lundi 8 juillet 2019

ANNE VANDERLOVE


Il ne faut pas laisser les voix s'en aller, sans les accompagner, sans hurler avec elles... Anne Vanderlove est morte à 75 ans le 29 juin dernier dans un silence assourdissant. Elle avait connu des débuts fulgurants dans les années 60. Visage antique et voix cristalline, textes poétiques parfois teintés de politique - dans la lignée de Joan Baez. Laissez la vestale de mai 68 instiller dans vos oreilles " La ballade de Novembre" / "les Petits cafés" / "La fontaine de Dijon" / "Je me suis souvent demandé" (Richard Anthony) qui conclut à propos des injustices - "Mais un jour il faudra payer"... Pas de chance, Anne tu es partie avant qu'on ne règle l'addition. La vie n'est pas linéaire, mais toujours passionnante quand je découvre à l'occasion de ce post que l'artiste est la voix céleste de l'album crépusculaire de Manset / La mort d'Orion, ou que par amour elle a participé à un braquage de banque. Rebelle comme le jour, à jamais love for you Anne.

dimanche 7 juillet 2019

LE TOUR DE FRANCE


Les rendez-vous sportifs  martèlent le temps et l'espace à dates fixes dans des lieux sacralisés : Roland Garros, J.O, Coupe du monde, Championnats du monde, courses en solitaires... à la fois pour nous tenir en haleine, nous rendre fiers et nous anesthésier. Le tour de France n'échappe pas à la règle. Ritualisé, médiatisé, mondialisé, labellisé France il n'est plus q'une opération de com' pour équipementiers et champions suspects, un rendez-vous pour camping caristes du monde entier. S'il vous plait rendez nous les duels Bartali /Copi - Anqueti/Poulidor - Merckx/Ocana -  avec des vraies figures qui même bourrées d'amphet' écrivaient la course avec leurs tripes et leurs pneus en boyaux. Rendez nous Bartali le Juste, Garin, Pélissier, Christophe le Gaulois, Bobet, Bahamontés, Robic, Géminiani le Grand fusil, Hinault le Blaireau... S'il vous plait, oubliez la montre, la tactique et les droits télé. Rendez nous le panache.

dimanche 30 juin 2019

THE MAN IN THE MOON


Une des caractéristiques du genre humain n'est-elle pas de pervertir toute idée généreuse, utopie, projet fou ? Le 21 juillet 1969 l'humanité assistait "rassemblée" à l'un de ses plus vieux rêves, pixelisé en noir et blanc - un homme foulait le sol lunaire, y prononçait des mots bien préparés et y plantait un drapeau, étoilé comme un ciel de gloire. En Occident les trente glorieuses et en Orient la guerre du Vietnam battaient leur plein, le pétrole coulait à flot, les frigos se remplissaient... On croyait au progrès... réveil amer -cinquante ans plus tard, l'espace est  devenu une poubelle, un enjeu pour puissances et multi-nationales, un terrain de jeu pour milliardaires et militaires, une concession minière. Certains y voient une potentielle issue après la dégradation de la planète mère. Ne rêvons pas : les pauvres bougres ne feront pas partie des élus  dans le vaisseau. En cette période caniculaire prophétique je reste accroché à l'idée d'un paradis volé sur terre par quelques uns et m'en remet pour la fiction aux vieux maîtres du genre: Savinien de Cyrano de Bergerac, Jules Vernes, Méliès, Hergé, Marvel... Les nouveaux : Kubrick, Spielberg, Herbert, Bilal, Merle, Schuiten, Damasio, Moebius... n'auront été que les chroniqueurs d'un avenir noir. Restent la symbolique de l'astre, alchimique, féminine et les images dans le temple. Arriveront-elles à apaiser celles à venir plus belliqueuses de Mars que notre soif de conquête et de vide sidéral pourrait courroucer ? Rien n'est moins sûr. Quand on plonge dans ses rêves on n'en ramène pas que des trésors.

