lundi 11 novembre 2019

HALTE AU FEU


11 novembre 1918. 11 heure. L'ordre claque au son du clairon, mettant fin à quatre ans de carnage. Un quart d'heure plus tôt à 10h45 - Augustin Trébuchon, quarante ans, tombe frappé d'une balle dans la tête, un message à la main. Il y aura eu le caporal Peugeot premier tué français en 14 et le dernier*. Entre ces deux fantômes, des millions d'autres, venus de partout,  blessés, gazés, arrêtés, inutiles... des soeurs, pères, fils, mères, amantes inconsolables. Des tombereaux de malheur. Honte à tous ceux qui déclarent les guerres, les cautionnent, les attisent, les prolongent, en font leurs affaires, de conséquents profits et ne la font jamais. L'état major comprit lui même l'absurdité du symbole et antidata ces décès au 10 novembre. Amputés d'une journée par les engalonnés. Je propose que ceux qui votent les guerres partent les premiers en bandes molletières et casque Adrian pour vivre pleinement leurs ardeurs guerrières. D'autres malheurs sont venus, d'autres viendront. Rassurez-vous, amateurs de sanquette et de boyaux à l'air, la prochaine sera - elle aussi "fraîche et joyeuse."

* Dernier- avant dernier? puisque certains attestent qu'un Mayennais Jules Achille serait mort à 10h55, puis d'autres dans les Balkans, mais quelle importance... 

samedi 9 novembre 2019

UNE BELLE JAMBE


Le "petit tondu" n'en finit pas de nous hanter. On vient de découvrir à Smolensk le squelette d' un général du premier Empire. L'ADN a parlé. Les restes de Charles-Etienne Gudin blessé à Valoutina Gora, amputé, mort trois jours plus tard de la gangrène, enterré à Smolensk vont rejoindre son coeur ramené par Napoléon puis enterré au père Lachaise en 1822. La jambe semble définitivement perdue...
Pourquoi cette fascination pour les quinze ans de règne d'un empereur auto-proclamé? Pouvoir sans partage, émaillé de faits d'armes glorieux ou hasardeux qui l'emmène se perdre dans les plaines de Russie et de Belgique.
- Nostalgie d'une grandeur perdue, d'un certain panache, gout de l'épopée, ou admiration pour ces hommes tirés de la boue par leur talent, leur courage? Pas leur fortune ... 
- Un autre temps.
Collaboration archéologique, cérémonie aux Invalides, dialogue franco-russe... Par un clin d'oeil de l'histoire le général de Montargis pourrait dégeler les relations glaciales entre notre "petit caporal" hexagonal et le tsar actuel de Russie... Le réchauffement est tendance.


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samedi 26 octobre 2019

LE CALUMET DE LA PAIX


Tout est noir... les danseurs, les survets à capuche, les murs, le sol, la lumière, la chorégraphie violente et saccadée, véritable simulacre de combat. Une fois la black et inquiétante "battle" acceptée, concentrez vous sur l'essentiel - C'est magnifique. Le thème entêtant de Jean-Philippe Rameau, la tension des corps, la prise de vue, l'invention, la gestuelle et les mimiques des filles et garçons pulsent cinq minutes d'énergie pure. Vues par Clément Cogitore en 2017, chorégraphiées par Bintou Mendele, Grichka et Brahim Rachiki, investies par des danseurs de Trunk  genre né dans les ghettos de Los Angeles, qui sous des apparences guerrières prône la non-violence, ces Indes Galantes sont sauvages. (La version longue de l'Opéra est-elle aussi réussie? Pas sûr...) Une confirmation: l'art est la rencontre de tous les hommes et de toutes les époques, la danse l'expression salvatrice des corps et des passions. Une question me taraude. Pourquoi dans notre société plurielle, aussi peu de députés ou de frères de couleurs dans l'hémicycle ou sur les colonnes ? Le communautarisme sévirait-il partout ?



