mardi 8 janvier 2019

QUATUOR À CORDES




Lors de nos pérégrinations avec mon amie, nos pas nous mènent souvent dans des "villages de caractère". Vieilles pierres brossées à blanc, rues en pente pavées, lanternes au dessus de linteaux gravés, librairies ésotériques, clochetons, artisanat templier... C'est impeccable mais on s'attend à tout moment à voir Stephane Bern Grand Prêtre du Patrimoine sortir d'un porche ou d'une gargouille.  Ce soir d'aout Saint-Guilhem-du-Désert n'échappe pas à la règle. L'ennui rôde par  manque de vie - Ô miracle une joyeuse tablée apporte la preuve que la joie nait avec les ampoules le long du Saint-Jacques. Cerise sur le gâteau, un quatuor à cordes (Quatuor Debussy de Lyon) se produit dans la soirée à l'autre bout de la place - La magie sera au rendez-vous sur les rudes chaises de l'abbatiale. Le Requiem de Mozart opère toujours.
Leçon numéro 1. Le génie défie le temps.
Leçon numéro 2. Inutile d'allez loin. Le désert est à notre porte. Il suffit de partir étonné et disponible.

mercredi 2 janvier 2019

FLAUBERT DE DOS




En fait d'injures, de sottises, de bêtises  etc... Je trouve qu'il ne faut se fâcher que lorsque l'on vous le dit en face. Faites-moi des grimaces tant que vous voudrez dans mon dos, mon cul vous contemple !          Gustave Flaubert 

dimanche 30 décembre 2018

" TU N'AS PAS CHANGÉ..."



" En somme à peu près la même âme, et presque le même homme.
Mais presque c'est l'abîme,  à peu près c'est le mal."

Victor Hugo /Océan

mercredi 26 décembre 2018

ET DIEU DANS TOUT ÇA ?




-Et Dieu dans tout ça ? ... Si Jacques Chancel m'avait posé la question au lieu de mourir prématurément à 86 ans, j'aurais répondu ceci.  
- L'homme est une sorte de cancrelat qui à la différence de la blatte invasive s'interroge sur l'existence de dieu.  En vérité s'il est difficile de se prononcer sur les angoisses métaphysiques du cafard, du singe ou de l'éléphant, force est de constater que ceux-ci sont plus discrets dans leurs questionnements. Vous conviendrez que ni l'homme, ni l'insecte n'apportent la preuve tangible de l'existence ou de l'inexistence d'un quelconque principe créateur - ce qui ne fait pas pour autant de la blatte un insecte  agnostique - et que malgré les faibles indices, sapiens-sapiens gesticule, se passionne, se crispe autour du débat. Il y a donc une différence... 
Pourtant, les deux naissent, vivent, mangent, défèquent, baisent, se multiplient, vieillissent et meurent... Il faut donc chercher ailleurs et je vous propose Jacques cette hypothèse. L'être humain possède cette caractéristique - appelons la "Vanité" - qui l'autorise à se soucier  d'avantage de sa propre mort  que de la vie de ses semblables, à considérer qu'un œil tout puissant le toise et le juge, mais l'excuse quand il trucide, abime, viole, exploite jusqu'à la corde, détruit son environnement et meurt boulimique le cul cousu d'or à côté d'enfants squelettiques. Sur le plateau, après Brassens et Ferré d'autres invités très intelligents auraient expliqué que les blattes dans un avenir nucléaire proche ou lointain s'en sortiraient mieux que nous, et que dieu en définitive était peut-être une grosse blatte, qui nous avait condamné parce que nous étions vraiment trop cons. On aurait envoyé le Carmina Burana. Ta-Ta-Ta-Ta -TTTTaaaaaaaa. Le Grand Echiquier, quoi ! 
Bon. Jeudi il y a eu un remake. Conclusion: Dieu je ne sais pas... mais Chancel, lui est mort c'est sûr... Une pâle copie a fait la promo de quelques vedettes et la preuve que le culte même sous forme d'émission peut être mortel.  Une sorte de cafard m'a envahi.


