lundi 4 mai 2020

A VAVA INOUVA


Un chanteur, une chanson peuvent emporter vos vingt ans dans la tombe. Idir (de son vrai Hamid Cheriet) et son chant berbère "A Vava Inouva" sont de ceux-là. Mes vingt ans se sont envolés du côté du Djurdjura, dans les rues en pente de Tizi-Ouzou, d' Ain El Hamman, de Fort National, s'accrochant à l'écorce des cèdres de Lalla Khedidja, des chênes liège plongeant dans les eaux d'Azeffoun, dans les yeux d'Ulysse et le ventre des sirènes de Tigzirt. Quel sentiment de liberté en arrivant à Alger au début des années 80. La coopération offrait alors cette incroyable chance.  Quelques années plus tard, le passage à l'âge adulte était consommé. En France Mitterrand avait tué le socialisme, en Algérie nos amis kabyles s'inquiétaient des barbus, la décennie noire se préparait, Sabine et Balavoine s'écrasaient du côté de Bamako. Je n'ai pas eu 20 ans dans les Aurès, mais 25 en Kabylie. C'est si loin...
"Je t'en prie père Inouva, ouvre-moi ta porte / Txilek elti yi n taburt a Vava Inouva / O fille Griba fais tinter tes bracelets Ccencen tizeggàtin-im a yelli Griba / je crains l'ogre de la forêt..."


lundi 27 avril 2020

DESSINER



Dessiner - Un des grands plaisirs oubliés de l'époque, comme l'art d'écrire. Celui là vient de loin, du fond des âges, des environs de Lascaux et des traces dans l'argile, la main reliée à l'oeil, l'oeil relié au cerveau, le coeur à distance. Pas de dessin d'après nature sans analyse. Pas de couleurs sans sensations, sans choix ni prise de risques. Dans votre besace de vagabond ou de solitaire confiné, des outils de pauvre:  un carnet, une feuille, quelques plumes, crayons, encres ou boite d'aquarelle, précieux compagnons du silence, remèdes essentiels à l'ennuiPablo, Vincent, Auguste, Francisco, Corbu, Cabu, Calvo... sont là. On les tutoie. Les doigts inventent le paysage, la femme nue, les deux chevaux dans le pré, la rue qui monte, le mot qui enflamme. La tache se fait mouche ou bourgeois au parapluie... En architecture, le gribouillis précède l'idée, la fait naître, et prend sa revanche sur l'image virtuelle aseptisée, parfaite et fabriquée. Paradoxe: vous voilà redevenu rare grâce à une spécialité délaissée. Pour être dans le coup. Soyez démodés - dessinez...



samedi 25 avril 2020

CHRISTOPHE



Le vieux dandy de Juvisy-sur-Orge s'en est allé dans un hôpital en Bretagne. L'air marin n'est pas toujours vivifiant pour les bronches. Chanteur Yéyé, puis chanteur à minettes, il aura bercé les premiers émois amoureux d'une génération. Ah, les mots bleus ! Mais plus intéressant Christophe aura su prendre le virage créatif. Look de vieux lion et voix cristalline revendiqués, ses trois derniers  albums sont aussi les plus beaux. Véritable testament "Comm' si la terre penchait" "Aimer ce que nous sommes" et "Vestiges du chaos" sont des écrins qui renferment des pépites. L'univers sonore réinventé se sert du déclin des corps, de la solitude, du vide à venir pour composer un opus original, pansement au pressentiment qui ronge... Si la grande vieillesse est souvent un naufrage, ce qui la précède peut être un accomplissement. Le dernier des Belivacqua en aura fait la preuve avant de rejoindre les paradis perdus. 
Mon fils m'a reproché de ne pas avoir écrit un texte lors de sa disparition. Il faut toujours écouter ses fils...

mardi 14 avril 2020

LA VIE D'ARTISTE


La plupart des peintres, dessinateurs, écrivains, graphistes, sculpteurs et plasticiens... vous le diront. Le confinement imposé ne change pas grand chose à leur vie. Confinés d'ordinaire du fait de leur activité, face à leur toile, leur page blanche, leur ordinateur, leur sellette... ils rencontrent au quotidien peu de monde. Seuls les visites aux amis, les apéros ou expositions  sont interdits depuis un mois, mais  les réseaux sociaux, le téléphone, les films et vidéos ou les promenades solitaires pallient à ce manque. Armés contre l'ennui qui fait partie de leur ordinaire, ils vivent sans trop de dommage cette introspection forcée pouvant même entrevoir cette parenthèse comme une période de liberté, et ce malgré l'absence totale de subsides... 
Etrange paradoxe d'un exil social rendu visible.

