mercredi 9 juin 2021

CHARLOTTE PERRIAND

 


Les années vingt. Après le grand carnage, on croit au progrès libérateur. Paris dégueule ses pauvres au delà des fortifications. La tuberculose sévit dans la zone. Les architectes visionnaires inventent des formes nouvelles pour des hommes nouveaux. Nature-Lumière-Espace-Soleil sont les mots d'ordre.  Charlotte Perriand, jeune diplômée des arts déco fait ses offres de service auprès du maitre Le Corbusier. "Ici, on ne brode pas des coussins" lui assène t-il. Il se ravise, discernant en la jeune designer à la coupe garçonne celle qui pourrait meubler ses "machines à habiter". Quelques fauteuils tournants, chaises longues basculantes toujours tendance, cuisines ouvertes, maison au bord de l'eau plus tard... il se fâchent. Pétrie d'idéaux humanistes et socialistes, amie de Fernand Léger, membre de l'UAM (union des artistes modernes) elle croit en la modernité,  l'industrialisation et la démocratisation du beau... 1940. La jeune femme embarque pour le Japon avant son entrée en guerre aux côtés de L'Allemagne. Elle y perfectionne la pureté et le gout du vide. Indochine... 1946 -Retour en Europe. Perriand retrouve Prouvé et le métal plié, invente la bibliothèque "nuage", le mobilier modulable, construit son chalet à Méribel et meuble la Cité des Arcs... puis, vieille dame s'éteint en 1999. Les concepts urbanistiques des bâtisseurs visionnaires n'ont pas tenu leurs promesses, repris par des suiveurs avides et sans talent. Nos cités carcérales en témoignent. Restent quelques fulgurances, quelques courbes, le corps, la couleur et le beau sourire de la liberté.  "L'art est dans tout, l'art est dans la vie et s'exprime en toute occasion et en tout pays". 

dimanche 6 juin 2021

RENÉ CHAR


 
 


"L'éternité est à peine plus longue que la vie" René Char ,,,

dimanche 30 mai 2021

DANS LES YEUX DE FERRAT

 


Pourquoi ai-je envie d'écouter du Ferrat ces temps-ci? Pourquoi les chansons "Ma Môme", "Camarade", "Ma France" et "Un jour, un jour" d'Aragon me touchent t-elles? Sans doute la voix grave et noueuse du beau moustachu à la tignasse grise, ses mélodies aux accents de grand soir et de lendemains qui chantent colorent t-elles la grisaille actuelle. Mitterrand 81, la Bastille, quarante ans déjà, une rose fanée au sol... Le socialisme n'a pas tenu ses promesses. Le communisme a montré son vrai visage. Jean Tenembaum est allé il y a dix ans rejoindre son père mort à Auschwitz. "Un jour pourtant, un jour viendra couvert d'orange, un jour d'épaule nue, où les gens s'aimeront..." Pourquoi la poésie s'abreuve t-elle aux plus beaux mensonges ?

lundi 24 mai 2021

1/ILS SONT FOUS CES ROMAINS

  

"Après moi que le feu fasse disparaitre la terre. "     Tibère

  "Qu'ils me haïssent pourvu qu'ils me craignent."          Caligula

samedi 22 mai 2021

ROI DE RATS

 



Phénomène curieux, rare et inexpliqué. Des rats toujours noirs 
(Rattus rattus) sauf un cas à Java, attachés par la queue dans un nœud inextricable de corps en putréfaction, de paille et d'excréments. Quelques hypothèses:  l'exiguïté du nid, une matière collante sur la queue des jeunes rongeurs... mais rien d'avéré. Un cercle de 32 rongeurs unis dans la mort à Nantes, un de 2 à Strasbourg, d'autres ailleurs... Fait avéré ou supercherie.
 Une chose est sûre, le phénomène est graphique.


jeudi 20 mai 2021

L'ART M'EMMERDE

 


