vendredi 12 novembre 2021

BARRY LINDON

Barry Lindon. J'aime ce film de 1975. La minutie des costumes, la photo, les éclairages aux chandelles, les scènes de batailles, de duels, l'affiche, la musique (Sarabande, trio à cordes et piano)... mais aussi  l'intrigue et le personnage. Barry, intrigant irlandais évolue dans la société britannique du XVIIIème siècle. Simple soldat, officier par usurpation d'identité, déserteur, tricheur au jeu, trousseur ou détroussé, débauché, querelleur, veule, violent, courageux, amoureux... L'homme aspire à la consécration sociale et la rencontre en séduisant la riche comtesse de Lindon. Arrivé au pinacle, la chute n'en sera que plus dure. Ce film est moderne. Ambition, opportunisme, maladie, guerre, amitié, chagrin, passion, cynisme, amour filial, vengeance, mort... Rien que des thèmes éternels. Merci Stanley Kubrick, merci Ryan O'Neal, qui ne retrouvera jamais un aussi beau rôle, merci aux chers morts Hændel et Schubert. Gloire au baroque annonçant le romantisme, sa mélancolie et ses instants de grâce. 

dimanche 7 novembre 2021

DU CÔTÉ DE VITRY...

Quel fleuve coule à Paris ? La Seine ou l'Yonne ? Les règles hydrographiques sont formelles... Sous le Pont Mirabeau coule l'Yonne. Bon ! A deux encablures de Bercy, sous le pont de Charenton coule la Marne qui rejoint la Seine (pardon l'Yonne !) entre autoroute, périphérique et voie ferrée. Saint-Maurice la bourgeoise et le bois de Vincennes sont à deux pas. Par les quais, rendus aux vélos on tourne le dos à la tour bancale de Jean Nouvel. Ce ne sont pas des quais somptueux, plutôt une zone interlope au charme discret mais réel. Spectaculaire passerelle béton taguée, où de pauvres bougres ont installé leur tente derrière un pilier,  ateliers et entrepôts en brique, péniche au propriétaire atteint du syndrome de Diogène,  skatepark cheap... créent une ambiance "réaliste". On dépasse l'improbable Chinagora, si improbable que sa présence devient fascinante. La kitschissime réplique de la cité interdite dresse ses toits en pagode aux portes de Paris... Dans un souci de dépaysement les touristes asiatiques viennent y manger et dormir. Mais déjà Vitry se profile. Un mélange d'artères sans âme, de boulevards tristes et de petites rues aux pavillons en meulière évoquent Léo Mallet ou Céline. Sous les pavés déchaussés, des arbres se dressent encore, mais l'arrêté préfectoral menace. La gentrification aussi. Un théâtre lové dans une vieille gare, quelques restos alternatifs, des rues aux noms de résistants et de maires communistes rappellent que Vitry fut une cité rouge. Lors de ce court séjour, nous irons une fois en vélo à Paris: quais que se disputent piétons et cyclistes enragés, jardin des Plantes inondé de monde, places fourmillant de touristes, danger à chaque coup de pédale... nous le feront regretter. Je tente une prière... "Notre Dame qui êtes en chantier, préservez-nous de la foule, des trottinettes et de l'agitation du monde. Ainsi soit-il."


mercredi 27 octobre 2021

UTOPIA



L'autre soir - avec mon amie - entre la poire et la fromage la conversation a porté sur le revenu universel et inévitablement sur l'utopie. En cette fin de repas, nous n'avons pas convié Platon, Thomas More, Rabelais, Fourrier, les gars de la Commune... mais évoqué de manière floue la Société idéale en butte aux sociétés réelles imparfaites. Pour mon amie, les avancées sociales sont les utopies d'hier. Elle a raison. Sans utopistes pas de sécurité sociale, de congés payés, d'instruction publique obligatoire, d'égalité hommes-femmes, de vote, etc... Son  monde est coloré. Le mien ne s'exprime qu'en nuances de gris... J'ai avancé les guerres incessantes, les génocides, les intérêts particuliers, la cupidité, le cynisme, la torpeur, la médiocrité et notre propension à pervertir toute idée généreuse. En point d'orgue le réchauffement climatique et la cécité des peuples, des décideurs, des puissants. C'était deux regards croisés, deux énergies, deux visions de l'humain et du politique. L'un de partage et d'humanisme, l'autre rivé sur la réalité du monde. Quelle est la vision juste? Celle qui  n'envisage que la lumière... Ou celle qui distingue les ombres dans l'obscurité ?


