que j'aime tant et les cultures régionales qui en sont des pépites. Pelot d'Hennebont -Homme de granit, n'en finit pas de se battre "Ma chère maman je vous écris, que nous sommes entrés dans Paris..." 


mercredi 24 février 2021

LA PLANCHE

La planche ou Morceau d'Architecture est un exercice auquel  s'adonnent les Frères et Sœurs même si tous ne s'y confrontent pas. Une fois le thème posé et accepté par le VM, il faut se lancer à l'eau et découvrir que si l'on a un intérêt pour le sujet, on n'en maîtrise pas toutes les finesses. Le "travail"  prend alors son sens. Le soir de l'exposé, certains optent pour la prise de parole libre avec notes. D'autres (dont je fais partie) pour la planche lue. La première est plus vivante. La seconde plus figée. L'idéal est d'arriver à exprimer sa pensée sous forme de causerie avec la rigueur de l'expression écrite. Il faut pour cela affermir ses talents d'orateur. Les écueils à éviter, à mon sens sont la surenchère intellectuelle, l'avalanche de références dont rien de personnel n'émerge, la parole conforme à la doxa maçonnique et... la longueur de l'exercice.  "Gadlu qui est à l'Orient, délivre nous du pensum, suivi de prises de parole interminables en trois points". Dans les semaines à venir je plancherai sur la caricature et le rire, sujet qui peut être "mortel" au propre comme au figuré, ou que certains ne trouveront pas "maçonnique". Mon avis diffère. La pensée peut-elle circuler si la libre parole y est interdite?

lundi 22 février 2021

HÉLÈNE MARTIN

Malheur ! Ce blog va devenir une rubrique nécrologique. Qu'importe, Il faut bien rendre hommage à cette génération qui s'envole. Hélène Martin va rejoindre Ogeret, Ferrat, Aragon, Giono, Ferré, Neruda, Genet... Sa mise en musique du Condamné à mort n'a plus quitté ma tête depuis 1982. Allez réécouter: "Sur mon cou, sans armure et sans haine, mon cou." Version Marc.O ou E. Daho,  les deux sont bonnes. Terminez par la voix incandescente d'Ogeret qui chante le Feu, poème Aragon, musique Martin. "Toute ma forêt, je suis là qui brûle." Vous n'aurez plus jamais froid. 

vendredi 19 février 2021

THÉRÈSE RAQUIN

Thérèse Raquin: troisième roman de Zola, paru en 1867. L'écrivain nous plonge à Paris -passage du Pont Neuf (aujourd'hui détruit) dans un huis clos nauséeux. Le drame se joue en quatre actes. Le premier est celui du mariage et de l'ennui, le second celui de l'adultère et de l'épanouissement des sens. Le troisième dépeint le meurtre du mari qui semble être un frein à la concupiscence des deux amants. Le quatrième  mélange remord, haine et violence des anciens amants, mariés après leur forfait et hantés par le fantôme du noyé. Leur suicide/meurtre simultané les délivre de la folie, sous les yeux de la vieille mère paralytique et muette. Ami de Manet, Cézanne et Pissaro, Zola signe une oeuvre naturaliste magistrale et "glauquissime", peinture de tempéraments fiévreux plus que de caractères.  L'auteur sera éreinté par la critique. Aurais-je apprécié à l'époque? Rien n'est moins sûr. 

dimanche 14 février 2021

SAINT-JUST

Selon les auteurs: Archange de la mort - de la terreur - de la révolution... le tribun Saint-Just incarne ces irréductibles Jacobins, toujours plus intransigeants dans leur quête d'égalité et de vertu idéalisées. Les autres groupes à peine plus modérés ou plus populaires feront les frais de cette surenchère paranoïaque: Girondins, Hébertistes, Indulgents,  Francs-maçons épris des idéaux des Lumières. Il tombe à son tour le 9/10 thermidor (27/28 Juillet 1794) avec Robespierre. Il a 26 ans. On lui doit quelques fulgurances: "Un roi doit régner ou mourir"  "Pas de liberté pour les ennemis de la liberté", "Le bonheur est une idée neuve en Europe", "Celui qui ne croit pas à l'amitié, ou qui n'a point d'amis, est banni", "Les révolutions sont moins un accident des armes qu'un accident des lois", "Quand tous les hommes seront libres, ils seront égaux; quand ils seront égaux ils seront justes". Ainsi que Organt, poème érotico-mythologico-révolutionnaire de 8000 vers, de nombreux écrits théoriques, une contribution à la bataille de Fleurus, la Constitution des droits de l'homme et du citoyen (1793) qui n'a aucune valeur dans celle de la Ve république, et quelques portraits ou bustes. Eloquent, jeune et joli garçon le nivernais de Décize a fait tourner quelques têtes et en a fait tomber encore plus. Laissons lui le mot de la fin - la sienne peut-être : "Tous les arts ont produit des merveilles: l'art de gouverner n'a produit que des monstres". 


lundi 8 février 2021

TARKOVSKI

 

 

"Je pense qu'un des aspects les plus tristes de notre temps est la destruction dans la mentalité des hommes de tout ce qui avait un lien conscient avec le beau "

 

Tarkoski.  Le temps scellé

mardi 2 février 2021

STRANGE CASE OF Dr JEKYLL & Mr HYDE

L'étrange cas du Docteur Jekyll et de M.Hyde est un court roman publié en 1886 par Robert Louis Stevenson (
Oui, celui de l'ile au trésor !) Incontournable de la littérature fantastique c'est une allégorie prémonitoire de ce que  Freud théorisera 30 ans plus tard:  le double ou la personnalité inconsciente, la lutte entre  Moi, Ça et Surmoi, le refoulement, l'abject, l'interdit, le refoulé qui jouit du mal à l'état pur. L'écossais qui ira mourir aux iles Samoa (1894), où il est enterré sous le nom de "Tusitala" joue avec nos nerfs, dans une partie de cache-cache haletante, aux règles troubles entre pulsions et interdit, entre  morale et désir. Dans un mimétisme avec l'architecture victorienne il franchit les portes de la respectabilité bourgeoise, et s'introduit derrière les grilles et les façades bien ordonnées de notre âme. Sur cour, le monstre n'y dort que d'un œil. Ah oui... Hide signifie se cacher. Un hasard sans doute.