J'en conviens... à l'heure où les lieux de culture vont rouvrir le propos est un peu provocateur, mais aujourd'hui - au mieux l'art m'indiffère, au pire m'emmerde. Pas les chefs-d'oeuvre, Ousmane Sow, Tintin, Lascaux, Géricault... les travaux passionnants de jeunes gens ou les écrits  de quelques visionnaires, mais la réalité de l'art, le marché, la vie d'artiste, la mascarade.  Après avoir cherché à en vivre, j'ai renoncé à sa fonction sociale et alimentaire.  Je m'exerce (est-ce de l'art !?) lors d'une pratique quotidienne à la couleur, au trait, au texte. Internet comme galerie et rien d'autre - anonyme et bénévole, sans incarnation. Tout acteur de l'histoire de l'art a cru accomplir une révolution artistique décisive... Après lui rien ne serait comme avant. On allait voir ce qu'on allait voir!!! Où sont-ils les vieux maîtres en lavallière, les officiels ou refusés du salon, impressionnistes, pointillistes, fauves, cubistes, futuristes, expressionnistes, dadaïstes, conceptualistes, artistes-pop, minimalistes, installateurs...? Où sont Dali, Monet, Kandinsky, Duchamp, Picasso, Haring, Warhol, Beuys...? Oui je sais, au cimetière, mais leurs oeuvres !? Dans les réserves ou sur les murs des musées, tous semblables à Londres, Paris, Abu Dhabi, Bilbao, New-York, chez des milliardaires,  à Sotheby's, dans les coffres-forts. Ont-ils rendu la vie plus belle? Rien de très flagrant. Quelquefois révolutionnaires qui voulaient changer le monde, au moins celui de l'art, ils ont contribué à son absurdie. Ont-ils été conscients de cette compromission avec l'argent, la mode, le snobisme, le pouvoir, la politique, la spéculation ?  Non coupable ! hurle Van-Gogh sacrifié de la société. A l'occasion, allez rendre l'hommage lige à nos barons d'Empire du luxe, ces bons marquis de Vuitton et Pinault dans leur vaisseau de verre et d'acier ou bâtiment classique fraichement bétonné. Ils vous diront ce qui est beau ou intéressant (Attention en art contemporain, cela demande un petit apprentissage...) Mais eux savent et connaissent le prix des choses. Et puis comme dit mon beau frère qui est un connaisseur:  "Le contemporain, ce n'est peut-être pas beau, mais ça défiscalise".


vendredi 14 mai 2021

PRÉMONITOIRE

 


 "Il n'y a que deux puissances au monde, le sabre et l'esprit.  J'entends par esprit les institutions civiles et religieuses. A la longue le sabre est toujours battu par l'esprit."

Napoléon Bonaparte

mercredi 12 mai 2021

MURAT

 


Ces jeunes maréchaux qui mènent leurs hommes au combat participent de la légende napoléonienne. Ils se distinguent des états majors modernes planqués dans leur QG. Sabre au clair, ou cravache à la main, ils chargent sous la mitraille et pèsent eux-mêmes dans la décision par leur fougue et leur charisme. Murat est de ceux-là. Fils d'aubergiste sur le causse Gramat, il reconquiert ses galons aux côtés d'un certain Bonaparte le 13 vendémiaire en réprimant la révolte monarchiste au pied de l'église Saint-Roch. Les deux sont en disgrâce pour leur passé robespierriste (tombé un an plus tôt). Le sabreur tombera amoureux de la sœur de Bonaparte, Caroline âgée de 15 ans, puis s'illustrera à Austerlitz, Iéna, Eylau dans des charges décisives. Beau gosse, aux tenues extravagantes, excellent cavalier, combattant farouche il est adulé par ses ennemis et par les femmes. Les cosaques veulent le prendre vivant. Les femmes aussi... Fait roi de Naples par son beau frère avec qui il ne sera jamais intime comme Lannes ou Bessières, il engage des réformes dignes d'intérêt et est aujourd'hui encore vénéré des italiens. Garibaldi le chante comme "Le roi des braves et le plus brave des rois ". Voilà pour la légende dorée. La noire nous le dépeint en être impulsif, vaniteux, sans scrupules... et traitre à l'Empire après Leipzig. Rallié lors des Cents jours, il ne participe pourtant pas à Waterloo et s'en va se faire fusiller dans un petit port de Calabre avec panache. Ce "Fils de la Fortune" est un de ces êtres contrastés (franc-maçon comme la plupart des militaires de l'époque) à qui la Révolution et l'Empire permettent l'éclosion. "Carrière ouverte au talent".  Pas si mal comme programme...

