dimanche 5 avril 2020

REQUIEM POUR UNE PANDÉMIE


Peut-être le franc-maçon Mozart a t-il écrit cette oeuvre pour lui même? Toujours est-il qu'il ne l'a pas terminée... Joseph Eybler et Franz Xaver Sübmayr s'en sont chargés. La mise en scène de Raphael Pichon et Romeo Castelluci nous offre une version saisissante de son requiem. C'était à Aix en 2019. C'est sur Arte concert aujourd'hui. Tandis que s'égrènent sur le mur les noms de centaines d' espèces,  animaux, peuples, villes, religions, bâtiments, oeuvres d'art.... disparus -comme un rappel de l'irrémédiable et du gâchis parcouru; des choristes jeunes et moins jeunes offrent des tableaux spectaculaires -entre vision chrétienne et fête païenne, entre ode à la vie et terreur de la mort, entre danse folklorique et ultime danse macabre. Une vieille femme est engloutie dans son lit, une fillette maculée de pigments est suspendue sur un mur, un garçonnet joue au ballon avec un crâne, de jeunes parques dansent... La blancheur immaculée du plateau de scène initial, redressé, souillé par la terre, les peintures et déjections se mue en une immense toile putride. Hommes et femmes sont nus. Tableau final. 
Pour les latinistes - "requiem" est la forme à l'accusatif de requies qui signifie repos. Accusatif: le ton convient aussi à l'humanité qui malgré son génie, envisage et programme sa propre disparition et la destruction systématique du monde. Prenons soin de tout et de tous, de nos proches et de notre environnement avant que le gouffre ne nous engloutisse à notre tour, dans une facultative "dies irae" et un "lacrimosa" général. Bon post pour un dimanche de confinement, non? 

dimanche 29 mars 2020

"GOUVERNER C'EST PRÉVOIR...



... et ne rien prévoir, c'est courir à sa perte." selon le vieil Emile de Girardin, un de nos républicains pittoresques du XIXeme siècle (quand être républicain signifiait être de gauche). Nos politiques feraient bien de réfléchir à la portée de son aphorisme, quand à l'issue d'un mois et demi de confinement nous leur demanderons des comptes sur leur anticipation, leur réactivité défaillante; des comptes sur les masques, les respirateurs, les tests, sur nos emplois perdus, le modèle libéral, les délocalisations et la mondialisation, sur leurs mascarades à propos de l'état providence, du service public, de l'hôpital exemplaire, tous flingués par leurs soins, sur l'autoritarisme rampant qu'ils instaurent, le jeu trouble autour du droit du travail... Pour l'heure la société ne se disloque pas sous le choc. Mais celui-ci laissera des SRAS, n'en doutez-pas ! Patientez les amis, l'heure des comptes viendra.


samedi 21 mars 2020

LE DERNIER SAMOURAÏ


Le film relate de manière romanesque la fin historique de la classe des samouraïs. 1877. Le Japon désireux de  se moderniser veut couper les racines de son passé. Saigö Takamori, confondu ici avec Katagiri Katsumoto (Ken Watanabe) autre chef de guerre mort en 1615 - ne l'entend pas de ce katana et se rebelle. Lors d'une bataille à Shiroyama, à un contre cent les 500 derniers samouraïs procèdent au sacrifice suprême lors d'une charge à cheval à l'issue de laquelle le chef blessé se fait sepukku.  Voilà pour l'histoire. Nathan Algren (Tom Cruise) capitaine américain hanté par les massacres de sioux, devenu conseiller militaire auprès de l'empereur, fait prisonnier par les samouraïs se rallie à leur cause et apprend à découper son ennemi en deux temps trois mouvements. Il réchappe au feu de la mitrailleuse Gatling lors de la charge finale (C'est Tom Cruise tout de même !) Voilà pour le romanesque. Une histoire d'hommes, d'honneur, d'initiation, de voie du sabre, avec du souffle, des beaux combats, la cérémonie du thé, une belle geisha, quelques aphorismes Zen, des champs de blé et des cerisiers en fleurs. En ces temps où les nôtres commencent à refleurir. Méditons: " La fleur parfaite est  chose rare. On pourrait passer sa vie à en chercher une et ce ne serait pas une vie gâchée." 

