lundi 26 juillet 2021

RIMBAUD, TESSON ET MOI

 


Rimbaud. Quelle vie de m...! Selon que vous aimiez les mots : météore, magnificence, maraude, matamore, mouvement, magie mystère... vous viendront à l' esprit, ou que vous leur préfériez les chiffres :  malheur, misère, malédiction, merde... vous effleureront les lèvres.  Une chose est sûre, la vie du "passant considérable" ne suinte pas le bonheur. Le petit livre orange de Sylvain Tesson "Un été avec Rimbaud" nous le rappelle. Son auteur avait occupé les ondes d' Inter sous forme de feuilleton  durant l'été 2020. Grand manieur de mots et grand voyageur lui-même, Tesson, une fois encore s'était attaqué à un sommet et y avait planté sa sergent-major. Rappel des faits.  Un gamin prodige des Ardennes, fort en thème, devenu fugueur, voyou, homosexuel avant l'heure par mépris des conventions, voyant aux sens déréglés... en deux mille vers dynamite la poésie rance d'un second empire et d'une république bourgeoise, pensant changer le monde, réinventer l'amour. Mais, rien ne change rien. Alors imaginez... les illuminations d'un enfant qui vole !!! A vingt ans. Il a tout dit. Extinction du feu ou appel du réel? Mystère ! mais le réel sera cruel. Les fleuves le laissent descendre où il voulait, de ressacs en courants vers les soleils d'argent africains. L'ennui, la souffrance, les fournaises du Harar sont ses compagnons, les marches forcées ses étreintes, la soif son extase. Trois photos, cents lettres de plainte, mille fusils et quinze ans plus tard, il rentre vers la vieille Europe, ceinture de pièces d'or à la taille,  tumeur  au genou. Il quitte la mer Rouge pour sa mère noire. Une sœur l'attend à Marseille. La mort aussi. Fin de l'histoire - Début du mythe. Quelques adolescents rêvent encore de finir en roi Arthur. Une poignée d'idolâtres,  portrait de Carjat tatoué sur le cœur s'illusionne de croiser son fantôme en Abyssinie dans quelque regard de noyé. Pardonne nous, "Rimbe" de perturber tes bleuïtés de squelette. Tesson, au moins a t-il une excuse... Il fait la promo de sa propre saison en enfer.

Je n'en ai pas !  Cela te fait une belle jambe. 




 



lundi 19 juillet 2021

MAYA-MAYA



Bien que truffé de contrevérités historiques, et d'exagération sur la barbarie sacrificielle de la société maya, le film décrié Apocalypto de Mel Gibson fait mouche et me remplit de curiosité envers cette civilisation. Le souffle d'aventure et les images chocs, sans doute...  Contrairement aux cités aztèques, les grandes cités mayas ont déjà été abandonnées lorsque les espagnols y pénètrent. Elles  constituent des sites archéologiques purs. Pourquoi cette civilisation alors dans sa période classique (entre 300 et 900 après JC ) celle des pyramides à degrés a t-elle décliné puis disparu ? Guerre généralisée entre cités rivales, jeu de pouvoir entre élites et familles royales, invasion, climat, sécheresse, famine, surpopulation, surexploitation des forêts tropicales et appauvrissement des sols ... ou conjugaison de tous ces facteurs. Si les conquistadors enfoncent le clou en mettant à mal les dernières organisations mayas en particulier par le biais de maladies inconnues pour elles, en réalité, les populations n'ont pas disparu, mais ont abandonné leurs cités médiévales. Une crise de civilisation urbaine a provoqué cette forte migration diluant les masses dans des cités annexes, les campagnes, loin des prêtres mégalos, des rois belliqueux, des élites inutiles... Moins d'astronomie, de prédictions, de temples, d'œuvres d'art, d'écriture, de mathématiques, de sacrifices... Plus de petites communautés et de quiétude, peut-être !?  A méditer pour l'effondrement à venir...


jeudi 8 juillet 2021

ÉCO-TONTON...POURQUOI TU TOUSSES ??