samedi 8 mai 2021

IÉNA

 


Aucune guerre n'est "fraîche et joyeuse", aucune bataille n'est glorieuse sauf pour ceux qui ne les font pas. Mais, l'heure est à la commémoration. Arcole, Austerlitz, Waterloo... tout le monde connait. Iéna est moins célèbre. Pourtant, la défaite de la Prusse est "kolossale"... Elle nous le fera payer cher plus tard. Son armée professionnelle (180000 hommes) passe alors pour être la plus puissante d'Europe, héritière de  celle du grand Frédéric II. "Pas besoin de sabres, les gourdins suffiront pour ces chiens de Français" clament Frédéric-Guillaume III de Prusse et sa belle compagne Louise qui voient d'un mauvais œil ce petit général corse fonder la confédération germanique. Or leurs régiments sont dépassés, trop gros, trop lents, approvisionnés par des magasins, menés par de vieux généraux emperruqués... Bref ! Napoléon et sa clique de maréchaux aguerris de 37 ans (pour la plupart franc-maçons), son armée de conscrits mettent tout le monde d'accord le 1er octobre 1806 battant l'arrière garde, tandis que le véritable vainqueur Davout enfonce le clou à Auerstaedt à un contre deux. Un mois plus tard, l'armée prussienne est à genoux, tétanisant et fascinant l'élite et le peuple allemand... Ce sentiment ambigu entre modèle et repoussoir, saupoudré de francophobie et de libéralisme politique favorisera l'unité allemande. "Sans Iéna pas de Sedan" selon Bismarck. Or la guerre nourrit la guerre... sans Sedan pas de Verdun, sans Verdun pas de Hitler etc... Je livre à la perplexité de ceux que ce culte impérial exaspère ces deux citations. La première est de Hegel, inspiré  dans "sa fin de l'Histoire"  par le défilé des vainqueurs sous ses fenêtres /"J'ai vu l'Empereur -cette âme du monde- sortir de la ville en reconnaissance; c'est effectivement une sensation merveilleuse de voir un pareil individu qui, concentré en un point, assis sur un cheval, s'étend sur le monde et le domine". La seconde gravée sur le monument au pied du champ de bataille est de Golo Mann (fils de Thomas) /"Pendant plus d'un siècle, l'Allemagne s'est nourrie d'une grande haine et d'une encore plus grande admiration pour Napoléon."  Goethe verra son entrevue avec l'empereur comme le "diamant de son orgueil". Décidément les intellectuels et les peuples sont complexes. 


mardi 4 mai 2021

C'EST LA LUTTTEUUUU FINALE


 

 


 

               "Les individus ne constituent une classe que 

            pour autant qu'ils ont à soutenir une lutte contre 

            une autre classe. Pour le reste, ils s'affrontent 

            en ennemis dans la concurrence "     Karl Marx.

samedi 1 mai 2021

QUESTION POUR UN NAPOLÉON

 