mardi 17 mars 2020

LA FARCE DE MAITRE PANGOLIN


Nous y voilà... Astreints à résidence, seuls devant nos écrans, éloignés de nos enfants, petits enfants, notre famille, nos copines, nos amis ou à l'inverse contraints à une co-habitation inhabituelle, à l'immobilité, à de rares sorties, aux devoirs sur la table de cuisine, aux étreintes suspectes, à l'inaction, à l'ennui... Nous en sortirons différents assurément. Que ferons nous quand les cloches de la victoire sur le virus ennemi résonneront dans le ciel? Entamerons-nous un changement radical de paradigme, personnel et global vers plus de frugalité, de simplicité, de joie et d'entraide, vers un modèle économique moins dévastateur pour l'humain et l'environnement ou compenserons-nous cette solitude imposée par une débauche de voyages, de sur-consommation, de ravages inutiles, d'outil industriel porté au rouge, de finance mortifère? J'ai ma petite idée là-dessus et je crains fort que les pangolins ne passent un mauvais quart d'heure... 

"La seule façon de mettre les gens ensemble, c'est encore de leur envoyer la peste"       A. Camus

lundi 24 février 2020

AUX URNES CITOYENS


La démocratie c'est bien mais épuisant. Avez vous déjà participé à une élection? Avez vous déjà mis votre nom sur une liste électorale? Pas une de ces listes déjà constituées, d'un pouvoir en place. Une liste où tout serait à faire, avec des néophytes, des jeunes gens idéalistes et inexpérimentés, zéro budget, le temps qui manque et un mode de fonctionnement où chacun donne son avis sur tout. La démocratie participative, ça s'appelle... C'est cool, mais épuisant. Vivement le 22 mars que l'on puisse souffler un peu. Un doute m'étreint. Manquerait plus que l'on gagne !
Je cerne assez mal comment font certains postulants aux municipales pour continuer à alimenter à flux tendu leur compte FB, tout en buvant du champagne au bord de mer, en faisant de la poésie et des séances diapos... 
Ils doivent avoir un truc. 


lundi 17 février 2020

TOILE BLANCHE


Internet. Sa magie, ses méandres. Si par mégarde vous avez laissé expirer votre carte bleue, votre nom de domaine ne vous appartient plus et votre blog s'envole un dimanche matin dans les limbes. S'ensuivent un maelström de déconvenues,  quelques coups de fil en Arizona, en Irlande, au Canada. La brume virtuelle et rampante vous envahit. Les hébergeurs se renvoient la balle, vous rackettent au passage. Rien ne se passe. Il faut l'obstination de vos fils et l'intervention experte d'une jeune amie informaticienne pour que votre bandeau apparaisse de nouveau sur la toile.  La panique des premiers jours fait place à l'énervement des premières semaines qui cède face à la résignation du premier mois. D'autres combats sont venus faire diversion. Internet -drogue dure de nos névroses, liant de notre vide sidéral. Pourquoi la chanson de Michel Berger me vient-elle en tête?  
"Je m'en irai dormir dans le paradis blanc
Où les manchots s'amusent dès le soleil levant
Et jouent en nous montrant
Ce que c'est d'être vivant."



dimanche 19 janvier 2020

LE RÊVE PAVILLONNAIRE


Documentaire passionnant qui analyse la politique d' urbanisme en France des 50 dernières années. A la fin de la guerre, un cinquième du parc immobilier est au tapis. Il faut reconstruire. Avec l'aide des communistes Le Corbusier applique au logement social ses théories hygiénistes de séparation des fonctions Habiter/Travailler/Se divertir et fait sortir de terre les grands ensembles. Vite et mal construits les H.L.M sont rapidement décriés. Dans les années 70/80 Giscard d'Estaing, Chalandon, Phénix, Bouygues, Kauffman and Broad, puis Mitterrand et Sarkozy imposent un autre modèle d'urbanisme moins couteux pour l'état: la maison individuelle, gage de réussite sociale, promesse de vie harmonieuse, support de rêve. Exit les prolos des banlieues rouges, vive la classe moyenne-propriétaire, la résidence du Château et le modèle Barbizon. Les zones pavillonnaires éloignées des centres urbains poussent comme des champignons et dévorent les sols. Le documentaire s'appuie sur le rêve déçu de cette France grise péri-urbaine, où les individus atomisés, surendettés, isolés, privés de services publics peinent à revendre un bien sans valeur... C'est une partie de cette cette frange (1/4 de la population française) désenchantée, au rêve fissuré que l'on a retrouvé l'hiver dernier en gilet jaune sur les ronds points. Elle y a exprimé sa colère et retissé autour d'un apéro un lien social distendu. C'est sur France Télévision, réalisé par Myriam Elhadad. A voir en replay, après l'auto, après le boulot, juste avant le dodo. Faites de beaux rêves, les seuls qui comptent - les vôtres.