mardi 12 octobre 2021

PAGNOL EST MORT



"Le Château de ma Mère" film de Yves Robert a 30 ans. Ce soir, une évidence me saute à la face. Ce récit, à des années lumière du nôtre n'est plus.... Les collines de Provence, giboyeuses, préservées où l'on accède à pied, les "piqueurs" débonnaires (ou pas!) du canal traversant les propriétés de notables, un comte balafré par un uhlan, les hussards noirs de la République" dans des écoles propres, aux élèves respectueux, des couples unis et romantiques, des enfants arpentant le maquis et posant des collets... Aujourd'hui, Marseille a les yeux de Chimène pour le ballon rond. Entre deux rodéos, on s'y canarde dans les cités sur fond de trafic. Les crues emportent des tonnes d'immondices dans la mer. Les calanques sont prises d'assaut ou privatisées, la garrigue brûle, envahie par des maisons sans poésie... Ailleurs, on décapite un professeur, on en agresse une autre. Pourtant, la ville est toujours belle, colorée et polychrome. Le Garlaban domine toujours Aubagne. Que s'est-il passé pour que cette adaptation nostalgique, sans poussière, sans aspérités, cette carte postale idéalisée de l'enfance, ce film sur le bonheur, colle aussi peu avec notre réalité ?


mercredi 29 septembre 2021

LA STASI

 


La Stasi, police politique, utilise avant la chute du mur 90000 agents officiels et 175000 informateurs, soit 1% de la population. Bouclier et glaive du parti socialiste, son but est de "Tout savoir". La dictature Est-Allemande met les esprits sous contrôle. Ecoutes téléphoniques, appartements sous surveillance, détention, dénonciations, interrogatoires, chantage au logement, à l'emploi, pressions psychologiques, fouilles... alimentent une paranoïa générale. Les citoyens de RDA la dépeignent ainsi: "Si tu ne viens pas à nous, nous viendrons à toi"Un  beau film de 2006 "La Vie des autres" (FH von Donnersmarck) nous plonge dans cet univers plombé. Gerd Wiesler (Ullrich Mühe impérial) capitaine de la Stasi, froid et méticuleux, espionne nuit et jour un auteur de théâtre et sa compagne actrice. Au fil des écoutes, dans une vie par procuration, il  transforme son regard et ses méthodes jusqu'à modifier ses rapports et sauver l'artiste compromis. Une histoire aussi belle qu'improbable !

Question subsidiaire: "Si nous ne sommes pas en dictature dans nos sociétés "démocratiques", sommes nous libres pour autant ?"  Vous avez deux heures...    


vendredi 24 septembre 2021

SATANAS ET DIABOLO

 


Ça y est. La campagne présidentielle est lancée. Comme dans la série américaine des années 70, Eric Satanas et Jean-Luc Diabolo ont croisé le fer hier soir sur BFMTV.  L'un voyant dans l'émigrant la source de tous les maux d'un pays décadent;  l'autre l' absolvant de toute faute. Rire sardonique et coup sur la tête garantis.  A la même heure (mauvais timing!) Valérie jolie cœur affrontait le Soldat Petit Pois. La veille, Yannick la Rondelle et son castor Saucisson bataillaient sur les techniques d'abattage des résineux. Ecologie pragmatique versus écologie radicale. Pendant ce temps le jeune pigeon Zéphyrin, promu à un bel avenir tente de traverser les lignes avec son clairon. Taratita tari tara. Chacun s'efforce de prouver qu'il est l'homme ou la femme providentielle. Les sales coups pleuvent.  Qui gagnera ? Anne la Rouge, Al Carbone et sa bande, Arnaud de Beau Fixe, Malabar ou Malabile, les Frères têtes dures, le Professeur Maboulette... ? Faites vos jeux. La planète brûle, rien ne va plus ! Sapristi-Saprista ! Perdu encore une fois !

vendredi 10 septembre 2021

HERCULE/HÉRACLÈS

 