Le  Petit Tondu ne laisse pas indifférent. Glorieux pour certains, désastreux pour d'autres... visionnaire par l'organisation moderne du pays qui met un terme à la terreur révolutionnaire tout en conservant les acquis de conscience et de propriété, instigateur du code civil, des préfectures, du baccalauréat,  vainqueur d' Arcole, Marengo, Austerlitz... ou tyran après un coup d'état, fomenteur de guerres incessantes, misogyne à la vision clanique, qui rétablit l'esclavage, l'état policier,  vaincu de la Bérézina, Leipzig, Waterloo qui réduit le pays après l'Empire... Ce débat à mon sens est vain puisque l' analyse de cette "aventure" se fait  hors champ de la société, de l'époque et d'évènements qu'une alchimie politique ont rendu possible. Une autre question me turlupine. Pourquoi ce petit général Corse, ayant réussi à se hisser sur le toit de l'Europe, fascine t-il toujours autant de nos jours, y compris dans des pays dont il n'a pas bousculé l'histoire, en Asie par exemple? Que véhicule son épopée ou sa relecture, pour que des génies romantiques comme Hugo, Balzac, Vigny (même Beethoven un temps) aient été  fascinés par ce nouvel Alexandre? Sans doute l'ambition personnelle, la destinée, la chance saisie au delà du déterminisme social, l'écriture de sa propre histoire superposée à une page singulière de la nôtre, une communication sans faille, la liberté, la jeunesse, la gloire, l'aventure teintée d'exotisme, la virilité à cheval, la soif de pouvoir, la mise au pas des puissants par son génie militaire, la chute, l'exil, la mort en martyr, une légende orchestrée... sont-elles des amorces de réponse. Napoléon, l'homme au "bicorne en bataille", dernier César épique, archétype de notre inconscient collectif nous renvoie à notre propre récit, à notre ambiguïté et à nos mornes aspirations. 

PS: Le débat s'il s'installe ne portera pas sur la comparaison avec un autre caporal dont les rêves monstrueux et racistes finirent eux-aussi en Russie... Merci d'avance.


mercredi 28 avril 2021

SALVATOR MERDI

 


"Les affaires continueront jusqu'à la fin".  Le Christ aux doigts levés ou Salvator Mundi bénit cette prédiction. 2005/ Deux collectionneurs d'art repèrent un tableau sur la toile, se le disputent. L'un l'achète pour 1175 dollars, le fait restaurer. L'attribuant à Léonard de Vinci, il le refourgue à l'oligarque russe Rybolovlev pour 127 millions de dollars. Les intermédiaires (Bouvier, Gouzer, Dercon...) et les grandes maisons de ventes aux enchères d'art s'engraissent au passage. Après un gros battage médiatique le prince héritier d'Arabie Saoudite MBS l'acquière en 2017 lors d'une vente chez Christie's pour la modique somme de 450 millions de dollars, dont 50 de com. Le tableau passe entre les mains des experts du Louvre, qui l'attribuent aux assistants d'atelier de Léonard, bref aux arpettes du florentin... 2020/ L'œuvre, devenue enjeu politique ne figure pas aux murs de son exposition au Louvre. Où est-elle?  Sfumato/Sfumato ! Le nazaréen au sourire de Joconde semble s'amuser de sa cote, surpris que des tacherons fassent aussi bien que leur maître, de notre appétit d'argent (qu'un autre juif comparera à la merde)... à moins qu'il ne songe derrière ses lunettes noires à ce que l'on aurait pu faire de cette fortune pour sauver le monde...




samedi 24 avril 2021

MORT A VENISE

Ce film est un adieu. Un adieu à la vie, à la jeunesse, aux ombres d'une  époque. 1911/ Le compositeur Gustav von Aschenbach vient en convalescence à Venise. Il y trouve la mort après avoir croisé la beauté et éprouvé un ultime trouble esthétique et sensuel. Les regards de Mann, Visconti, Mahler, Proust, Bogarde, Mangano et de l'éphèbe aux boucles blondes... s'entrecroisent. Largement auto-biographique ce film suspend son vol aux bords de la lagune, sur les marches de l'hôtel des Bains du Lido. Les corps corsetés, chapeautés, les malles bourgeoises, les canotiers témoignent d'un monde qui va disparaitre dans les tranchées. Les acteurs aussi ont disparu.  Björn Andresen qui incarne le jeune et troublant Tadzio,  ne se remettra jamais de ce rôle qui l' enferma dans une image iconique gay. En ces temps de pandémie, fuyez le choléra, la grippe espagnole, le typhus et plus encore la... nostalgie, inconsolable maladie de l'âme.


