lundi 12 novembre 2018

ATELIERS D'ARTISTES /2


Cette vérité devrait  troubler les peintres. Leurs palettes encrassées de peintures à huile pétrifiée sont  plus intéressantes que leurs oeuvres - Le hasard  oeuvrant plus surement que l'intention,  le morceau de bois coloré dénué d'ego s'accomplit dans une forme d'art. A côté, les boxes encombrés de tubes de couleurs, de pinceaux, de livres-papiers-cartons et de cafetières électriques proposent un ouvrage en cours sur le chevalet, la table ou le mur. C'est en général très mauvais, mélange  de propos inintelligible et de manque de technique. Pourtant, sur un pilier un tableau dérangeant et plastiquement digne d'intérêt attire le regard: c'est le tableau électrique qui dans un enchevêtrement de fils défie  toute norme... L'obscurité masque les formes. Dans un renfoncement de l'atelier une porte brille. Je l'ouvre. L'oeil  unique de la cuvette m'observe, encadré de deux pommettes crasseuses.  Cette oeuvre absolue m'assène ce que je pressentais déjà: Duchamp est mort depuis longtemps, depuis toujours, tué par ceux qui ont tout compris avant lui - les innombrables utilisateurs des lieux. Je referme ce sanctuaire.  Il est temps de partir. Deux vélos... Vitry-sur-Seine - Novembre. La nuit nous avale.

dimanche 11 novembre 2018

ATELIERS D'ARTISTES /1


Pour un artiste à Paris - plus qu'en province la difficulté est de trouver un atelier disponible, abordable financièrement et qui ne soit pas au diable Vauvert. Dans le Sud de la capitale et la banlieue dite rouge, bon nombre d'anciennes fabriques ont été transformées en ateliers. Exit les ouvriers, bonjour les artistes. Moyennant 250 euros par mois les peintres, sculpteurs, plasticiens disposent de 12 m2 dans un open space foutraque. Les espaces souvent forts, avec verrières, jardins, terrasses, grande hauteur, divisés en lots abritent autour d'un poêle à bois sculptural  le labeur (puisqu'ils n'y dorment pas) de ces nostalgiques du bateau lavoir. Chantonner "La Bohême" et s'entrevoir Picasso, Juan Gris ou Van Dongen a un prix, qu'ils paient en s'inventant ce petit phalanstère de l'art, rêvant sans doute de lendemains radieux. Un seul à l'évidence s'en sortira par sa plume et ses pinceaux, les autres iront rejoindre le long cortège des vies artistiques grises. Entre chiens et loups, en cette fin d'après midi pluvieuse de novembre, une évidence me saute aux yeux. Celui qui a tout compris est  le propriétaire des lieux... 