mercredi 23 octobre 2019

LA LIGNE CLAIRE


Comme une maison, le corps accumule. Ici au grenier, là sur la bedaine. Une barde de lard s'est installée à la taille, sur le cou, dans les joues... Bascule et miroir en témoignent. Silhouette épaissie, articulations douloureuses, souffle court. Le temps où l'on grimpait la corde  à la force des bras est loin... Ce mauvais suif a donné quelques coups de canif au contrat passé avec son corps il y a  40 ans. Le moment où il faudra le rendre se rapproche. J'aimerai m'en séparer dans un état au plus proche de celui d'origine, comme mes idées ou mes rêves de gamin. Le moins dénaturé possible. Question d'honnêteté.

dimanche 20 octobre 2019

LE VIDE

Faire le vide. Trier, jeter, donner, vendre... est une opération salutaire dans une maison et une vie. Au fil des ans, des décennies... les objets, bouquins devenus poussiéreux, invisibles, le matériel, les vêtements, les  dossiers  se sont accumulés dans les armoires, sur les étagères, dans  les pièces. Le regard est arrêté. La mémoire encombrée, noyée dans un mur...
-Inutile et  superflu. 
-Respiration. 
L'exercice est dévoreur de temps, fatigant, indispensable.
Vous n'emporterez rien. Que vos souvenirs affublés de quelques sourires ou rictus.
Essentiel substrat
-L'espace.
Avant le grand saut dans le vide et dans le temps. 





samedi 12 octobre 2019

UNE RENCONTRE IMPROBABLE


La vie, son charme, ses surprises. Il y a quelques jours au bord de la route un être étrangement accoutré tend le pouce. Je m'arrête. 
-Vous passez par le col de L...?   
-Oui, Montez.
Un jeune homme élancé prend place dans la voiture. Look d'enfer ! Barbichette, chapeau de feutre, canne torsadée, baluchon cylindrique, pendentifs interminables à l' oreille. Je le félicite. Il me remercie.
-Mais, vous êtes compagnon ?
-Oui, Monsieur... Je viens  faire un chantier par ici. 
Il m'explique le pacte des trois ans et un jour sans revenir dans sa famille, le tour de France et d'Europe, l'obligation de se déplacer sans payer, sans portable, son engagement dans une guilde de compagnons allemands, la difficulté de se poser et de faire sa vie, son décalage avec le reste de la société, le plaisir de parler français... Pourtant il est français ! Le trajet passe le temps d'un songe. Le col de L... nous rattrape et nous sépare. Un salut cordial, mon passager, un des 500 compagnons allemands en pantalon  noir à pont, gilet et veste côtelé, boutons de nacre s'éloigne. Il m'a dit son nom de sociétaire "wandergesellen honnête charpentier et couvreur" mais en allemand... je n'ai pas retenu. J'aime les rencontres improbables, la vie, son charme, ses surprises. 

vendredi 4 octobre 2019

LAUDATO SI'


"Loué sois-tu" - Dans une longue et personnelle encyclique de 2015  le pape François tutoie Dieu et adresse  aux humains un réquisitoire contre leur modèle économique basé sur la cupidité, l'inégalité, la spéculation, le gaspillage, l'épuisement des ressources, le déni, le cynisme. Celui ci dégrade vivants et environnement, pollue, provoque guerres et malheurs, avilit et déréglant le climat - bien commun de tous  conduit à l'auto-destruction. Il le fait sur les pas de Saint François  "Le-très-bas"  environné d'oiseaux. Mais il n'y a plus d'oiseaux. Ce pape là invite hommes et femmes de tous horizons et confessions  à repenser une nouvelle solidarité universelle, pour réparer les dommages causés par les abus à l'encontre de la maison de Dieu. Dans sa foi, il l'appelle ainsi... Cela le regarde. Appelons la maison des hommes et nous serons d'accord. Les mots ne sont que des fantômes prêts à disparaitre. Ceux d'un autre J.C parti ces jours ci s'envolent... "La maison (continue de) brûler et nous regardons (toujours) ailleurs."  Lisons, relisons cet appel  loin des idées préconçues et des dogmes. Je ne suis pas sûr que les puissants de ce monde apprécient beaucoup cette bombe venue de Rome...