dimanche 18 avril 2021

TALLEYRAND ET FOUCHÉ

 


"Tout à coup une porte s'ouvre; entre silencieusement le vice appuyé sur le bras du crime..." Image crépusculaire de Chateaubriand voyant se profiler les ombres de Talleyrand et Fouché, venus faire allégeance au gros Louis XVIII à Saint-Denis. Les Cents jours sont pliés. Waterloo, Blücher et Wellington ont cloué l'aigle au pilori. "Les girouettes" tournent au gré du vent. Les choses n'évolueront pas de la même manière pour les deux compères. Fouché connaitra un douloureux exil européen, tandis que l'évêque débauché finira dans le luxe et les honneurs. La terreur blanche pardonnera moins aux régicides ralliés au petit corse, qu'aux intrigants hédonistes (l'assassinat du duc d'Enghein tout de même)... Joseph Fouché -oratorien, devenu ultra  révolutionnaire bouffeur de curés, rosati puis franc-maçon (Arras, Melun...) assassin froid de Lyon qui fait tirer au canon sur les suppliciés, ministre de la police sous le Consulat et l'Empire, est un personnage plus complexe qu'il n'y parait. Il inspirera Javert à Hugo. Lire ses "Mémoires" controversées ou l'ouvrage de Stephan Sweig. Voir ou revoir le Souper de Molinaro avec Brasseur et Rich. Un pur régal des papilles, des cônes, des bâtonnets et des cellules cillées. J'aime aussi l'Histoire quand elle se nourrit de psychologie, de truffes du Périgord et de belle langue.


samedi 17 avril 2021

L'ORIGINE DU MONDE

 

Second Empire. La "bicherie", autrement dit l'amour tarifé auprès des beaux messieurs du Tout Paris, du Jockey Club... est une échappatoire à la misère pour les ballerines pauvres de l'opéra de Paris. Constance Quéniaux, née dans le faubourg poissonnière fait partie du contingent. Elle devient la maitresse du fortuné, libertin, syphilitique et ottoman amateur d'art, Khalil Bey. Celui ci commande à Courbet  (1866) chef de file des réalistes un portrait de son amante. Celle-ci met son point d'honneur à ce que l'on ne la reconnaisse pas. Gustave tient promesse. L'Origine du monde nait: zoom, contre plongée sur un sexe féminin (sillon fessier, toison pubienne, lèvres colorées) dans sa plus intime vérité... Dénouement. Khalil Bey ruiné au jeu retourne à Constantinople, Courbet exilé de la Commune meurt dans la misère en Suisse. Constance poursuit sa route bourgeoisement en dame patronnesse à Cabourg. Le tableau qui transite un temps chez Lacan est accroché depuis 1995 au musée d'Orsay. Au final, tout ceci est très moral même si Constance a un "poil" raté son anonymat ou que d'autres voient dans cette vulve celle de Joanna Hiffernan: muse de Whistler et maitresse de Courbet. Peu importe, une chatte est une chatte... et le dénuement paie.