lundi 6 janvier 2020

CHESSBOXING


Ce damier noir et blanc serait-il un pavé mosaïque ? Cette enceinte de chanvre une houppe dentelée ? Ces hommes debout des frères à l'ordre? Pas vraiment... Mais à bien y regarder, on pourrait trouver quelques similitudes dans ce cérémonial dramatisé. Discipline née de l'imagination de Enki Bilal (BD/Froid Equateur/1992), le Chessboxing existe aujourd'hui réellement, avec règles, fédé et championnat. L'assaut  commence devant l'échiquier au milieu du ring. Les deux athlètes torses nus munis de casque anti bruit déplacent leurs pièces durant trois minutes. Si la décision n'a pas eu lieu, les deux adversaires enfilent les gants. Trois minutes de boxe anglaise... Puis, une minute de repos. Six rounds devant la table, cinq dans les cordes pour prendre un roi ou masser un foie. J'aime l'idée d'opposition du corps et de l'esprit, de revanche possible, mais d'équilibre obligatoire et de temps compté. Allez les frangins... l'idée de mort "al cheikh mat" le roi est vaincu vous est familière, autant que le sablier, ou la sentence "Ordo ab K.O". Le ring est couvert vénérable maître du jeu. 

dimanche 29 décembre 2019

GREYSTOKE


J'adore ce film. Hugh Hudson y dépoussière la légende de Tarzan. Exit le cri et les cordes habillées de feuilles de Johnny Weissmuller.  Cette version est un hommage à la jeunesse, à la vie sauvage idéalisée, à l'humanité fluctuante des personnages, à la filiation, au pouvoir, à l'autorité,  à deux versants de vie possible. L'un dans la jungle on l'on tue pour survivre, l'autre dans la société civilisée du XIXe on l'on tue pour étudier, pour mettre en vitrine... pour rien. En 1984 on découvre un jeune acteur "gaulois" bien gaulé Christophe Lambert, très convaincant et la belle Andie MacDowell, Ian Holm (Bilbo le Hobbit) en militaire humain et Ralph Richardson  en magnifique patriarche, sixième comte de Greystoke qui meurt avant la sortie du film. Au moment ou l'on parle d'extinction massive d'espèces, où notre "civilisation avancée"  flingue à tour de bras le vivant et l'environnement, replongez en adolescence, en votre animalité, votre innocence. Saisissez votre couteau, qui sommeille à côté de votre portable... Redevenez Lord of Apes/ Prince des Singes. Edgar Rice Burroughs n'est pas mort et le survivalisme a de beaux jours devant lui...


jeudi 26 décembre 2019

POSE SALUTAIRE


Fin d'année. Entre grèves et dinde aux marrons, entre fin de mois assurée et fin du monde annoncée il faut prendre un cliché social et s'aligner soi-même dans le viseur. Allons ! Je suis un Anarchiste-Bourgeois. Un AnaBo, qui précède dans la liste le BoBo au standing plus élevé. Politiquement quelque part entre Bakounine et René Coty.  Poétiquement entre Rimbaud et Barbey d'Aurevilly. Economiquement entre livret A et anti-capitalisme... On ne balaie pas son histoire, sa lignée ni ses réflexes de classe d'un revers de main. Ce grand écart assez inconfortable, oblige à quelques renoncements, à des prises de position mal comprises et à une certaine indépendance. Traitre à ma classe, j'en entrevois pourtant les atours, en goute souvent les charmes mais ne suis à mon aise qu'avec des personnages atypiques. Minuit sonne. La volaille est fumante. Champagne... Et vous qui êtes vous ? Quel est votre socio-style réel ? Humanistes en lavallière, écrivains transis, anciens révolutionnaires, boomers en SUV, penseurs bien pensants, jeunes résignés, croyants de toutes chapelles, athées libertaires, francs maçons à l'ordre... qui prenez la pose. Ne rentrez pas le ventre pour laisser une photo flatteuse. Prêtez vous au jeu. Définissez vous sans complaisance - avec humour. L'exercice est salutaire. Vous serez plus indulgents avec le masque des autres. 