Héros populaire dans la Grèce et la Rome antique, célébré pour ses douze travaux où il affronte les monstres des temps anciens. On ignore parfois que ces épreuves lui sont imposées par Eurysthès (héritier de Zeus né d'un stratagème quelques heures avant lui) pour expier son crime. Dans un coup de folie orchestré par la jalouse Héra, Héraclès tue sa propre femme, ses enfants et revenu à la raison plonge dans le désespoir.  Sa force physique, son courage, son gout de l'aventure et de la justice, sa puissance sexuelle en font un être d'exception, mais aussi un perpétuel exilé, qui apprend peu de ses erreurs, un être déchiré (haï par la femme de son père) et  fragile psychologiquement. Le fils de Zeus et d'Alcmène devient le symbole de l'accomplissement dans l'effort, du combat intérieur et de la quête de la rédemption. L'homme à la massue, à l'arc et à la crinière solaire de lion, accède à la vie éternelle après une mort de supplicié. Ne manque que le salut des hommes comme horizon à cette fin tragique et sacrificielle, pour que la ressemblance avec un autre "fils célèbre" soit plus troublante encore...

mardi 7 septembre 2021

LE TOUR DE BÉBEL



Belmondo a été retrouver ses parents, Gabin et ses copains du conservatoire. Nous perdons le grand frère, le copain, l'amant, le père, le bagarreur que nous aurions aimé être. Avec son physique de statue grecque, sa gueule d'amour, sa décontraction et sa gouaille, il incarne une forme de masculinité joyeuse, témoin d'une période enfuie dans une France insouciante, libre et heureuse de vivre.  Au concert des louanges nationales, j'apporte ce bémol. Belmondo tourne ses plus beaux films, jeune: Le Doulos, Week-end à Zuydcotte,  la Ciociara, La Sirène du Mississipi, Cartouche, Un singe en hiver, Pierrot le Fou, A bout de souffle, Léon Morin prêtre, l'Homme de Rio, Borsalino... puis invente Bébel le cascadeur/Tac-Tac Badaboum qui me semble plus caricatural. Le théâtre qui l'avait boudé le rattrape avec bonheur, puis Lelouch le césarise enfin, les 278 rappels de la dernière représentation, l'AVC, le fauteuil... Bébel a eu mille vies et réalisé le vieux mythe de la Tour:  parler à chacun dans un langage simple, universel, populaire. Belmondo est mort et "... c'est vraiment dégueulasse ! "  

- ... mais, il l'emporte sans un pli, sans une tache.

-Quoi?

-Son panache !




dimanche 5 septembre 2021

ZEUS

Sacré Zeus ! Toujours prêt à courir le guilledou.  Déesses, nymphes... mais aussi mortelles. Aucune ne lui échappe. Même sa propre soeur, l'irascible Hera partage sa vie et sa couche.  Seule condition pour être séduite: être plutôt jeune et bien gaulée. Aux déesses il emprunte les vertus et s'en pare: prudence, ruse, justice... Aux humaines, il ne peut apparaitre sous sa forme divine et se déguise en taureau, en aigle, en cygne, en pluie d'or, en cheval... ou sous les traits d'une autre divinité. Bien sûr, avec un tel tempérament sa progéniture est innombrable: déesses, dieux, muses, héros. (Mon préféré c'est Hercule ou Héraclès). Pourquoi le culte de ce dieu suprême et sauveur, immortel et invincible, dieu du ciel, pas très éloigné d'un culte monothéiste a t-il disparu ? Peut-être les pensions alimentaires ou la perspective d'un scandale façon Me Too  l'ont-elles incité à se faire discret. Restent l'aigle, la foudre et le chêne, le jeudi, une planète et l'image "jupitérienne" revendiquée parfois. Pas si mal !




lundi 30 août 2021

LES MOTS DE L'ÉTÉ/ 5

 


"Laissez tout vous arriver: la beauté et la terreur. Continuez. Aucun sentiment n'est définitif "               

 

 Rainer Maria Rilke

vendredi 27 août 2021

EN GOGUETTE !