dimanche 11 avril 2021

STALKER



Attention chef-d'œuvre annonciateur de temps difficiles et d'exploration urbaine  (urbex). Immergeons nous dans le film Stalker de Andreï Tarkovski (1979) mais prenons notre respiration. L'eau y est omniprésente: en cascade, en pluie, en flaque, en lac, croupie, contaminée, dangereuse ou vitale. Au fil des pièges et des prises de conscience, "Le Passeur" nous guide à travers "La Zone", Jardin d'Eden post apocalyptique où la végétation a envahi les chars abandonnés, les bâtiments lézardés, inquiétants. Empruntant des boyaux, enjambant des dunes de produits chimiques entassés dans ces ruines fantomatiques, le guide quasi christique nous mène à l'entrée de la Chambre : celle où les vœux les plus secrets s'exaucent.  Ses deux apôtres; un professeur (la science) en quête de renommée et un écrivain (l'art) en panne d'inspiration n'y pénétreront pas, ayant compris que tout est vain ou préférant rester pétrifiés dans le monde totalitaire, narcissique, matérialiste... monstrueux. Un chien noir à nos pieds - ombre de loup- abandonnons notre corps dans ce long film (2h40), face contre terre pour une dérangeante introspection. Ces ténèbres, cet effet miroir, cette chambre et cette mort symbolique parleront aux francs-maçons. Le film connut quelques difficultés avec le régime soviétique et de nombreux  membres de l'équipe moururent peu après le tournage dans ces lieux pollués d'Estonie. Le paradis ne se gagne t-il pas au prix de quelques sacrifices ? 




mardi 6 avril 2021

SERGE & LA NOUVELLE VAGUE


Dans son premier long métrage en 1958  "Le  beau Serge", Claude Chabrol pose l'une des premières pierres de ce que l'on appellera la Nouvelle Vague. Déjà théorisée dans les Cahiers du Cinéma par Truffaut, Bazin, Godard, Eustache, Rivette, Rohmer, Audiberti... celle-ci y rejette  l'académisme des films d'après guerre, le vieux système hiérarchisé de production, les scénarios convenus, les recettes du cinéma de papa (Claude Autant-Lara, René Clair, Bresson...). Ces jeunes réalisateurs préconisent les techniques nouvelles, les décors naturels (ici en Creuse), la lumière naturelle, les personnages ordinaires parlant d'eux-mêmes et de leur époque, un jeu moins théâtral. Le mouvement durera jusqu'à la fin des années 60 et fera éclore une myriade de jeunes acteurs et actrices, Belmondo,  Audran, Seberg, Karina, Ogier, Deneuve, Aimé, Léaud, Riva, Brialy/Laffont/Blain (le trio du beau Serge)... On reprochera à  ces belles et jeunes gueules d'être la caution esthétique des Trente Glorieuses, du gaullisme et de son renouveau affiché ainsi que leur narcissisme. Peu importe, ces jeunes gens aujourd'hui morts ou cacochymes laissent dans le sable une trace, que des vagues nouvelles effacent à leur tour, mais qui marque le cinéma de son empreinte.  

jeudi 1 avril 2021

MK-ULTRA

 


Tout commence avec les essais nucléaires sur l'atoll de bikini quand les militaires en short sont priés d'aller nettoyer les navires irradiés à la brosse à dents, pour juger des effets des radiations. Années 50. Guerre froide.  Le programme MK-Ultra est institué, financé et commandité aux universités américaines par la CIA. L'objectif est d'inventer des armes nouvelles pour des hommes nouveaux. Des soldats transformés en robot, sans mémoire, tueurs sur commande ou neutralisés sans combattre. A grand renfort de  substances (LSD, amphétamine, psychotropes) de privation de sommeil, d'hypnose, choc électrique, puces informatiques... des militaires, prisonniers, puis des noirs pauvres et autres civils non volontaires venus se faire soigner font les frais de ces "recherches" sur la manipulation mentale. Années 70. La CIA brule les archives. Quelques dossiers rescapés atterrissent au New York Times. Révélation. Scandale.  Commission Rockfeller d'enquête présidentielle. Excuses officielles du gouvernement américain (Clinton 95). Que les milliers de cobayes (hommes et femmes) sacrifiés, mutilés, déments ou morts se consolent. Les acteurs politiques ou scientifiques (Cameron) que n'auraient pas renié leurs collègues nazis sont morts dans leur lit, mais leurs travaux ne sont pas perdus. Les techniques de torture, lavage de cerveaux, terreur sont utilisées depuis à Guantánamo ou partout...  Make America Great Again !