RETRAITE-RETRAITE



mercredi 18 décembre 2019

POLITIKON


Titre en neuf lettres. Article court. Les chaines youtube fleurissent sur la toile. Pour le meilleur et pour le pire... Si les mécanismes politiques, théories sociales et sciences humaines vous intéressent - Politikon. Vous y réviserez vos fiches sur le libéralisme,  néo-libéralisme, l'anarchisme, la démocratie participative, la fin des idéologies, la république... C'est dense, intéressant et pas particulièrement partisan. Autrement dit l'homme à la barbe et au chat se contente de décrire les concepts sans les juger. Locke, Tocqueville, Bakounine, Proudhon, Adam Smith, Stirner, Ricœur, Marx, Tatcher, Bourdieu... et quelques autres vous accompagnent ente usine, caserne et église sur fond de livres et de canapé. A consommer sans modération.


dimanche 8 décembre 2019

L'ATOMIQUE C'EST FANTASTIQUE


"Dormez en paix, braves gens. Rien ne vous menace." Le cri des gens d'armes du guet  a pris un coup de vieux ces cinquante dernières années... Deux soirées, six épisodes, Mathieu Kassovitz prête sa voix. Daniel Costelle, Isabelle Clarke nous propulsent au coeur de la guerre froide, de la décolonisation, de la menace nucléaire... bref de l'Apocalypse qui a failli avoir lieu dans cette guerre des mondes. Staline, Mao, Hô Chi Ninh, Giap, Kennedy, Khrouchtchev, Truman, Eisenhower, Johnson, Nixon... Ils sont tous là autour d'une grande partie de Risk, la main sur le bouton. On comprend mieux les mécanismes de domination de ces vieillards totalitaires, de ces quadragénaires arrogants sûrs de leur fait. Quelques millions de morts plus tard, on en est toujours là, arsenal gonflé à bloc -planète foutue en prime. Si l'on essayait autre chose que les "ismes". Socialisme, marxisme, communisme, capitalisme, colonialisme, libéralisme, hégémonisme, nationalisme... avant que les douze coups de l'horloge atomique ne résonnent dans la nuit.
"Dormez en paix, braves gens, lors de la vitrification finale vous ne sentirez pas grand chose "

à voir en replay. France Télévisions

dimanche 1 décembre 2019

LE SERMENT DE L'ATHLÈTE


"L'oeil du Tigre". Emission de France inter, le dimanche soir à 18 heures. Philippe Collin et ses invités y décodent le langage du corps, le spectacle sportif, mais aussi sa récupération politique au fil de l'histoire. Récemment : "Le sport sous l'occupation". Portrait de deux hommes, Commissaire(s) Général à l'Education et au Sport.  Jean Borotra, "basque bondissant", polytechnicien, croix de feu et maréchaliste (déporté pourtant par les allemands). Joseph Pascot, colonel, ex rugbyman et lavaliste. Au cours de ces deux périodes (40/42)(42/44) le régime de Vichy tente de reprendre en main le corps de la jeunesse de France, d'y réinsuffler la vitalité physique et morale d'une "race française" fracassée à ses yeux par la défaite,  par l'hédonisme de la troisième république et du front populaire  - "la France de l'apéro et des congrès". Ecoutez le replay. Vous sentirez ces effluves de haine républicaine, de chasse au juif au Veld'hiv ou de sueur avec Cerdan, vous découvrirez que les Creps et l'épreuve sportive au bac sont nés à cette époque, distinguerez deux visions antagonistes. L'amateurisme élitaire et désintéressé de l'homme nouveau prêtant "le serment de l'athlète" opposé au professionnalisme du sport ouvrier comblant le manque à gagner avant guerre. C'est passionnant. Laissons le mot de la fin à Robert Paxton historien américain. "Le sport sous le front populaire est un droit. Il devient un devoir sous Vichy."