Les goguettes (ne pas confondre avec les guinguettes /cabarets accueillant des bals) sont des sociétés chantantes  qui voient le jour en France vers 1730 et prospèrent tout au long du XIXème. Certaines viennent de plus loin comme le "Consistoire du Gai savoir (1323) ou le "Concert des Enfants de Bacchus" (1630). Lors de soirées joyeuses on rit, on  boit et on s'amuse un soir par semaine en poussant la chansonnette.  Après l'Empire, le nombre des membres est réduit à 19. Les royalistes voyant dans ses réunions des repaires bonapartistes. Paradoxalement cette restriction et la gratuité des prestations renforcent la cohésion des membres. Napoléon III les interdit en 1851,  craignant de voir s'y propager les idées républicaines. Le public y est plutôt populaire,  politisé ou pas, talentueux ou pas, libre penseur ou juste libre buveur,  révolutionnaire ou contre révolutionnaire. Retenez que J.B Clément (l'Internationale/Le Temps des cerises) et A. Thiers, ennemis lors de la Commune  ont été goguettiers au cours de la même période. Certains airs connus y sont nés. "J'irai revoir ma Normandie, Le petit Quinquin, Fanfan la Tulipe..." et Courbet, Baudelaire, Manet, Béranger... les ont fréquentés.... Aujourd'hui quelques unes demeurent et le carnaval de Dunkerque prolonge cette tradition des sociétés chantantes.  L'émission "N'oubliez pas les paroles" témoigne du gout français pour la ritournelle... l'argent, la solitude télévisuelle et les paillettes en plus. Un trio (mais à quatre) Les Goguettes a égayé notre confinement. Tous en choeur avec moi. "Pour moi c'est sûr elle est Pfizer..."



mardi 17 août 2021

HELL FIRE CLUB

A quelques encablures de Dublin,  perchée sur une colline, se dresse une vieille bâtisse étrange: voute de pierre en guise de toiture n'empêchant pas la pluie de s'infiltrer,  ouvertures rares n'empêchant pas le vent de hurler, portes éventrées n'empêchant pas les curieux de rentrer.  Ce pavillon de chasse  construit vers 1725 par William Conolly, politicien et avocat emperruqué,
attire aujourd'hui les fêtards et les amoureux de paranormal. On prête à son feu propriétaire des pratiques occultes et démoniaques, messes noires, débauches, crimes... L'édifice étant en partie bâti avec les pierres d'un cimetière préhistorique, l'ambiance est à son comble. On a du mal à imaginer les chevaux piaffant dans les écuries, les cuisiniers s'activant aux fourneaux au rez-de-chaussée, et les beaux messieurs en habits ripaillant ou lutinant des prostituées à l'étage. Si vous passez la nuit là bas, n'oubliez ni votre frontale, ni votre cape de pluie ni... vos anxiolytiques.

lundi 16 août 2021

LES MOTS DE L'ÉTÉ /4

Celui qui se perd dans sa passion, perd moins que celui qui perd sa passion.                     Saint Augustin

samedi 14 août 2021

PIF LE CHIEN COMMUNISTE



Je vous parle d'un temps que les moins de...  

Pif, petit chien bicolore, anthropomorphe nait après guerre de la plume d'un anarchiste espagnol passé par Mauthausen: José Cabrero ArnaI, et parait d'abord dans Vaillant, l'Humanité, Pif le chien. Le novateur Pif Gadget voit le jour en 1969 et devient un fleuron de la presse communiste. Ce parti qui contribue à l'éducation populaire, à la vie politique et sociale: sport, vacances, culture, sécurité sociale, autogestion... représente à l'époque 20% de l'électorat français. Son magazine hebdomadaire se démarque des comics américains aux super héros par ses personnages prônant la fraternité, le pacifisme, l'anti-racisme, l'entraide, dans des histoires complètes et par son gadget intelligent (ah! les "pifises", les "pois sauteurs mexicains", le "microscope", la "fusée savon"...). La rédaction (moyenne d'âge 22 ans) est constituée de dessinateurs recrutés par petites annonces, d' ouvriers en reconversion ou de grands noms de la BD:  Lécureux-Chéret (Rahan), Goscinny-Gotlib (Gai-Luron) Tabary (couvertures, notices gadgets), Mandryka (Le Concombre masqué),  Hugo Pratt (Corto Maltese),  Ollivier-Kline (Loup noir, Docteur Justice)... Le journal meurt en 94 après l'effondrement du bloc soviétique, repris épisodiquement depuis. Un de ses derniers fossoyeurs: Frédéric Lefèbvre (si-si, vous savez le macrosarkozyste qui adôôôôôrrre lire du "Zadig et Voltaire"...) en fait un truc bas de gamme, inodore, incolore et sans saveur après rachat de la licence à l'Humanité. Il y a quelque chose de pourri au royaume de Corto. Glop-Pas glop dirait Pifou.