 


Dernièrement, un neveu m' appelle, voulant connaitre mon point de vue sur le sujet. Il m'avoue être gagné par l'éco-anxiété, forme d'angoisse liée au sort de la planète  du vivant, et du genre humain. En prévision des jours à venir "difficiles"  son métier de chanteur d'opéra lui semble vain, la naissance programmée de son enfant irresponsable, l'avenir irrespirable... 

Je l'interroge. 

- Suis-je le mieux placé pour te rassurer?

-Oui, me dit-il car je connais tes convictions, mais je veux savoir comment tu fais pour garder de l'énergie malgré ces vilains nuages à l'horizon. Mon père ne m'est d'aucun secours car il se cramponne à un scénario heureux comme à une bouée.

Le reste de la conversation nous appartient. Peut-être avons nous prononcé les mots: déni, musique, peur, lucidité, espoir, lutte, vérité, vivre debout, résilience, regret, résistance, énergie, jardin, gâchis, suicide collectif, joie, violence, éveil des consciences, mort, image de soi, immigration, guerre, fils, filles, grands-parents, élites défaillantes, engagement politique, passivité, aveuglement... Peut-être pas !

Il a raccroché. Cet appel l'a t-il apaisé, je l'ignore. Sans doute autant que le mensonge.


 

samedi 3 juillet 2021

LES TRIBUNS

 


J'aime écouter la plupart des tribuns, intellectuels, politiques, orateurs. J'aime ceux qui par la parole articulent leurs idées, les rendent audibles, compréhensibles, séduisantes... J'aime les arguments des autres, la chaleur de leurs voix, leur culture au service d'une vision. J'aime leur conviction, leur mauvaise foi, leur aveuglement, leurs stratagèmes balayés par d'autres partis pris, ceux de leurs détracteurs. Autant vous dire que je passe du temps à écouter des "intelligences" sur la toile en travaillant. Par ordre d'apparition à l'écran: Onfray, Bégaudeau, de Lagasnerie, el Razhoui, Polony, Jancovici, Mélenchon, de Villiers, Barreau, Branco, Chouard, Larrouturou, Todd, Buisson, Servigne, Ruffin, Zemmour, Stiegler, Glanz, Pinçon-Charlot, Plenel... aucun ne me dérange, quel que soit son regard: droitier, catastrophiste, partisan, libertaire, zadiste, souverainiste, révolutionnaire...  Chacun y voit clair selon son éclairage, aucun ne voit trouble selon sa focale. Tel Ulysse, accroché à son mât, j'écoute le chant des sirènes sans être attiré par le fond. Dans le débat, seule une aigreur perceptible, un ego trop prononcé, la suffisance et l'agressivité me font trouver l'orateur suspect, ainsi que le manque d'humour. On dit que les grands génocidaires, les dictateurs, les ayatollahs de tout poil en manquent cruellement. Ils se confrontent rarement au débat contradictoire, haranguent, attisent la haine et invectivent. Au pied de la tribune, le bâillon, la corde, la balle, le glaive, l'acide et quelques livres fétides... les rendent persuasifs !



dimanche 27 juin 2021

SACRÉ RAOUL

 

" Manier des couleurs et des lignes, n'est-ce pas une vraie diplomatie, car la vraie difficulté c'est justement d'accorder tout cela." 