"C’était vers trois heures du matin, par une sombre nuit d’hiver. Toute la ville dormait, tant et si bien que je me retrouvai peu à peu dans l’état d’esprit de quelqu’un qui dresse l’oreille de plus en plus au point d’en venir à souhaiter l’apparition d’un agent de police. Tout à coup j’aperçus deux silhouettes : la première, celle d’un homme qui marchait d’un bon pas vers l’est, l’autre, celle d’une fillette qui arrivait par une rue transversale en courant à toutes jambes. Vous devinez la suite. A l’intersection, ce fut la collision. Mais ce n’est pas tout : ce qui suit est horrible… Figurez-vous que l’homme en question foula froidement aux pieds le corps de la fillette et l’enjamba en la laissant hurlante de douleur sur le pavé. Ça n’a l’air de rien à entendre mais c’était une vision d’Enfer. L’individu n’avait plus rien d’humain, c’était je ne sais quel monstre satanique et impitoyable"







mercredi 27 janvier 2021

L'EMPEREUR

 

A l'orée de mes douze ans - et ce durant plusieurs étés, j'ai monopolisé le tourne-disque de ma grand mère, ainsi qu'une pile de disques hétéroclites. En ritournelle, les Compagnons de la chanson succédaient à Nana Mouskouri, les chants d'Europe centrale aux chansons à boire du folklore bourguignon, Gilles Douai à Beethoven. Le concerto pour piano n°5 dit de "l'Empereur" que dans mon enthousiasme j'avais affecté au petit corse, m'emportait dans son souffle épique. A l'époque le soleil d'Austerlitz m'apparaissait comme le décor indépassable de l'héroïsme et du génie militaire. Peut-être du génie tout court... Puis dans le creuset incandescent de l'adolescence, j'ai fondu d'autres musiques, d'autres lectures, d'autres idées moins martiales: Lupin, René Fallet, Jonasz, Mauriac, Saint-Exupéry, Manset, Ferré... J'ai changé sans changer vraiment. J'ai appris sur la surdité de Beethoven, le calvaire quasi christique, l'incapacité à l'amour conjugal, le caractère sombre, le neveu difficile... Je lui garde une admiration sans bornes. Celui là est mort en sachant qu'il laissait une musique éternelle, moderne... oserais-je dire -impériale ? En tout cas flamboyante : "Allegro ma non troppo".  

 

mercredi 20 janvier 2021

JEANNE, MA SŒUR JEANNE



La dernière Une de FM magazine nous interroge - " Jeanne d'Arc héroïne secrète de la franc-maçonnerie ? " Ses 100 ans de canonisation n'ont pas fait le buzz, mais Jeanne "la bonne lorraine" n'en finit pas de se métamorphoser et d'incarner les dogmes. Parti communiste dans les années 50, gauche sociale, droite traditionnelle chrétienne, extrême droite ces temps-ci... récupèrent le symbole patriotique et mystique dont la foi soulève les montagnes et les armées, résiste à l'ennemi (qu'elle boute hors de France !) et subit le martyr. Venue du peuple, au cœur simple, vierge mais côtoyant les hommes rudes, choisie par dieu, trahie, en proie au doute, jugée par le diable allié aux "godons", républicaine et royaliste qui dialogue avec les anges jusqu'à la mort infamante. Ah, oui j'oubliais !... jeune et gironde, Jeanne possède toutes les vertus pour un mythe. La FM aurait tort aujourd'hui ou hier de ne pas la revendiquer à son tour... Les temps sont durs ! Tiens, je vais aller me regarder le film de Luc Besson. Certaines scènes me donnent le frisson.

jeudi 14 janvier 2021

L'AFFAIRE DU SIÈCLE

"Toute pensée digne de ce nom aujourd'hui doit être écologique."               Lewis Mumford. ( Le livre de la machine)


samedi 9 janvier 2021

LA DISGRÂCE

La vie ne fait pas de cadeau. Pour illustrer cet aphorisme France 2 dévoile en fin de soirée cinq visages "disgracieux", en réalité abimés, mutilés, opérés, reconstruits, parfois effrayants, toujours dérangeants... 2 hommes + 3 femmes = 5 histoires de cancer de la face, de concert au Bataclan le mauvais soir, de maladie génétique, brûlure,  acide. Tous se livrent et posent dans un grand studio photo parisien. Les mots comptent. Ils se préfèrent difformes, différents que "dé-figurés " soit privés de figure. La leur ne leur plait pas, fait peur, les isole mais existe. On perçoit beaucoup de souffrance, de solitude, de volonté mais aussi beaucoup d'amour de la vie, de bonté et d'intelligence. On est dans le vrai -n'allez pas par convention leur parler de "beauté intérieure" qui ne ferait qu'égratigner les plaies... Alors - beauté, fortune, intelligence... visas de notre passeport pour le bonheur? Ne nous mentons pas.  Oui et plus encore dans nos sociétés d'apparence, de norme et d 'image où la cruauté des hommes reflète celle des miroirs ! Miroir, ennemi intérieur... Ceci évoquera une certaine soirée aux initiés.