VINGT ANS APRÈS


 

jeudi 12 août 2021

LES MOTS DE l'ÉTÉ /3

 


 "L'homme est un animal qui a trahi..."                    Danishmendt

lundi 9 août 2021

ARIGATO J.O

 


La flamme de Tokyo s'est éteinte.  Cris de joie, de douleur, de colère, pleurs,  désillusions, démonstrations de solitude ou de cohésion collective, hymnes... s'envolent déjà vers Paris 2024. Je ne boude pas mon plaisir. Lors d'une convalescence ce spectacle est un bon compagnon. Images folles, interviews, prises d'antenne, individus charismatiques, matchs au sommet, performances, nouvelles disciplines, épreuves pittoresques ou mythiques rythment les journées du "double béquillé" que je suis. Pourtant, dans un contexte sanitaire inédit, ce spectacle planétaire montre son double visage. Celui, souriant de jeunes athlètes sains, aux corps harmonieux, au service de nations fières d'elles mêmes, multicolores, en apparence pacifiques et celui plus grimaçant de nationalismes exacerbés, où politique, argent, compétition à outrance, dopage, dépenses pharaoniques et absurdité écologique accompagnent des cris de victoire rageurs dans des stades vides... pour des gestes vains. "Plus haut, plus fort, plus loin"... Certes, mais "Vers où, Pour qui, Pour quoi faire..." A l'heure où Olympie brule. A l'heure où les prises de conscience collectives devraient l'emporter sur les exploits personnels de gladiateurs modernes, notre quête d'or et de médailles, exutoire à nos frustrations, le vieux slogan "Panem et Circenses", n'est jamais apparu aussi révélateur des fêlures de notre civilisation. 


dimanche 8 août 2021

LES MOTS DE LÉTÉ /2

   


 

 "La pire maladie des hommes provient de la façon dont ils ont combattu leurs maux"                    Friederich Nietzsche

vendredi 6 août 2021

BRASSENS

 

 

 


Brassens a bercé mon adolescence, comme Barbara, Brel ou plus tard Ferré. Tous ont incarné la rébellion du jeune garçon que j'étais, puis du jeune homme. Lui, moquait les bourgeois, les flics, les juges, les curés, l'ordre établi... chantait les arbres, les belles passantes, l'anarchie joyeuse, le vieux Paris, les copains. Je connaissais tout son répertoire.  J'aimais les mots surprenants et subversifs du moustachu, l'apparente simplicité de ses ritournelles. L'époque en quête de commémoration va sonner le clairon (le 22 octobre prochain le sétois aurait eu 100 ans). Il reste au fond de mon cœur, mais je ne l'écoute plus... Aujourd'hui, tout le monde fredonne "Non, ce n'était pas le radeau..." y compris les notaires, les rappeurs aux chaînes d'or. Que chanterait Georges aujourd'hui?  Les chênes brulent partout, Margot ne se risque plus à dégrafer son corsage devant les gars du village, on meurt pour des idées ou plutôt on assassine pour des idées, les cognes bossent au LBD, les gorilles sont en voie de disparition, les "chanteurs voyous" de vingt ans ont l'œil sur leur carrière, le mètre carré est au prix fort dans le XIVème... Fin d'une époque. Jeanne a rejoint sa cane,  Fallet a rejoint Lapointe. Manquerait plus que le Panthéon pour le vieil anar !

jeudi 5 août 2021

LES MOTS DE l'ÉTÉ /1


 "On ne possède jamais une femme. Un homme non plus. Il y a toujours un mystère, un désarroi."                    Irène Frain

dimanche 1 août 2021

HARA-KIRI

 


Hara-kiri ou seppuku: suicide rituel au Japon, par éventration au sabre court (suivie d'une éventuelle décapitation). Les rituels,  la mort symbolique les francs-maçons connaissent, mais là on est dans la "sanquette" et la tripe contenue... Pour les Japonais l'abdomen est le siège de la volonté, du courage, de la pensée et de la conscience de soi. La caste des samouraïs le pratiqua pour expier le déshonneur,  l'échec, la faute, le désaccord... jusqu'à son interdiction en 1868  (puis de façon dispersée: guerre du Pacifique, Mishima...). En 1962, Masaki Kobayashi s'offre le prix du jury à Cannes avec ce thème. Un vieux rōnin (samouraï sans maître) frappe à la porte d'un clan afin de conjurer la misère et s'immoler dans l'honneur. Mais ses intentions sont plus complexes... L'œuvre a plusieurs entrées: film de sabre viril sans machisme, film humaniste d'amour filial, film historique dans le japon médiéval, mais aussi film philosophique et politique où un guerrier  pauvre et solitaire conteste le code moral de façade des samouraïs et le visage grimaçant d'un système féodal totalitaire. En noir et blanc, du souffle et de l'expression, Tatsuya Nakadai impérial. Chef d' œuvre quoi !