                                                                                                                                    Raoul Dufy



jeudi 17 juin 2021

STALINGRAD

 


Janvier/Février 1943. Le maréchal Von Paulus et la sixième armée allemande prise en tenaille capitule face à Staline et aux bolchéviks. La bataille la plus meurtrière (2 fois plus que Verdun) de l'histoire de l'humanité prend fin. Sept mois de combat, plus d'un million de morts russes, 800000 allemands. Des 100000 prisonniers allemands, seule une poignée retournera en Allemagne après guerre. La guerre a basculé. Les armées du troisième Reich  victorieuses depuis 39 n'en finiront plus de refluer jusqu'à Berlin. Au delà de l'enjeu stratégique cette victoire prouve aux "sous-hommes" des steppes qu'ils peuvent vaincre les "surhommes" aryens. Les lettres des combattants des deux camps racontent la fureur, le bruit, l'horreur, la faim et la souffrance quotidienne.  "Aucun de nous ne meurt en criant Heïl Hitler, mais en prononçant le nom d'un être aimé". Le führer à l'ouest vitupère et monologue. Les fantômes glacés s'envolent au dessus des ruines fumantes, consolés par un air de balalaika et de quelques notes de Lili Marleen.

mercredi 9 juin 2021

CHARLOTTE PERRIAND

 


Les années vingt. Après le grand carnage, on croit au progrès libérateur. Paris dégueule ses pauvres au delà des fortifications. La tuberculose sévit dans la zone. Les architectes visionnaires inventent des formes nouvelles pour des hommes nouveaux. Nature-Lumière-Espace-Soleil sont les mots d'ordre.  Charlotte Perriand, jeune diplômée des arts déco fait ses offres de service auprès du maitre Le Corbusier. "Ici, on ne brode pas des coussins" lui assène t-il. Il se ravise, discernant en la jeune designer à la coupe garçonne celle qui pourrait meubler ses "machines à habiter". Quelques fauteuils tournants, chaises longues basculantes toujours tendance, cuisines ouvertes, maison au bord de l'eau plus tard... il se fâchent. Pétrie d'idéaux humanistes et socialistes, amie de Fernand Léger, membre de l'UAM (union des artistes modernes) elle croit en la modernité,  l'industrialisation et la démocratisation du beau... 1940. La jeune femme embarque pour le Japon avant son entrée en guerre aux côtés de L'Allemagne. Elle y perfectionne la pureté et le gout du vide. Indochine... 1946 -Retour en Europe. Perriand retrouve Prouvé et le métal plié, invente la bibliothèque "nuage", le mobilier modulable, construit son chalet à Méribel et meuble la Cité des Arcs... puis, vieille dame s'éteint en 1999. Les concepts urbanistiques des bâtisseurs visionnaires n'ont pas tenu leurs promesses, repris par des suiveurs avides et sans talent. Nos cités carcérales en témoignent. Restent quelques fulgurances, quelques courbes, le corps, la couleur et le beau sourire de la liberté.  "L'art est dans tout, l'art est dans la vie et s'exprime en toute occasion et en tout pays". 

dimanche 6 juin 2021

RENÉ CHAR


 
 


"L'éternité est à peine plus longue que la vie" René Char ,,,

dimanche 30 mai 2021

DANS LES YEUX DE FERRAT

 


Pourquoi ai-je envie d'écouter du Ferrat ces temps-ci? Pourquoi les chansons "Ma Môme", "Camarade", "Ma France" et "Un jour, un jour" d'Aragon me touchent t-elles? Sans doute la voix grave et noueuse du beau moustachu à la tignasse grise, ses mélodies aux accents de grand soir et de lendemains qui chantent colorent t-elles la grisaille actuelle. Mitterrand 81, la Bastille, quarante ans déjà, une rose fanée au sol... Le socialisme n'a pas tenu ses promesses. Le communisme a montré son vrai visage. Jean Tenembaum est allé il y a dix ans rejoindre son père mort à Auschwitz. "Un jour pourtant, un jour viendra couvert d'orange, un jour d'épaule nue, où les gens s'aimeront..." Pourquoi la poésie s'abreuve t-elle aux plus beaux mensonges ?

lundi 24 mai 2021

1/ILS SONT FOUS CES ROMAINS

  

"Après moi que le feu fasse disparaitre la terre. "     Tibère

  "Qu'ils me haïssent pourvu qu'ils me craignent."          Caligula

samedi 22 mai 2021

ROI DE RATS

 