LOGE MARTHE RICHARD



 

dimanche 28 mars 2021

LA FABRIQUE DE L'IGNORANCE

 


La science a toujours entretenu des rapports complexes avec l'autorité. Au XVIeme  siècle Coppernic et Galilée en firent les frais. Un passionnant reportage " La fabrique de l'ignorance "  (Arte/Pascal Vasselin /Franck Cuveillier) décrypte la stratégie des industriels après guerre qui plutôt que de nier les méfaits de leurs petits commerces oriente la recherche au service de ses intérêts. Tout débute avec l'affaire des cigarettiers américains (Big Tobbacco) niant les méfaits du tabac et du tabagisme passif. S'ensuivent celles du Round-up et Gaucho sur la mortalité des abeilles, du Chlordecone sur les cancers et la pollution des sols,  du Bisphenol et des perturbateurs endocriniens jusqu'aux "conclusions" sur les maladies infectieuses, les nitrates et les algues vertes, les dangers du pétrole de schiste, du diesel et des particules fines, le nucléaire et le changement climatique. En 92/93 afin d' allumer un contre feu au sommet de la terre de Rio, l' appel d'Heidelberg est lancé. Par une prouesse de communication pervertissant le débat public, un détournement du langage, la communauté scientifique dans son immense majorité le signe, ignorant qu'il est à l'initiative des industriels de l'amiante. Après avoir mis en lumière les procédés de duperie, le reportage s'attarde sur les mécanismes psychologiques, les biais cognitifs qui leurrent notre cerveau et nous font accepter l'inacceptable: statu-quo/optimisme qui refuse tout changement à notre frénésie de consommation, de voyage, notre façon de produire ou  complotisme qui brave le consensus scientifique. La globalisation, la discussion planétaire, les tweets assassins, le recrutement numérique font le reste dans cette guerre de territoire.  La science s'est monétisée. Celle qui ne rapporte pas est laissée pour compte devenant une non-science, une "junk science" face à une "sound science" qui sert la liberté individuelle, le libre marché et le moins d'état. Les écologistes deviennent des communistes masqués, pastèques "vertes à l'extérieur, rouges à l'intérieur"... la boucle est bouclée, la planète crame, s'atomise, se plastifie. Le vivant est en danger. Saviez-vous que cette étude de la production culturelle d 'ignorance, de doute et de désinformation s'appelle l'agnotologie?  Allez ... un aphorisme pour la route: "Puisque il est dans la nature de la science de douter, la vérité est du côté des sceptiques" Imparable non?

Appel D'Heilderberg extrait

« Les plus grands maux qui accablent notre Terre sont l'ignorance et l'oppression, et non la science, la technologie et l'industrie dont les instruments, lorsqu'ils sont adéquatement gérés, deviennent les outils indispensables à un futur façonné par l'Humanité, par elle-même et pour elle-même, lui permettant ainsi de surmonter les problèmes majeurs tels que la surpopulation, la famine et les maladies répandues à travers le monde. »                        Qui ne signerait pas cela?


mercredi 24 mars 2021

LES DAMNÉS DE LA COMMUNE




Arte nous offre un magnifique documentaire sur l'histoire de la Commune (Graphiste et réalisateur Raphaël Meyssan). L' immersion dans le Paris du Second Empire à terre, de la guerre Franco-Prussienne, de la jeune République Versaillaise et de la Semaine Sanglante se fait dans ce film unique à travers des gravures de l'époque subtilement animées et des commentaires inspirés. Yolande Moreau, Simon Abkarian et d'autres offrent leur voix à Thiers, Blanqui, Favre, Vallès, Varlin, Clément, Louise Michel ou Victorine. La fresque, fluide, poétique et documentée éclaire sur l'espoir, puis le chaos  du grand incendie démocratique et populaire éteint dans le sang et dont les francs-maçons payèrent le prix. Rendons aussi hommage aux illustrateurs, dessinateurs et graveurs du XIXème à la technique époustouflante qui ont su donner vie à ces "Damnés de la Commune" aux regards incandescents, aux rêves si grands qu'ils nous interrogent sur les nôtres. Les morsures d'acide mordant le cuivre, les entailles profondes des pointes sèches, l'encre noire scarifiant la page, témoignent au son du canon de la violence d'une Histoire marquée au fer rouge  