samedi 22 décembre 2018

DE LA CAVE AU GRENIER



Ceux qui n'ont pas emprunté dans leur enfance les marches conduisant à la cave ou au grenier d'une maison ancienne sont malchanceux. Bouteilles, barriques, toiles d'araignées, rats, cloportes, fatras du passé, malles, vieux papiers, mémoire et histoire familiale: tout est imprimé dans nos rétines et notre cerveau. Les objets, la lumière, l'humidité, l'architecture, les locataires n'y sont pas les mêmes. Les terreurs et les rêves non plus... En bas la terre, le feu et l'eau que les fondations, la pierre et l'inconscient soutiennent. On s'y terre. On s'y protège des dangers. On y abrite le bois, le vin, la chaudière, la buanderie. Munie d'une porte dérobée, voire de souterrains on peut s'en échapper. Munie d'anneaux et de grilles aux soupiraux on y reste prisonnier. On y enterre le corps gênant sous la terre - battue, elle aussi... 
En haut l'air, la poussière, l'obscurité ou la lumière possible que le bois de charpente, la couverture le conscient protègent des éléments. Le plancher craque. La chouette assiste à une furtive étreinte. La poutre attend la corde. La lune éclaire par la tabatière les histoires évanouies. Un jour un héritier impie procèdera au grand nettoyage. 
Sous les barres d'immeubles les caves labyrinthiques aux portes frappées de numéros serpentent. Elles doivent parler d'un autre imaginaire , d'un autre enfer, d'un  paradis disparu. Ailleurs la cave s'est faite garage ou cellier, on habite les greniers, mais ceci est une autre histoire...

dimanche 9 décembre 2018

IL ÉTAIT UNE FOIS LA RÉVOLUTION ...



"Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs "  Article 35. Déclaration des droits de l'homme et du citoyen.1793 .  supprimé en 1795

"Constitue un mouvement insurrectionnel toute violence collective de nature à mettre en péril les institutions de la République ou à porter atteinte à l'intégrité du territoire national "    Article 412.3 du code pénal

jeudi 6 décembre 2018

LE TRÉSOR


Il arrive parfois qu'une sœur qui vous est chère perde le chemin du temple, lassée des pesanteurs et des charges de sa loge. La FM semble éloignée de ses préoccupations immédiates et le mot démission est alors prononcé... A celle ci, je dis... Pour retrouver le gout du travail au cours de cette aventure initiatique qui procure élévation, regard aiguisé sur le monde, liberté de penser il faut que ses aspirations,  son don et ses interrogations comme trois plans superposés enfin réunis se complètent à la lueur d'une flamme et désignent  l'emplacement d'une mine oubliée.   
-Descends. 
-Avance à tâtons. Creuse. Quand tu auras trouvé le coffre, ouvre le avec précaution. La clé est en toi. Tout talent illumine les ténèbres:  dessin,  écriture, irrévérence ou alors soin énergétique, attention aux autres, empathie, médiumnité.... le trésor est inépuisable, le coffre profond. On l'appelle Franc-Maçonnerie et chaque frère ou soeur l'enrichit de ses différences.
-Referme-le.
-Remonte chargée d'étoiles et partage ce que tu as découvert. 



mardi 4 décembre 2018

RUDE-RUDE-RUDE


-Rude réalité. Le réchauffement climatique est palpable ces jours-ci dans l'hexagone. La fin d'automne exhale un souffle torride...
-Indignation.  Rien n'excuse l'extrême violence. S'en prendre à l'héritage d'un peuple est vain, ridicule, couteux et offensant. Mais que voulez-vous !? il n'y a pas que des pacifistes et des esthètes dans les émeutes urbaines...
-Etonnement. On profane facilement les monuments nationaux un jour d'insurrection. Que fait la police?
-Aspiration. Un grand courant d'air s'est échappé du crâne béant de la Victoire appelant aux armes, alimentant ainsi le feu de la révolte. Les beaux quartiers n'aiment pas flamber, préférant d'ordinaire voir bruler les banlieues. Qu'imaginiez vous, classes moyennes inférieures en plébiscitant un jeune énarque, haut fonctionnaire, sorti de la cuisse de Jupiter, passé par Rothschild, fils adultérin du néo-libéralisme et du socialisme mou ? Qu'il allumerait des contre-feux pour circonscrire vos fins de mois difficiles? Adoubé par sa caste, le bon élève applique son programme à la start-up France engluée dans la zone euro. 
-Inquiétude. Comment va se terminer cet été indien?
-Optimisme. Le moulage de Rude en plâtre sera raccommodé d'ici deux mois. Si ! Vous verrez...
-Geste commercial. Noël approche. Amis japonais, gardez Carlos Ghosn au chaud sur son futon avec ses millions et ses 800 smics mensuels en guise d'oreiller. On vous le donne... Nous, on garde Mbappé. 
Que  voulez vous on a des rêves de pauvres !

