dimanche 8 décembre 2019

L'ATOMIQUE C'EST FANTASTIQUE


"Dormez en paix, braves gens. Rien ne vous menace." Le cri des gens d'armes du guet  a pris un coup de vieux ces cinquante dernières années... Deux soirées, six épisodes, Mathieu Kassovitz prête sa voix. Daniel Costelle, Isabelle Clarke nous propulsent au coeur de la guerre froide, de la décolonisation, de la menace nucléaire... bref de l'Apocalypse qui a failli avoir lieu dans cette guerre des mondes. Staline, Mao, Hô Chi Ninh, Giap, Kennedy, Khrouchtchev, Truman, Eisenhower, Johnson, Nixon... Ils sont tous là autour d'une grande partie de Risk, la main sur le bouton. On comprend mieux les mécanismes de domination de ces vieillards totalitaires, de ces quadragénaires arrogants sûrs de leur fait. Quelques millions de morts plus tard, on en est toujours là, arsenal gonflé à bloc -planète foutue en prime. Si l'on essayait autre chose que les "ismes". Socialisme, marxisme, communisme, capitalisme, colonialisme, libéralisme, hégémonisme, nationalisme... avant que les douze coups de l'horloge atomique ne résonnent dans la nuit.
"Dormez en paix, braves gens, lors de la vitrification finale vous ne sentirez pas grand chose "

à voir en replay. France Télévisions

dimanche 1 décembre 2019

LE SERMENT DE L'ATHLÈTE


"L'oeil du Tigre". Emission de France inter, le dimanche soir à 18 heures. Philippe Collin et ses invités y décodent le langage du corps, le spectacle sportif, mais aussi sa récupération politique au fil de l'histoire. Récemment : "Le sport sous l'occupation". Portrait de deux hommes, Commissaire(s) Général à l'Education et au Sport.  Jean Borotra, "basque bondissant", polytechnicien, croix de feu et maréchaliste (déporté pourtant par les allemands). Joseph Pascot, colonel, ex rugbyman et lavaliste. Au cours de ces deux périodes (40/42)(42/44) le régime de Vichy tente de reprendre en main le corps de la jeunesse de France, d'y réinsuffler la vitalité physique et morale d'une "race française" fracassée à ses yeux par la défaite,  par l'hédonisme de la troisième république et du front populaire  - "la France de l'apéro et des congrès". Ecoutez le replay. Vous sentirez ces effluves de haine républicaine, de chasse au juif au Veld'hiv ou de sueur avec Cerdan, vous découvrirez que les Creps et l'épreuve sportive au bac sont nés à cette époque, distinguerez deux visions antagonistes. L'amateurisme élitaire et désintéressé de l'homme nouveau prêtant "le serment de l'athlète" opposé au professionnalisme du sport ouvrier comblant le manque à gagner avant guerre. C'est passionnant. Laissons le mot de la fin à Robert Paxton historien américain. "Le sport sous le front populaire est un droit. Il devient un devoir sous Vichy."

vendredi 22 novembre 2019

UN SAMEDI SOIR


... où je découvre un thème musical lors d'une émission radiophonique. Air entêtant, qui roule et monte en puissance. On cite l'artiste. Clara Ysé. Internet... où je découvre une jeune femme à la beauté antique, aux influences diverses. Entre Hélène Martin, Line et Willy, Isabelle Mayereau. Un clip réussi. Solo de clarinette subtil. Des jeunes gens dansent, naviguent sur des barques absurdes, plongent dans l'eau blanche, courent à perdre haleine. Une artiste virginale sacrifiée dans une barque de fleurs offre son chant primordial "Le monde s'est dédoublé". La toile... où j'apprend qu'elle est la fille d'Anne Dufourmantelle, psychanalyste et philosophe, morte après avoir sauvé un enfant de la noyade. Morte ? Pas vraiment. Ta fille te prolonge, te survit. Tu peux être fière. Le monde sera peut-être sauvé par ceux là, fils d' un passé de lucioles, filles d' un avenir anthracite. Enfants de toujours. A la fois démodés et modernes. Noyés et vivants 