lundi 30 septembre 2019

FRÈRE JACQUES


Dormez-vous ? Dormez-vous ? Le bourdon de Notre Dame résonne dans le ciel de Paris. Le grand Jacques va rejoindre sa fille Laurence au cimetière du Montparnasse. Ding-Ding-Dong. Peut-être quelques forces archaïques l' accompagnent-elles lors de ce voyage.  Au delà des clichés abracabrantesques de président sympa, grand séducteur, amateur de sumo et de Corona, ogre dévoreur de tête de veau,  marionnette mangeuse de pommes... le "Corrézien" nous interroge sur la vacuité du pouvoir, sa quête jamais assouvie, le désir d'être aimé, les failles secrètes que chacun porte en lui, le bonheur (a t-il été heureux... Rien n'est moins sûr !?) les convictions fluctuantes, les trahisons, les compromissions, la solitude, la pudeur... "L'homme à tête de droite " qui ne fut bon qu'en étant lui-même -en vrai sphinx emporte ses secrets dans la tombe. Tandis que la grand messe Saint-Sulpicienne se joue, l'ombre portée du jeune étudiant en science-politique vendant l'Humanité Dimanche, devenu député de Corrèze, maire de Paris, chef de parti, et deux fois président des français se superpose avec celle du fauve "aux dents de sabre" qui meurt ce soir, aimé d'un vieux peuple nostalgique. D'autres sont venus, d'autres viendront. L'énigmatique sourire qui s'évanouit semble murmurer - "Il vaut mieux être le dernier des lions que le premier des renards."

mercredi 25 septembre 2019

FEU

































"L'hérétique n'est point celui qui brûle dans la flamme mais celui qui allume le bûcher"
William Shakespeare

lundi 23 septembre 2019

HOW DARE YOU ?



« Je ne devrais pas être là, je devrais être à l’école, de l’autre côté de l’océan. (…) Comment osez-vous ? Vous avez volé mes rêves et mon enfance avec vos paroles creuses. Les gens souffrent, les gens meurent. Des écosystèmes entiers s’effondrent, nous sommes au début d’une extinction de masse et tout ce dont vous pouvez parler, c’est de l’argent et du conte de fée d’une croissance économique éternelle. Comment osez-vous ? Depuis plus de quarante ans, la science est claire comme du cristal. Comment osez-vous regarder ailleurs et venir ici en prétendant que vous en faites assez ? (…) Vous dites que vous nous entendez et que vous comprenez l’urgence mais je ne veux pas le croire. »
« Vous nous avez laissés tomber. Mais les jeunes commencent à comprendre votre trahison. Si vous décidez de nous laisser tomber, je vous le dis : nous ne vous pardonnerons jamais. Nous ne vous laisserons pas vous en sortir comme ça. »       Greta Thunberg /ONU/23 septembre 2019

dimanche 22 septembre 2019

SACCO ET VANZETTI


...quand l'Amérique des années 20 et le capitalisme ne font pas de cadeau à leurs migrants. Deux anarchistes italiens Nicola Sacco et Bartolomeo Vanzetti accusés à tort de braquage et d'un double meurtre sont passés à la chaise électrique. Misère, violences raciales, émeutes, clandestins, gouvernement réactionnaire, Ku Klux Klan... le tableau est sombre mais ce clair-obscur éclaire notre nuit à venir. Je laisse aux derniers mots de Vanzetti à son juge le soin de conclure en m'étonnant des grandeurs et turpitudes de l'homme et de sa justice. Un jour ou l'autre, je vous parlerai de Dreyfus.

 « Si cette chose n'était pas arrivée, j'aurais passé toute ma vie à parler au coin des rues à des hommes méprisants. J'aurais pu mourir inconnu, ignoré : un raté. Ceci est notre carrière et notre triomphe. Jamais, dans toute notre vie, nous n'aurions pu espérer faire pour la tolérance, pour la justice, pour la compréhension mutuelle des hommes, ce que nous faisons aujourd’hui par hasard. Nos paroles, nos vies, nos souffrances ne sont rien. Mais qu’on nous prenne nos vies, vies d'un bon cordonnier et d'un pauvre vendeur de poissons, c'est cela qui est tout ! Ce dernier moment est le nôtre. Cette agonie est notre triomphe". 