jeudi 29 novembre 2018

LE HUSSARD SUR LE TOIT


/1832. Venu d'Asie le choléra sévit en France. Il rayonne depuis Paris et s'installe en Provence. Un jeune carbonaro italien, Angelo Pardi défie la maladie et la mort. Ses armes sont la fougue, l'innocence, l'énergie, l'esprit chevaleresque... et les toits de Manosque où menacé par la population il se réfugie quelques temps. En bas, les cadavres s'entassent sur les chariots. Angelo rencontre un chat puis Pauline de Théus dans une maison désertée. S'ensuit le "horse movie" vers des régions épargnées par l'épidémie, des deux jeunes amoureux fuyant les corbeaux porteurs du mal, l'eau souillée, les dragons, la violence villageoise, la terreur bourgeoise et la mort toujours présente.
/1883. Koch identifie le bacille qui ne porte pas son nom. Le choléra fait 100000 morts en 1830 et 140000 morts en 1855.
/1951. Giono publie le quatrième tome de ce qui devait être un décalogue. Son roman d'aventures s'inspire de la Chartreuse de Parme de Stendhal et son héros de Fabrice Del Dongo. Il ne veut pas de Gérard Philippe, jugé trop chétif dans une adaptation filmée.
/1995. Rappeneau porte à l'écran "Le Hussard" dans un bel opus classique. Binoche-Martinez interprètent les amoureux. 
/2006. Ce dernier incarne "L'Homme" pour Yves Saint-Laurent.
/2018. Le choléra... comme les dates c'est mortellement chiant .

mercredi 21 novembre 2018

HUGO EN TROIS ACTES





















-Acte 1
Côté tristesse le XIXème siècle est prodigue. Hugo enterre trois de ces cinq enfants. Léopoldine se noie, François Victor meurt de la tuberculose et Charles d'apoplexie. Adèle finit à l’asile.... Le drame se déroule.
-Acte 2
Côté sexe et sentiments la période est compliquée. Victor soulève les jupons et fait tourner les têtes, mais Adèle la mère, Juliette ou Léonie veulent la primauté. Les portes claquent... La comédie se joue.
-Acte 3
Côté politique le temps est riche en chambardements. Le dramaturge-royaliste vire romancier-républicain. Valjean envoie Hernani aux oubliettes et "Napoléon le Petit » expédie leur créateur à Guernesey… Hugo écrit et dessine. Le roman s'écrit.
Fin de la pièce et dénouement. L'ancien député voulant éradiquer la misère, devenu vieux, superstitieux, très riche et un poil grincheux convoque les esprits, fait tourner les tables, prie Dieu, insulte l’église et s’étant fait une gueule de patriarche - meurt. Le rideau tombe sur le commandeur. 
Déluge d’applaudissements. Le public est debout.

Conclusion personnelle: Pour rester dans l'imaginaire et le coeur d'un peuple mieux vaut défendre la justice sociale que la finance, être anti esclavagiste, plutôt anti-colonialiste, pour le suffrage universel, contre la peine de mort, républicain, laïc, aimer trop que pas assez, laisser si possible une oeuvre originale et soigner sa sortie... 


lundi 19 novembre 2018

LE CHEMIN DES DAMES






Quand j’étais enfant, mon père avait acheté en province la maison d’un ancien poilu, avec meubles, linges et effets. Je jouais avec sa vareuse mitée et son fusil cassé. A 8 ans j’entrevis que l’armistice de 1918 n’était pas si éloignée de ma naissance.  A Paris on croisait encore des gueules cassées vendant des billets de la Loterie Nationale.
Adolescent, je dévorais les vieux numéros de I'Illustration, Dorgelès, Barbusse ou Genevoix, Henri Bordeaux et la vie héroïque de Guynemer... Je collectionnais les baïonnettes, les épaulettes, les casques. J’étais d’un autre siècle. La fin glorieuse était une option. 
Vint la puberté et sa pulsion de vie. Le nouveau paquetage arriva: Mobylette, Echo des Savanes, poster de la page centrale de Lui, René Fallet et le fol espoir des filles... Mon Chemin des Dames prenait un tournant. Je laissais s’envoler les morts en bandes molletières ou en casque à pointe.*
Je les connais ces damnés de 130 ans, inutiles cadavres , tricolores trépanés. Je les aime mais ils ne font plus partie de ma fantasmagorie guerrière. La Loterie Nationale s'est faite Française des Jeux. La Der des Der a fait des petits... D’autres massacres ont eu lieu et d’autres viendront. Je me bats pour qu’ils n’adviennent pas avec mes plumes et mes encres. A chacun ses armes et son ciel de gloire.