Phénomène curieux, rare et inexpliqué. Des rats toujours noirs 
(Rattus rattus) sauf un cas à Java, attachés par la queue dans un nœud inextricable de corps en putréfaction, de paille et d'excréments. Quelques hypothèses:  l'exiguïté du nid, une matière collante sur la queue des jeunes rongeurs... mais rien d'avéré. Un cercle de 32 rongeurs unis dans la mort à Nantes, un de 2 à Strasbourg, d'autres ailleurs... Fait avéré ou supercherie.
 Une chose est sûre, le phénomène est graphique.


jeudi 20 mai 2021

L'ART M'EMMERDE

 


J'en conviens... à l'heure où les lieux de culture vont rouvrir le propos est un peu provocateur, mais aujourd'hui - au mieux l'art m'indiffère, au pire m'emmerde. Pas les chefs-d'oeuvre, Ousmane Sow, Tintin, Lascaux, Géricault... les travaux passionnants de jeunes gens ou les écrits  de quelques visionnaires, mais la réalité de l'art, le marché, la vie d'artiste, la mascarade.  Après avoir cherché à en vivre, j'ai renoncé à sa fonction sociale et alimentaire.  Je m'exerce (est-ce de l'art !?) lors d'une pratique quotidienne à la couleur, au trait, au texte. Internet comme galerie et rien d'autre - anonyme et bénévole, sans incarnation. Tout acteur de l'histoire de l'art a cru accomplir une révolution artistique décisive... Après lui rien ne serait comme avant. On allait voir ce qu'on allait voir!!! Où sont-ils les vieux maîtres en lavallière, les officiels ou refusés du salon, impressionnistes, pointillistes, fauves, cubistes, futuristes, expressionnistes, dadaïstes, conceptualistes, artistes-pop, minimalistes, installateurs...? Où sont Dali, Monet, Kandinsky, Duchamp, Picasso, Haring, Warhol, Beuys...? Oui je sais, au cimetière, mais leurs oeuvres !? Dans les réserves ou sur les murs des musées, tous semblables à Londres, Paris, Abu Dhabi, Bilbao, New-York, chez des milliardaires,  à Sotheby's, dans les coffres-forts. Ont-ils rendu la vie plus belle? Rien de très flagrant. Quelquefois révolutionnaires qui voulaient changer le monde, au moins celui de l'art, ils ont contribué à son absurdie. Ont-ils été conscients de cette compromission avec l'argent, la mode, le snobisme, le pouvoir, la politique, la spéculation ?  Non coupable ! hurle Van-Gogh sacrifié de la société. A l'occasion, allez rendre l'hommage lige à nos barons d'Empire du luxe, ces bons marquis de Vuitton et Pinault dans leur vaisseau de verre et d'acier ou bâtiment classique fraichement bétonné. Ils vous diront ce qui est beau ou intéressant (Attention en art contemporain, cela demande un petit apprentissage...) Mais eux savent et connaissent le prix des choses. Et puis comme dit mon beau frère qui est un connaisseur:  "Le contemporain, ce n'est peut-être pas beau, mais ça défiscalise".


vendredi 14 mai 2021

PRÉMONITOIRE

 


 "Il n'y a que deux puissances au monde, le sabre et l'esprit.  J'entends par esprit les institutions civiles et religieuses. A la longue le sabre est toujours battu par l'esprit."

Napoléon Bonaparte

mercredi 12 mai 2021

MURAT

 