lundi 26 juillet 2021

RIMBAUD, TESSON ET MOI

 


Rimbaud. Quelle vie de m...! Selon que vous aimiez les mots : météore, magnificence, maraude, matamore, mouvement, magie mystère... vous viendront à l' esprit, ou que vous leur préfériez les chiffres :  malheur, misère, malédiction, merde... vous effleureront les lèvres.  Une chose est sûre, la vie du "passant considérable" ne suinte pas le bonheur. Le petit livre orange de Sylvain Tesson "Un été avec Rimbaud" nous le rappelle. Son auteur avait occupé les ondes d' Inter sous forme de feuilleton  durant l'été 2020. Grand manieur de mots et grand voyageur lui-même, Tesson, une fois encore s'était attaqué à un sommet et y avait planté sa sergent-major. Rappel des faits.  Un gamin prodige des Ardennes, fort en thème, devenu fugueur, voyou, homosexuel avant l'heure par mépris des conventions, voyant aux sens déréglés... en deux mille vers dynamite la poésie rance d'un second empire et d'une république bourgeoise, pensant changer le monde, réinventer l'amour. Mais, rien ne change rien. Alors imaginez... les illuminations d'un enfant qui vole !!! A vingt ans. Il a tout dit. Extinction du feu ou appel du réel? Mystère ! mais le réel sera cruel. Les fleuves le laissent descendre où il voulait, de ressacs en courants vers les soleils d'argent africains. L'ennui, la souffrance, les fournaises du Harar sont ses compagnons, les marches forcées ses étreintes, la soif son extase. Trois photos, cents lettres de plainte, mille fusils et quinze ans plus tard, il rentre vers la vieille Europe, ceinture de pièces d'or à la taille,  tumeur  au genou. Il quitte la mer Rouge pour sa mère noire. Une sœur l'attend à Marseille. La mort aussi. Fin de l'histoire - Début du mythe. Quelques adolescents rêvent encore de finir en roi Arthur. Une poignée d'idolâtres,  portrait de Carjat tatoué sur le cœur s'illusionne de croiser son fantôme en Abyssinie dans quelque regard de noyé. Pardonne nous, "Rimbe" de perturber tes bleuïtés de squelette. Tesson, au moins a t-il une excuse... Il fait la promo de sa propre saison en enfer.

Je n'en ai pas !  Cela te fait une belle jambe. 




 



lundi 19 juillet 2021

MAYA-MAYA



Bien que truffé de contrevérités historiques, et d'exagération sur la barbarie sacrificielle de la société maya, le film décrié Apocalypto de Mel Gibson fait mouche et me remplit de curiosité envers cette civilisation. Le souffle d'aventure et les images chocs, sans doute...  Contrairement aux cités aztèques, les grandes cités mayas ont déjà été abandonnées lorsque les espagnols y pénètrent. Elles  constituent des sites archéologiques purs. Pourquoi cette civilisation alors dans sa période classique (entre 300 et 900 après JC ) celle des pyramides à degrés a t-elle décliné puis disparu ? Guerre généralisée entre cités rivales, jeu de pouvoir entre élites et familles royales, invasion, climat, sécheresse, famine, surpopulation, surexploitation des forêts tropicales et appauvrissement des sols ... ou conjugaison de tous ces facteurs. Si les conquistadors enfoncent le clou en mettant à mal les dernières organisations mayas en particulier par le biais de maladies inconnues pour elles, en réalité, les populations n'ont pas disparu, mais ont abandonné leurs cités médiévales. Une crise de civilisation urbaine a provoqué cette forte migration diluant les masses dans des cités annexes, les campagnes, loin des prêtres mégalos, des rois belliqueux, des élites inutiles... Moins d'astronomie, de prédictions, de temples, d'œuvres d'art, d'écriture, de mathématiques, de sacrifices... Plus de petites communautés et de quiétude, peut-être !?  A méditer pour l'effondrement à venir...