mardi 6 novembre 2018

EXTRAIT


              "Tout ce qui a été crée est l'adaptation 

           de cet élément unique  ..."  La Table d'Emeraude









lundi 22 octobre 2018

LE CORBU


Le plus célèbre des architectes français n'était ni architecte ni français d'origine. Naturalisé en 1930, Charles-Edouard Jeanneret-Gris est né à la Chaux-de- Fonds en Suisse et n'a jamais été architecte en titre. Il  s'en prévalait  d'ailleurs, précisant : En architecture je ne serais jamais un de vos concurrents, puisque j'ai renoncé pour divers motifs... je suis un poète". Poète, révolutionnaire, propagandiste assurément... Il théorise son architecture nouvelle pour un homme nouveau dès les années 20, énonce des règles simples qui mal digérées accoucheront des grands ensembles et réalise quelques villas magistrales à pilotis, toitures terrasses et fenêtres horizontales. Bâtisseur (piètre dit-on...) il est aussi plasticien, designer, écrivain, peintre et sculpteur rejoignant l'avant garde de l'époque. Mais après la crise de 29 "planisme", "purisme", "hygiénisme", "homme nouveau" flirtent avec "Ordre Nouveau. Le Corbusier fricote avec la droite autoritaire, le fascisme, l'antisémitisme, l'eugénisme et s'installe à Vichy durant l'occupation ( comme les frères Perret ) échappant de justesse à l'épuration grâce à Malraux. Avant tout opportuniste, sûr de son exception il navigue entre bolchévisme, fascisme et collaboration pour imposer sa poésie de l'Angle Droit. Ce démiurge qui voulait rendre le monde meilleur et prétendait aux pleins pouvoirs, ne s'est-il pas pris pour dieu auquel il ne croyait pas? Il se noie en 1965, laissant une oeuvre protéiforme qui sera classée au patrimoine mondiale de l'Unesco en 2016. Le Modulor allonge son bras vers le ciel, de magnifiques dessins aux couleurs primaires n'en finissent pas d'exalter le corps, l'ordre, la lumière, l'acier, le béton, les arbres, le soleil, la vitesse, la cité radieuse... Derrière les lunettes d'écaille se dessinent les errements, les utopies mais aussi le génie d'une époque trouble.


mardi 16 octobre 2018

RAPPEL


"Pour être l'homme de son pays, il faut être l'homme de son temps "                                         François René de Chateaubriand

dimanche 14 octobre 2018

LA BALLADE DES PERDUES



Pauvres femmes. Le calvaire de certaines enfante des Nobel. Denis Mukwege et Nadia Murad en sont. L'un pour son travail réparateur auprès des femmes violées au Congo, l'autre pour être devenue la porte parole de la communauté yésidie en Irak et des esclaves sexuelles de l'état islamique. Pauvre de moi. J'ignorais ou ne voulais pas savoir que la colonisation fut un immense safari sexuel pour occidentaux en quête de fantasmes ex(r)otiques.. La myriade de mousmées nues sur cartes postales graveleuses en témoigne. Pauvres africains. Pendant des siècles ils furent réduits en esclavage par les arabes et les négociants européens. Les jeunes garçons étaient souvent castrés. 80% mourraient lors de cette mutilation... Excision, mariage forcé, violence conjugale, pédophilie, enfants soldats, prostitution sauvage, viol de guerre, mutilation, torture... L'imagination de l'homme et sa perversion sont sans limite. Mais l'abjection est bonne fille. Elle s'exprime mais fait peu de cas de la couleur de peau, de l'âge, du sexe et frappe large... noirs, blancs, jaunes, rouges, hommes, femmes, enfants prennent tour à tour leur ticket dans la file des bourreaux ou victimes. Sinon, tout va bien. La terre est une poubelle. " Sœurs humaines qui avec nous vivez, n'ayez les coeurs contre nous endurcis, car si pitié... etc - etc "

dimanche 7 octobre 2018

AZNAVOURIAN



Le grand Charles est parti au paradis rejoindre Truffaut, Piaf, Montand, Ventura, Biraud, Serrault... et prendre sa place dans le long cortège des saltimbanques. Il nous laisse pleurer la mamma avec Giorgio le fils maudit, parler d'un temps que les moins de 94 ans ne peuvent pas connaitre, dans un taxi quelque part du côté de Tobrouk, dans un très vieil appartement, une soute à charbon... Jeune homme je braillais "La jam", "Emmenez moi au bout de la terre", "la bohème". J'aimais, tout en trouvant vieux le registre. J'ai eu un rapport ambigu avec le plus célèbre des arméniens. Est ce son rapport à l'argent, sa swiss attitude, son côté Sinatra français, son désir forcené de reconnaissance ou le sentiment que le meilleur de son travail était derrière lui? Mais on n'aborde pas l'art par le biais de la critique... L'artiste Aznavourian nous lègue 1000 chansons dont certaines d'anthologie, un angle d'attaque sensible autour de thèmes sulfureux, un engagement humanitaire et politique, 80 films - 5 chefs-d'oeuvre et quelques nanars, une gueule, sa gentillesse, la volonté de réussir et la preuve que parfois en France carrière est ouverte au talent. Une page se tourne. Le grand "petit homme" n'est plus et les lilas sont morts. 

samedi 6 octobre 2018

ÂME SENTINELLE


Elle est retrouvée.