PS: Qu'en est-il des musiciens dont la pratique passe par la répétition, le concert, le boeuf ...? Je l'ignore. Les compositeurs s'en sortent sans doute mieux. Petit rappel: les plasticiens sont exclus du régime de l'intermittence et donc sans ressource durant cette période.

dimanche 5 avril 2020

REQUIEM POUR UNE PANDÉMIE


Peut-être le franc-maçon Mozart a t-il écrit cette oeuvre pour lui même? Toujours est-il qu'il ne l'a pas terminée... Joseph Eybler et Franz Xaver Sübmayr s'en sont chargés. La mise en scène de Raphael Pichon et Romeo Castelluci nous offre une version saisissante de son requiem. C'était à Aix en 2019. C'est sur Arte concert aujourd'hui. Tandis que s'égrènent sur le mur les noms de centaines d' espèces,  animaux, peuples, villes, religions, bâtiments, oeuvres d'art.... disparus -comme un rappel de l'irrémédiable et du gâchis parcouru; des choristes jeunes et moins jeunes offrent des tableaux spectaculaires -entre vision chrétienne et fête païenne, entre ode à la vie et terreur de la mort, entre danse folklorique et ultime danse macabre. Une vieille femme est engloutie dans son lit, une fillette maculée de pigments est suspendue sur un mur, un garçonnet joue au ballon avec un crâne, de jeunes parques dansent... La blancheur immaculée du plateau de scène initial, redressé, souillé par la terre, les peintures et déjections se mue en une immense toile putride. Hommes et femmes sont nus. Tableau final. 
Pour les latinistes - "requiem" est la forme à l'accusatif de requies qui signifie repos. Accusatif: le ton convient aussi à l'humanité qui malgré son génie, envisage et programme sa propre disparition et la destruction systématique du monde. Prenons soin de tout et de tous, de nos proches et de notre environnement avant que le gouffre ne nous engloutisse à notre tour, dans une facultative "dies irae" et un "lacrimosa" général. Bon post pour un dimanche de confinement, non? 

dimanche 29 mars 2020

"GOUVERNER C'EST PRÉVOIR...



... et ne rien prévoir, c'est courir à sa perte." selon le vieil Emile de Girardin, un de nos républicains pittoresques du XIXeme siècle (quand être républicain signifiait être de gauche). Nos politiques feraient bien de réfléchir à la portée de son aphorisme, quand à l'issue d'un mois et demi de confinement nous leur demanderons des comptes sur leur anticipation, leur réactivité défaillante; des comptes sur les masques, les respirateurs, les tests, sur nos emplois perdus, le modèle libéral, les délocalisations et la mondialisation, sur leurs mascarades à propos de l'état providence, du service public, de l'hôpital exemplaire, tous flingués par leurs soins, sur l'autoritarisme rampant qu'ils instaurent, le jeu trouble autour du droit du travail... Pour l'heure la société ne se disloque pas sous le choc. Mais celui-ci laissera des SRAS, n'en doutez-pas ! Patientez les amis, l'heure des comptes viendra.


samedi 21 mars 2020

LE DERNIER SAMOURAÏ


Le film relate de manière romanesque la fin historique de la classe des samouraïs. 1877. Le Japon désireux de  se moderniser veut couper les racines de son passé. Saigö Takamori, confondu ici avec Katagiri Katsumoto (Ken Watanabe) autre chef de guerre mort en 1615 - ne l'entend pas de ce katana et se rebelle. Lors d'une bataille à Shiroyama, à un contre cent les 500 derniers samouraïs procèdent au sacrifice suprême lors d'une charge à cheval à l'issue de laquelle le chef blessé se fait sepukku.  Voilà pour l'histoire. Nathan Algren (Tom Cruise) capitaine américain hanté par les massacres de sioux, devenu conseiller militaire auprès de l'empereur, fait prisonnier par les samouraïs se rallie à leur cause et apprend à découper son ennemi en deux temps trois mouvements. Il réchappe au feu de la mitrailleuse Gatling lors de la charge finale (C'est Tom Cruise tout de même !) Voilà pour le romanesque. Une histoire d'hommes, d'honneur, d'initiation, de voie du sabre, avec du souffle, des beaux combats, la cérémonie du thé, une belle geisha, quelques aphorismes Zen, des champs de blé et des cerisiers en fleurs. En ces temps où les nôtres commencent à refleurir. Méditons: " La fleur parfaite est  chose rare. On pourrait passer sa vie à en chercher une et ce ne serait pas une vie gâchée." 