Ces jeunes maréchaux qui mènent leurs hommes au combat participent de la légende napoléonienne. Ils se distinguent des états majors modernes planqués dans leur QG. Sabre au clair, ou cravache à la main, ils chargent sous la mitraille et pèsent eux-mêmes dans la décision par leur fougue et leur charisme. Murat est de ceux-là. Fils d'aubergiste sur le causse Gramat, il reconquiert ses galons aux côtés d'un certain Bonaparte le 13 vendémiaire en réprimant la révolte monarchiste au pied de l'église Saint-Roch. Les deux sont en disgrâce pour leur passé robespierriste (tombé un an plus tôt). Le sabreur tombera amoureux de la sœur de Bonaparte, Caroline âgée de 15 ans, puis s'illustrera à Austerlitz, Iéna, Eylau dans des charges décisives. Beau gosse, aux tenues extravagantes, excellent cavalier, combattant farouche il est adulé par ses ennemis et par les femmes. Les cosaques veulent le prendre vivant. Les femmes aussi... Fait roi de Naples par son beau frère avec qui il ne sera jamais intime comme Lannes ou Bessières, il engage des réformes dignes d'intérêt et est aujourd'hui encore vénéré des italiens. Garibaldi le chante comme "Le roi des braves et le plus brave des rois ". Voilà pour la légende dorée. La noire nous le dépeint en être impulsif, vaniteux, sans scrupules... et traitre à l'Empire après Leipzig. Rallié lors des Cents jours, il ne participe pourtant pas à Waterloo et s'en va se faire fusiller dans un petit port de Calabre avec panache. Ce "Fils de la Fortune" est un de ces êtres contrastés (franc-maçon comme la plupart des militaires de l'époque) à qui la Révolution et l'Empire permettent l'éclosion. "Carrière ouverte au talent".  Pas si mal comme programme...

samedi 8 mai 2021

IÉNA

 


Aucune guerre n'est "fraîche et joyeuse", aucune bataille n'est glorieuse sauf pour ceux qui ne les font pas. Mais, l'heure est à la commémoration. Arcole, Austerlitz, Waterloo... tout le monde connait. Iéna est moins célèbre. Pourtant, la défaite de la Prusse est "kolossale"... Elle nous le fera payer cher plus tard. Son armée professionnelle (180000 hommes) passe alors pour être la plus puissante d'Europe, héritière de  celle du grand Frédéric II. "Pas besoin de sabres, les gourdins suffiront pour ces chiens de Français" clament Frédéric-Guillaume III de Prusse et sa belle compagne Louise qui voient d'un mauvais œil ce petit général corse fonder la confédération germanique. Or leurs régiments sont dépassés, trop gros, trop lents, approvisionnés par des magasins, menés par de vieux généraux emperruqués... Bref ! Napoléon et sa clique de maréchaux aguerris de 37 ans (pour la plupart franc-maçons), son armée de conscrits mettent tout le monde d'accord le 1er octobre 1806 battant l'arrière garde, tandis que le véritable vainqueur Davout enfonce le clou à Auerstaedt à un contre deux. Un mois plus tard, l'armée prussienne est à genoux, tétanisant et fascinant l'élite et le peuple allemand... Ce sentiment ambigu entre modèle et repoussoir, saupoudré de francophobie et de libéralisme politique favorisera l'unité allemande. "Sans Iéna pas de Sedan" selon Bismarck. Or la guerre nourrit la guerre... sans Sedan pas de Verdun, sans Verdun pas de Hitler etc... Je livre à la perplexité de ceux que ce culte impérial exaspère ces deux citations. La première est de Hegel, inspiré  dans "sa fin de l'Histoire"  par le défilé des vainqueurs sous ses fenêtres /"J'ai vu l'Empereur -cette âme du monde- sortir de la ville en reconnaissance; c'est effectivement une sensation merveilleuse de voir un pareil individu qui, concentré en un point, assis sur un cheval, s'étend sur le monde et le domine". La seconde gravée sur le monument au pied du champ de bataille est de Golo Mann (fils de Thomas) /"Pendant plus d'un siècle, l'Allemagne s'est nourrie d'une grande haine et d'une encore plus grande admiration pour Napoléon."  Goethe verra son entrevue avec l'empereur comme le "diamant de son orgueil". Décidément les intellectuels et les peuples sont complexes. 


mardi 4 mai 2021

C'EST LA LUTTTEUUUU FINALE


 

 


 