* En réalité ils sont toujours là puisque j'écris aujourd'hui ce post...

samedi 17 novembre 2018

HFT





















On ne meurt pas toujours du concert... Ce soir, oubliez " la marée que vous avez dans le coeur qui vous remonte comme un signe " oubliez l'ombre de Ferré et le temps qui passe. Ne retenez que l'envie, le public, la fosse, les gradins, l'affection à vos côtés, le plaisir de l'autre, vos souvenirs, les lasers comme des tisonniers de lumière, les stridences des guitares... Invoquez un vieux rockeur/punk/fils de coupeur de mots, laissez-le offrir sa belle gueule de soixante dix ans, son univers, laissez hurler les instruments et vous aurez 20 ans à côté de votre fils qui en a déjà 30. Merci C... d'avoir eu cette idée et de m' avoir invité. Merci HFT* d'être âgé sans être vieux. Bercy for ce joint de bonheur.

* Pour les non initiés: Hubert Félix Thiéfaine    NDLR

lundi 12 novembre 2018

ATELIERS D'ARTISTES /2


Cette vérité devrait  troubler les peintres. Leurs palettes encrassées de peintures à huile pétrifiée sont  plus intéressantes que leurs oeuvres - Le hasard  oeuvrant plus surement que l'intention,  le morceau de bois coloré dénué d'ego s'accomplit dans une forme d'art. A côté, les boxes encombrés de tubes de couleurs, de pinceaux, de livres-papiers-cartons et de cafetières électriques proposent un ouvrage en cours sur le chevalet, la table ou le mur. C'est en général très mauvais, mélange  de propos inintelligible et de manque de technique. Pourtant, sur un pilier un tableau dérangeant et plastiquement digne d'intérêt attire le regard: c'est le tableau électrique qui dans un enchevêtrement de fils défie  toute norme... L'obscurité masque les formes. Dans un renfoncement de l'atelier une porte brille. Je l'ouvre. L'oeil  unique de la cuvette m'observe, encadré de deux pommettes crasseuses.  Cette oeuvre absolue m'assène ce que je pressentais déjà: Duchamp est mort depuis longtemps, depuis toujours, tué par ceux qui ont tout compris avant lui - les innombrables utilisateurs des lieux. Je referme ce sanctuaire.  Il est temps de partir. Deux vélos... Vitry-sur-Seine - Novembre. La nuit nous avale.



dimanche 11 novembre 2018

ATELIERS D'ARTISTES /1

Pour un artiste à Paris - plus qu'en province la difficulté est de trouver un atelier disponible, abordable financièrement et qui ne soit pas au diable Vauvert. Dans le Sud de la capitale et la banlieue dite rouge, bon nombre d'anciennes fabriques ont été transformées en ateliers. Exit les ouvriers, bonjour les artistes. Moyennant 250 euros par mois les peintres, sculpteurs, plasticiens disposent de 12 m2 dans un open space foutraque. Les espaces souvent forts, avec verrières, jardins, terrasses, grande hauteur, divisés en lots abritent autour d'un poêle à bois sculptural  le labeur (puisqu'ils n'y dorment pas) de ces nostalgiques du bateau lavoir. Chantonner "La Bohême" et s'entrevoir Picasso, Juan Gris ou Van Dongen a un prix, qu'ils paient en s'inventant ce petit phalanstère de l'art, rêvant sans doute de lendemains radieux. Un seul à l'évidence s'en sortira par sa plume et ses pinceaux, les autres iront rejoindre le long cortège des vies artistiques grises. Entre chiens et loups, en cette fin d'après midi pluvieuse de novembre, une évidence me saute aux yeux. Celui qui a tout compris est  le propriétaire des lieux... 


mardi 6 novembre 2018

EXTRAIT


              "Tout ce qui a été crée est l'adaptation 

           de cet élément unique  ..."  La Table d'Emeraude