lundi 11 novembre 2019

HALTE AU FEU


11 novembre 1918. 11 heure. L'ordre claque au son du clairon, mettant fin à quatre ans de carnage. Un quart d'heure plus tôt à 10h45 - Augustin Trébuchon, quarante ans, tombe frappé d'une balle dans la tête, un message à la main. Il y aura eu le caporal Peugeot premier tué français en 14 et le dernier*. Entre ces deux fantômes, des millions d'autres, venus de partout,  blessés, gazés, arrêtés, inutiles... des soeurs, pères, fils, mères, amantes inconsolables. Des tombereaux de malheur. Honte à tous ceux qui déclarent les guerres, les cautionnent, les attisent, les prolongent, en font leurs affaires, de conséquents profits et ne la font jamais. L'état major comprit lui même l'absurdité du symbole et antidata ces décès au 10 novembre. Amputés d'une journée par les engalonnés. Je propose que ceux qui votent les guerres partent les premiers en bandes molletières et casque Adrian pour vivre pleinement leurs ardeurs guerrières. D'autres malheurs sont venus, d'autres viendront. Rassurez-vous, amateurs de sanquette et de boyaux à l'air, la prochaine sera - elle aussi "fraîche et joyeuse."

* Dernier- avant dernier? puisque certains attestent qu'un Mayennais Jules Achille serait mort à 10h55, puis d'autres dans les Balkans, mais quelle importance... 

samedi 9 novembre 2019

UNE BELLE JAMBE


Le "petit tondu" n'en finit pas de nous hanter. On vient de découvrir à Smolensk le squelette d' un général du premier Empire. L'ADN a parlé. Les restes de Charles-Etienne Gudin blessé à Valoutina Gora, amputé, mort trois jours plus tard de la gangrène, enterré à Smolensk vont rejoindre son coeur ramené par Napoléon puis enterré au père Lachaise en 1822. La jambe semble définitivement perdue...
Pourquoi cette fascination pour les quinze ans de règne d'un empereur auto-proclamé? Pouvoir sans partage, émaillé de faits d'armes glorieux ou hasardeux qui l'emmène se perdre dans les plaines de Russie et de Belgique.
- Nostalgie d'une grandeur perdue, d'un certain panache, gout de l'épopée, ou admiration pour ces hommes tirés de la boue par leur talent, leur courage? Pas leur fortune ... 
- Un autre temps.
Collaboration archéologique, cérémonie aux Invalides, dialogue franco-russe... Par un clin d'oeil de l'histoire le général de Montargis pourrait dégeler les relations glaciales entre notre "petit caporal" hexagonal et le tsar actuel de Russie... Le réchauffement est tendance.


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samedi 26 octobre 2019

LE CALUMET DE LA PAIX


Tout est noir... les danseurs, les survets à capuche, les murs, le sol, la lumière, la chorégraphie violente et saccadée, véritable simulacre de combat. Une fois la black et inquiétante "battle" acceptée, concentrez vous sur l'essentiel - C'est magnifique. Le thème entêtant de Jean-Philippe Rameau, la tension des corps, la prise de vue, l'invention, la gestuelle et les mimiques des filles et garçons pulsent cinq minutes d'énergie pure. Vues par Clément Cogitore en 2017, chorégraphiées par Bintou Mendele, Grichka et Brahim Rachiki, investies par des danseurs de Trunk  genre né dans les ghettos de Los Angeles, qui sous des apparences guerrières prône la non-violence, ces Indes Galantes sont sauvages. (La version longue de l'Opéra est-elle aussi réussie? Pas sûr...) Une confirmation: l'art est la rencontre de tous les hommes et de toutes les époques, la danse l'expression salvatrice des corps et des passions. Une question me taraude. Pourquoi dans notre société plurielle, aussi peu de députés ou de frères de couleurs dans l'hémicycle ou sur les colonnes ? Le communautarisme sévirait-il partout ?



mercredi 23 octobre 2019

LA LIGNE CLAIRE


Comme une maison, le corps accumule. Ici au grenier, là sur la bedaine. Une barde de lard s'est installée à la taille, sur le cou, dans les joues... Bascule et miroir en témoignent. Silhouette épaissie, articulations douloureuses, souffle court. Le temps où l'on grimpait la corde  à la force des bras est loin... Ce mauvais suif a donné quelques coups de canif au contrat passé avec son corps il y a  40 ans. Le moment où il faudra le rendre se rapproche. J'aimerai m'en séparer dans un état au plus proche de celui d'origine, comme mes idées ou mes rêves de gamin. Le moins dénaturé possible. Question d'honnêteté.

dimanche 20 octobre 2019

LE VIDE

Faire le vide. Trier, jeter, donner, vendre... est une opération salutaire dans une maison et une vie. Au fil des ans, des décennies... les objets, bouquins devenus poussiéreux, invisibles, le matériel, les vêtements, les  dossiers  se sont accumulés dans les armoires, sur les étagères, dans  les pièces. Le regard est arrêté. La mémoire encombrée, noyée dans un mur...
-Inutile et  superflu. 
-Respiration. 
L'exercice est dévoreur de temps, fatigant, indispensable.
Vous n'emporterez rien. Que vos souvenirs affublés de quelques sourires ou rictus.
Essentiel substrat
-L'espace.
Avant le grand saut dans le vide et dans le temps. 