               "Les individus ne constituent une classe que 

            pour autant qu'ils ont à soutenir une lutte contre 

            une autre classe. Pour le reste, ils s'affrontent 

            en ennemis dans la concurrence "     Karl Marx.

samedi 1 mai 2021

QUESTION POUR UN NAPOLÉON

 


Le  Petit Tondu ne laisse pas indifférent. Glorieux pour certains, désastreux pour d'autres... visionnaire par l'organisation moderne du pays qui met un terme à la terreur révolutionnaire tout en conservant les acquis de conscience et de propriété, instigateur du code civil, des préfectures, du baccalauréat,  vainqueur d' Arcole, Marengo, Austerlitz... ou tyran après un coup d'état, fomenteur de guerres incessantes, misogyne à la vision clanique, qui rétablit l'esclavage, l'état policier,  vaincu de la Bérézina, Leipzig, Waterloo qui réduit le pays après l'Empire... Ce débat à mon sens est vain puisque l' analyse de cette "aventure" se fait  hors champ de la société, de l'époque et d'évènements qu'une alchimie politique ont rendu possible. Une autre question me turlupine. Pourquoi ce petit général Corse, ayant réussi à se hisser sur le toit de l'Europe, fascine t-il toujours autant de nos jours, y compris dans des pays dont il n'a pas bousculé l'histoire, en Asie par exemple? Que véhicule son épopée ou sa relecture, pour que des génies romantiques comme Hugo, Balzac, Vigny (même Beethoven un temps) aient été  fascinés par ce nouvel Alexandre? Sans doute l'ambition personnelle, la destinée, la chance saisie au delà du déterminisme social, l'écriture de sa propre histoire superposée à une page singulière de la nôtre, une communication sans faille, la liberté, la jeunesse, la gloire, l'aventure teintée d'exotisme, la virilité à cheval, la soif de pouvoir, la mise au pas des puissants par son génie militaire, la chute, l'exil, la mort en martyr, une légende orchestrée... sont-elles des amorces de réponse. Napoléon, l'homme au "bicorne en bataille", dernier César épique, archétype de notre inconscient collectif nous renvoie à notre propre récit, à notre ambiguïté et à nos mornes aspirations. 

PS: Le débat s'il s'installe ne portera pas sur la comparaison avec un autre caporal dont les rêves monstrueux et racistes finirent eux-aussi en Russie... Merci d'avance.


mercredi 28 avril 2021

SALVATOR MERDI

 


"Les affaires continueront jusqu'à la fin".  Le Christ aux doigts levés ou Salvator Mundi bénit cette prédiction. 2005/ Deux collectionneurs d'art repèrent un tableau sur la toile, se le disputent. L'un l'achète pour 1175 dollars, le fait restaurer. L'attribuant à Léonard de Vinci, il le refourgue à l'oligarque russe Rybolovlev pour 127 millions de dollars. Les intermédiaires (Bouvier, Gouzer, Dercon...) et les grandes maisons de ventes aux enchères d'art s'engraissent au passage. Après un gros battage médiatique le prince héritier d'Arabie Saoudite MBS l'acquière en 2017 lors d'une vente chez Christie's pour la modique somme de 450 millions de dollars, dont 50 de com. Le tableau passe entre les mains des experts du Louvre, qui l'attribuent aux assistants d'atelier de Léonard, bref aux arpettes du florentin... 2020/ L'œuvre, devenue enjeu politique ne figure pas aux murs de son exposition au Louvre. Où est-elle?  Sfumato/Sfumato ! Le nazaréen au sourire de Joconde semble s'amuser de sa cote, surpris que des tacherons fassent aussi bien que leur maître, de notre appétit d'argent (qu'un autre juif comparera à la merde)... à moins qu'il ne songe derrière ses lunettes noires à ce que l'on aurait pu faire de cette fortune pour sauver le monde...