Quoi ?  L'Éternité.
C'est la mer allée
Avec le soleil

Rimbaud

mercredi 3 octobre 2018

jeudi 20 septembre 2018

LA POLICE DE VICHY


Vichy:  réputée pour son eau, ses parcs, ses palaces, son tissu, ses pastilles... l'est un peu moins pour sa police. J'ignorai que celle ci jusqu'alors municipale était devenue nationale grâce au Maréchal. Conçue selon trois axes : PJ-RG-sécurité publique, qui perdurent aujourd'hui elle devient le bras armé de la collaboration et mène un jeu trouble avec l'occupant nazi. Ses caciques:  Laval, Bousquet, Papon, Touvier, Darnand, Pucheu, Marquet, Peyrouton... signent ses méfaits: Vel d'Hiv, Chateaubriand, Rivesaltes, martyr des enfants juifs, combat contre le maquis, purge du vieux port de Marseille, torture, jusqu'à la mue finale en milice fascisante. Impliquée dans les rafles (une poignée sauvera l'honneur du groupe), les fichages, les dénonciations et déportations de juifs, communistes, francs-maçons, résistants ou réfractaires au STO, ce corps voué à l'ordre arrivera in-extrémis à faire oublier son implication dans les basses besognes en participant de manière active à la libération de Paris. Un documentaire très réussi de David Korm-Broza * et Laurent Joly nous fait remonter le temps et entrer dans la psyché des grands commis de l'Etat Français. La voix de Dassary grésille dans le gramophone : "Maréchal - nous voilà, Tu nous a redonné l'espérance..." 
La musique aboie les salauds passent... ou restent. C'est selon !

*  Revoir:  Les Jeunesses Hitlériennes.



mardi 11 septembre 2018

L'ETOILE BRILLANTE DU MATIN

     

"L'humanité est païenne. Jamais aucune religion ne l'a pénétrée. Le pouvoir de croire à la survie de l'âme n'est même pas dans l'âme de l'homme ordinaire. L'homme est un animal qui s'éveille sans savoir ni où ni pourquoi.

Quand il adore les Dieux, il les adore comme des fétiches. Sa religion est une sorcellerie. Il en a toujours été ainsi, il en est ainsi, et il en sera toujours ainsi. Les religions ce n'est que ce qui déborde des mystères pour devenir profane et n'est point compris par le profane car, par nature, il ne peut l'être...."


                                                 PESSOA,  L'Heure du Diable, Conte

dimanche 9 septembre 2018

FERNANDO PESSOA




Quelle étrange personnalité et quelle étrange vie que celles de l'écrivain portugais Fernando Pessoa. Arrivé de Durban à 17 ans puis arrimé à Lisbonne dans un exil intérieur durant 30 ans il trimballe son chapeau, sa fine moustache et son visage aquilin  d'un bout à l'autre de la rue des Douradores où il travaille et où il réside... Alternant avec un emploi terne de scribouillard il construit une oeuvre singulière de critique, polémiste, poète, auteur de fictions et de théâtre,  ésotéricien (apologie de la franc-maçonnerie)... empile les manuscrits dans une malle et meurt alcoolique en 1935, méconnu du public - ayant très peu publié. Homme mélancolique aux multiples plumes et signatures: Pessoa, Soarès, Reis, Caiero... qui lui permettent d'avoir des pensées contradictoires, cet intranquille qui revendiquait "n'être personne"  aura réussi le tour de force,  dans cette longue marche vers lui-même et la connaissance, dans un rejet  de stagnation intellectuelle de sa personne et sa culture "d'être grand sans n'être rien." Etrange... Ce silence et cette immobilité revendiqués couvrent de ridicule nos tintamarres et gesticulations forcenées.