lundi 22 mars 2021

UN NANAR POUR UNE ANAR

 
André Gide nous avait prévenu "
On ne fait pas de la bonne littérature avec des bons sentiments". Preuve par l'image... du bon cinéma, non plus ! A l'heure où l'on célèbre les martyrs de la Commune, le film Louise Michel la rebelle (2008/SylvieTestud) en fait la probante démonstration. Ils ont du s'emmerder ferme les déportés de Nouvelle-Calédonie, parce que nous aussi. Tout y est: les anarchistes dignes, les méchants matons, les gentils mais primitifs Canaques, la jungle humide, les courriers à Hugo et Clémenceau, l'égérie de la Commune, lisse, vierge rouge sans faille et bonne institutrice, les acteurs qui récitent leurs textes. Saluons l'exploit d'avoir fait un film aussi bourgeois sur des révolutionnaires. Je sais que l'on aborde pas l'art par le biais de la critique, mais... avec l'amnistie de Louise.M arrive enfin la nôtre. Je vais aller relire la bande dessinée Le cri du Peuple de Vautrin et Tardi. S'il vous plait... du souffle-du souffle-du souffle.

jeudi 18 mars 2021

MARS & MUSK

Elon Musk: ce type incarne pour moi la folie du monde, son aveuglement et son consentement au pire.  Le milliardaire-mégalomane ayant déjà acté l'effondrement de la planète mère est prêt à en un investir une autre, hostile, lointaine, pour le salut de l'humanité (ah-ah-ah!) à grand renfort d'intelligence artificielle et de fortune personnelle (100 milliards de dollars). Plutôt que de dépolluer les océans de plastique, d'alphabétiser à tour de bras, ou de vacciner.... Elon préfère envoyer une décapotable rouge tourner dans l'espace, coloniser Mars avec un million d'humains. Rassurez-vous, vous ne ferez pas pas partie des élus... Son fils XAE A-XII peut-être !? Il faudrait  bourrer le fion du canadien avec des bit-coins, ainsi qu'à Trump et quelques autres milliardaires et les envoyer en éclaireurs sur la planète rouge. Si la navette Space X ne fait pas boum au décollage, implorons Mars, dieu du combat, de la jeunesse et de la violence qu'il se contente de ces vieux boucs aveugles et les bouffe tout crus...


L'AFFAIRE LOUIS 14

jeudi 11 mars 2021

LE GRAND MÉCHANT SIGMUND

 



Les bonnes séries, c'est comme les coins à champignons, c'est rare mais ça finit par se savoir. Surtout les gratuites sur Arte. "En thérapie" (de Nakache et Toledano, inspirée d'une série israélienne BeTipul) est de celles-là:  35 épisodes soit 7 séances pour 5  patients seuls ou en couple qui fouillent leur inconscient et s'acharnent à faire ou ne pas faire émerger la névrose, la culpabilité, l'échec, le souvenir qui  pourrit leur vie, ronge la famille ou la vie amoureuse. Les acteurs et actrices sont au sommet, les dialogues aux petits oignons, les personnages attachants. Sur fond d'attentat au Bataclan, nous analysons les fêlures de l'époque, des autres et les superposons aux nôtres. On aurait presque envie d'aller s'allonger sur le canapé rouge du docteur Dayan. Il est vrai que le mauvais rêve actuel nous laisse un peu de temps pour l'introspection et la sinistrose. Vivement le printemps...