mardi 17 mars 2020

LA FARCE DE MAITRE PANGOLIN


Nous y voilà... Astreints à résidence, seuls devant nos écrans, éloignés de nos enfants, petits enfants, notre famille, nos copines, nos amis ou à l'inverse contraints à une co-habitation inhabituelle, à l'immobilité, à de rares sorties, aux devoirs sur la table de cuisine, aux étreintes suspectes, à l'inaction, à l'ennui... Nous en sortirons différents assurément. Que ferons nous quand les cloches de la victoire sur le virus ennemi résonneront dans le ciel? Entamerons-nous un changement radical de paradigme, personnel et global vers plus de frugalité, de simplicité, de joie et d'entraide, vers un modèle économique moins dévastateur pour l'humain et l'environnement ou compenserons-nous cette solitude imposée par une débauche de voyages, de sur-consommation, de ravages inutiles, d'outil industriel porté au rouge, de finance mortifère? J'ai ma petite idée là-dessus et je crains fort que les pangolins ne passent un mauvais quart d'heure... 

"La seule façon de mettre les gens ensemble, c'est encore de leur envoyer la peste"       A. Camus

lundi 24 février 2020

AUX URNES CITOYENS


La démocratie c'est bien mais épuisant. Avez vous déjà participé à une élection? Avez vous déjà mis votre nom sur une liste électorale? Pas une de ces listes déjà constituées, d'un pouvoir en place. Une liste où tout serait à faire, avec des néophytes, des jeunes gens idéalistes et inexpérimentés, zéro budget, le temps qui manque et un mode de fonctionnement où chacun donne son avis sur tout. La démocratie participative, ça s'appelle... C'est cool, mais épuisant. Vivement le 22 mars que l'on puisse souffler un peu. Un doute m'étreint. Manquerait plus que l'on gagne !
Je cerne assez mal comment font certains postulants aux municipales pour continuer à alimenter à flux tendu leur compte FB, tout en buvant du champagne au bord de mer, en faisant de la poésie et des séances diapos... 
Ils doivent avoir un truc. 


lundi 17 février 2020

TOILE BLANCHE


Internet. Sa magie, ses méandres. Si par mégarde vous avez laissé expirer votre carte bleue, votre nom de domaine ne vous appartient plus et votre blog s'envole un dimanche matin dans les limbes. S'ensuivent un maelström de déconvenues,  quelques coups de fil en Arizona, en Irlande, au Canada. La brume virtuelle et rampante vous envahit. Les hébergeurs se renvoient la balle, vous rackettent au passage. Rien ne se passe. Il faut l'obstination de vos fils et l'intervention experte d'une jeune amie informaticienne pour que votre bandeau apparaisse de nouveau sur la toile.  La panique des premiers jours fait place à l'énervement des premières semaines qui cède face à la résignation du premier mois. D'autres combats sont venus faire diversion. Internet -drogue dure de nos névroses, liant de notre vide sidéral. Pourquoi la chanson de Michel Berger me vient-elle en tête?  
"Je m'en irai dormir dans le paradis blanc
Où les manchots s'amusent dès le soleil levant
Et jouent en nous montrant
Ce que c'est d'être vivant."



dimanche 19 janvier 2020

LE RÊVE PAVILLONNAIRE


Documentaire passionnant qui analyse la politique d' urbanisme en France des 50 dernières années. A la fin de la guerre, un cinquième du parc immobilier est au tapis. Il faut reconstruire. Avec l'aide des communistes Le Corbusier applique au logement social ses théories hygiénistes de séparation des fonctions Habiter/Travailler/Se divertir et fait sortir de terre les grands ensembles. Vite et mal construits les H.L.M sont rapidement décriés. Dans les années 70/80 Giscard d'Estaing, Chalandon, Phénix, Bouygues, Kauffman and Broad, puis Mitterrand et Sarkozy imposent un autre modèle d'urbanisme moins couteux pour l'état: la maison individuelle, gage de réussite sociale, promesse de vie harmonieuse, support de rêve. Exit les prolos des banlieues rouges, vive la classe moyenne-propriétaire, la résidence du Château et le modèle Barbizon. Les zones pavillonnaires éloignées des centres urbains poussent comme des champignons et dévorent les sols. Le documentaire s'appuie sur le rêve déçu de cette France grise péri-urbaine, où les individus atomisés, surendettés, isolés, privés de services publics peinent à revendre un bien sans valeur... C'est une partie de cette cette frange (1/4 de la population française) désenchantée, au rêve fissuré que l'on a retrouvé l'hiver dernier en gilet jaune sur les ronds points. Elle y a exprimé sa colère et retissé autour d'un apéro un lien social distendu. C'est sur France Télévision, réalisé par Myriam Elhadad. A voir en replay, après l'auto, après le boulot, juste avant le dodo. Faites de beaux rêves, les seuls qui comptent - les vôtres.