MAUVAIS CLIMAT


mardi 17 septembre 2019

LE VOL DU PHÉNIX


Huis clos dans le désert. Un avion s'est écrasé au milieu des dunes de sable. En attendant les hypothétiques secours un groupe d'hommes tente de survivre dans la fournaise libyenne. L'eau baisse comme leur moral au fil des jours jusqu'à ce que l' ingénieur allemand échafaude de recréer un avion avec les débris du bimoteur. Aucune autre intrigue que celle de la survie. Ni amour, ni flash-back familiaux, juste cette galerie de personnages tour à tour lâches, orgueilleux, colériques, courageux, obstinés, désespérés, humains, magnifiques... C'est très fort, servi par une distribution internationale: J.Stewart, R.Attenborough, P.Finch, H.Krüger, C.Marquand et quelques autres. C'est une histoire d'obstination, de vie et de mort (réelle puisque le cascadeur Paul Mantz meurt pendant le tournage), d'espoir qui prend vie dans le projet commun et dans le travail, une histoire d'oiseau mythique qui renait de ses cendres, une histoire de soleil très maçonnique en somme... J'oubliais: le film (1965) est de Robert Aldrich (d'après le roman de Trevor Dudley-Smith) un des metteurs en scène oubliés des années 60 - celui des Douze salopards et de quelques oeuvres magistrales. 

jeudi 12 septembre 2019

PORTES FERMÉES



Les scientifiques sont arrêtés par l'idée de l'absurde, de l'hérésie scientifique, l'artiste rien ne l'arrête, il n'est pas embarrassé par la science...C'est ainsi qu'il pénètre derrière les portes fermées à la science.                       Elsa Triolet

mardi 10 septembre 2019

TRAVAIL MANUEL


Poser des tablettes en bois, réaliser des travaux de menuiserie dans un appartement, concrétiser à quatre mains un projet commun... en compagnie d'une personne chère. Le faire dans la détente, l'intelligence et la bonne humeur, prouve deux choses. Vous êtes en harmonie et le travail manuel est un cadeau du ciel. Pas de parlotte. Quelques mesures, solutions techniques avancées, décisions mêlées de concentration, de précision et gestes sûrs, compliqués par l' approvisionnement, le choix des outils, le nettoyage, le calcul, l'économie, les délais... La superposition maîtrisée de toutes ces contraintes contribuera à l'élégance finale.   Je ne sais plus qui a dit que nous n'étions nous-même, c'est à dire sans artifice que dans le travail. C'était un frangin - j'en mets ma main à couper...

mercredi 4 septembre 2019

MAFIA


Arte nous a offert ces jours-ci une oeuvre percutante (de Mosco Levi Boucault) Deux volets/ une soirée pour se glisser dans la peau des repentis de Cosa Nostra.  Années 60/ Corléone petite ville de Sicile / Toto Riina, ouvrier agricole devient le maître incontestée de la pieuvre. On assiste à son ascension dans les décennies suivantes, sa violence, son trafic, ses crimes, sa planque, son arrestation, son procès, son incarcération, sa mort en prison. Derrière le "code d'honneur" de la confrérie il y a du sang, du malheur, de la peur, les compromissions et corruptions des politiques et en face parfois l'immense courage des juges. Les repentis cagoulés avouent les corps refroidis (une centaine par tueur) les dissolutions dans l'acide, leur besoin de puissance et de considération. Cette plongée dans le mal absolu est hallucinante. Le regard cruel du fauve/ "La Belva" Toto Riina fait froid dans le dos, comme la froide distorsion entre l'amour de cette pègre envers ses proches et son absence totale d'humanité envers celui qui se met en travers. Une chose est sûre, l'enfer et le diable existent. Au moins ici bas...