samedi 24 avril 2021

MORT A VENISE

Ce film est un adieu. Un adieu à la vie, à la jeunesse, aux ombres d'une  époque. 1911/ Le compositeur Gustav von Aschenbach vient en convalescence à Venise. Il y trouve la mort après avoir croisé la beauté et éprouvé un ultime trouble esthétique et sensuel. Les regards de Mann, Visconti, Mahler, Proust, Bogarde, Mangano et de l'éphèbe aux boucles blondes... s'entrecroisent. Largement auto-biographique ce film suspend son vol aux bords de la lagune, sur les marches de l'hôtel des Bains du Lido. Les corps corsetés, chapeautés, les malles bourgeoises, les canotiers témoignent d'un monde qui va disparaitre dans les tranchées. Les acteurs aussi ont disparu.  Björn Andresen qui incarne le jeune et troublant Tadzio,  ne se remettra jamais de ce rôle qui l' enferma dans une image iconique gay. En ces temps de pandémie, fuyez le choléra, la grippe espagnole, le typhus et plus encore la... nostalgie, inconsolable maladie de l'âme.


dimanche 18 avril 2021

TALLEYRAND ET FOUCHÉ

 


"Tout à coup une porte s'ouvre; entre silencieusement le vice appuyé sur le bras du crime..." Image crépusculaire de Chateaubriand voyant se profiler les ombres de Talleyrand et Fouché, venus faire allégeance au gros Louis XVIII à Saint-Denis. Les Cents jours sont pliés. Waterloo, Blücher et Wellington ont cloué l'aigle au pilori. "Les girouettes" tournent au gré du vent. Les choses n'évolueront pas de la même manière pour les deux compères. Fouché connaitra un douloureux exil européen, tandis que l'évêque débauché finira dans le luxe et les honneurs. La terreur blanche pardonnera moins aux régicides ralliés au petit corse, qu'aux intrigants hédonistes (l'assassinat du duc d'Enghein tout de même)... Joseph Fouché -oratorien, devenu ultra  révolutionnaire bouffeur de curés, rosati puis franc-maçon (Arras, Melun...) assassin froid de Lyon qui fait tirer au canon sur les suppliciés, ministre de la police sous le Consulat et l'Empire, est un personnage plus complexe qu'il n'y parait. Il inspirera Javert à Hugo. Lire ses "Mémoires" controversées ou l'ouvrage de Stephan Sweig. Voir ou revoir le Souper de Molinaro avec Brasseur et Rich. Un pur régal des papilles, des cônes, des bâtonnets et des cellules cillées. J'aime aussi l'Histoire quand elle se nourrit de psychologie, de truffes du Périgord et de belle langue.


samedi 17 avril 2021

L'ORIGINE DU MONDE

 

Second Empire. La "bicherie", autrement dit l'amour tarifé auprès des beaux messieurs du Tout Paris, du Jockey Club... est une échappatoire à la misère pour les ballerines pauvres de l'opéra de Paris. Constance Quéniaux, née dans le faubourg poissonnière fait partie du contingent. Elle devient la maitresse du fortuné, libertin, syphilitique et ottoman amateur d'art, Khalil Bey. Celui ci commande à Courbet  (1866) chef de file des réalistes un portrait de son amante. Celle-ci met son point d'honneur à ce que l'on ne la reconnaisse pas. Gustave tient promesse. L'Origine du monde nait: zoom, contre plongée sur un sexe féminin (sillon fessier, toison pubienne, lèvres colorées) dans sa plus intime vérité... Dénouement. Khalil Bey ruiné au jeu retourne à Constantinople, Courbet exilé de la Commune meurt dans la misère en Suisse. Constance poursuit sa route bourgeoisement en dame patronnesse à Cabourg. Le tableau qui transite un temps chez Lacan est accroché depuis 1995 au musée d'Orsay. Au final, tout ceci est très moral même si Constance a un "poil" raté son anonymat ou que d'autres voient dans cette vulve celle de Joanna Hiffernan: muse de Whistler et maitresse de Courbet. Peu importe, une chatte est une chatte... et le dénuement paie.