samedi 12 octobre 2019

UNE RENCONTRE IMPROBABLE


La vie, son charme, ses surprises. Il y a quelques jours au bord de la route un être étrangement accoutré tend le pouce. Je m'arrête. 
-Vous passez par le col de L...?   
-Oui, Montez.
Un jeune homme élancé prend place dans la voiture. Look d'enfer ! Barbichette, chapeau de feutre, canne torsadée, baluchon cylindrique, pendentifs interminables à l' oreille. Je le félicite. Il me remercie.
-Mais, vous êtes compagnon ?
-Oui, Monsieur... Je viens  faire un chantier par ici. 
Il m'explique le pacte des trois ans et un jour sans revenir dans sa famille, le tour de France et d'Europe, l'obligation de se déplacer sans payer, sans portable, son engagement dans une guilde de compagnons allemands, la difficulté de se poser et de faire sa vie, son décalage avec le reste de la société, le plaisir de parler français... Pourtant il est français ! Le trajet passe le temps d'un songe. Le col de L... nous rattrape et nous sépare. Un salut cordial, mon passager, un des 500 compagnons allemands en pantalon  noir à pont, gilet et veste côtelé, boutons de nacre s'éloigne. Il m'a dit son nom de sociétaire "wandergesellen honnête charpentier et couvreur" mais en allemand... je n'ai pas retenu. J'aime les rencontres improbables, la vie, son charme, ses surprises. 

vendredi 4 octobre 2019

LAUDATO SI'


"Loué sois-tu" - Dans une longue et personnelle encyclique de 2015  le pape François tutoie Dieu et adresse  aux humains un réquisitoire contre leur modèle économique basé sur la cupidité, l'inégalité, la spéculation, le gaspillage, l'épuisement des ressources, le déni, le cynisme. Celui ci dégrade vivants et environnement, pollue, provoque guerres et malheurs, avilit et déréglant le climat - bien commun de tous  conduit à l'auto-destruction. Il le fait sur les pas de Saint François  "Le-très-bas"  environné d'oiseaux. Mais il n'y a plus d'oiseaux. Ce pape là invite hommes et femmes de tous horizons et confessions  à repenser une nouvelle solidarité universelle, pour réparer les dommages causés par les abus à l'encontre de la maison de Dieu. Dans sa foi, il l'appelle ainsi... Cela le regarde. Appelons la maison des hommes et nous serons d'accord. Les mots ne sont que des fantômes prêts à disparaitre. Ceux d'un autre J.C parti ces jours ci s'envolent... "La maison (continue de) brûler et nous regardons (toujours) ailleurs."  Lisons, relisons cet appel  loin des idées préconçues et des dogmes. Je ne suis pas sûr que les puissants de ce monde apprécient beaucoup cette bombe venue de Rome...












lundi 30 septembre 2019

FRÈRE JACQUES


Dormez-vous ? Dormez-vous ? Le bourdon de Notre Dame résonne dans le ciel de Paris. Le grand Jacques va rejoindre sa fille Laurence au cimetière du Montparnasse. Ding-Ding-Dong. Peut-être quelques forces archaïques l' accompagnent-elles lors de ce voyage.  Au delà des clichés abracabrantesques de président sympa, grand séducteur, amateur de sumo et de Corona, ogre dévoreur de tête de veau,  marionnette mangeuse de pommes... le "Corrézien" nous interroge sur la vacuité du pouvoir, sa quête jamais assouvie, le désir d'être aimé, les failles secrètes que chacun porte en lui, le bonheur (a t-il été heureux... Rien n'est moins sûr !?) les convictions fluctuantes, les trahisons, les compromissions, la solitude, la pudeur... "L'homme à tête de droite " qui ne fut bon qu'en étant lui-même -en vrai sphinx emporte ses secrets dans la tombe. Tandis que la grand messe Saint-Sulpicienne se joue, l'ombre portée du jeune étudiant en science-politique vendant l'Humanité Dimanche, devenu député de Corrèze, maire de Paris, chef de parti, et deux fois président des français se superpose avec celle du fauve "aux dents de sabre" qui meurt ce soir, aimé d'un vieux peuple nostalgique. D'autres sont venus, d'autres viendront. L'énigmatique sourire qui s'évanouit semble murmurer - "Il vaut mieux être le dernier des lions que le premier des renards."