vendredi 21 juin 2019

AU COMMENCEMENT ÉTAIT LE VERRE




« We make [you mason] for five guineas, the price is but small, and then Lords and Dukes, you your Brother may call, have gloves, a white apron, get drunk and that’s all »  « On te fait maçon pour cinq guinées, c’est peu cher payé, et dès lors tu peux appeler les Lords et Ducs tes frères, tu mets des gants, un tablier blanc, tu t’enivres et voilà tout ».  

dimanche 16 juin 2019

WARGAME




Les observateurs  notent des similitudes entre l'ambiance actuelle et celle des années 30:  populisme, montée des droites nationalistes / anti-parlementarisme / hostilité envers les boucs émissaires traditionnels: étrangers, migrants, juifs, francs-maçons, élites / crise institutionnelle / perte de repères / colère sociale... Sur fond de bouleversement climatique et crise économique annoncés, de tensions internationales, de chômage endémique,  de thèses complotistes, les "hommes forts" redressent le menton. On astique les bottes, les armes se vendent bien, le nucléaire aussi... merci ! Les amateurs d'histoire apprécieront puisqu'ils connaissent l'issue. Ceux de jeux vidéo s'enthousiasmeront pour ce wargame à l'échelle planétaire  -Tu veux contrôler le monde, être puissant ? Adopte la stratégie cupidité, dérégulation, paradis fiscaux, deviens milliardaire, trader, oligarque, cynique, dégrade l'environnement, exploite à outrance, adore le veau d'or, les inégalités, la mondialisation, la sur-consommation. Possède. Avance dans ce grand couloir où deux grandes portes s'ouvrent sur le vide. Au dessus est écrit en lettres de feu "Probable". Ouvre la et... saute -Tu penses qu'une autre voie est possible? Observe, examine. Tu trouveras peut-être dans un recoin obscur une porte basse, presque masquée. Une petite inscription y est gravée : "Improbable". Il ne reste plus qu'à trouver la clé.

lundi 10 juin 2019

HOT DOGME



Je savais que la religion pouvait tuer. J'ignorais que l'alchimie puisse diviser. J'en ai eu la preuve ce samedi lors d'un repas. Un ami "adepte" depuis plusieurs années a pris comme une atteinte personnelle que je le "contredise" (sic) devant témoins sur certains aspects de la discipline qui est devenue primordiale à ses yeux. Selon moi si Flamel, Fulcanelli et un certain alchimiste actuel fortement médiatisé ont fait fortune ils le doivent à leurs publications, vidéos, stages ou autres activités mais pas à la transmutation du plomb en or qui ne s'est jamais réalisée que dans les imaginations éprises de merveilleux. J'ai enfoncé le clou en avançant que le "créateur" de la Trame, technique dont je ne remettais pas en cause l'efficacité, n'était en réalité que le passeur de méthodes ancestrales. C'en était trop ! J'ai ressenti en quittant la maison une forte odeur de soufre teintée du sentiment que je n'étais plus le bienvenu. C'est dommage car si l'alchimie envisagée sans dogme, comme une voie philosophale, ésotérique, poétique avait tout pour nous rapprocher, sa version exclusive  dans une approche de croyant, de maître à disciple ne nécessitant aucune validation scientifique ou historique - elle - ne pouvait à la longue que nous éloigner. C'est dommage car les amis de la vraie vie sont moins nombreux que sur Facebook... Concluons cette oeuvre au noir par un aphorisme avicole of "The" Alchimist sur le secret de la matière et la lumière, qui colle aussi pour l'amitié. "Percez et vous verrez"



jeudi 30 mai 2019

LE GRAND MEAULNES


Entre deux eaux surnagent nos souvenirs, qu'une  odeur, un goût, une phrase, un film sauvent de la noyade.  J'avais vu l'adaptation du Grand Meaulnes lors de sa sortie en 1967 et en gardais quelques images -floues comme la fête du domaine mystérieux. Saut dans le passé: la fraicheur de Brigitte Fossey et la fièvre de Jean Blaise sont toujours intactes dans cet opus un peu kitsch mais fidèle au livre. Le metteur en scène (J.G Alibicocco) et la soeur de Fournier (I. Rivière) auront préservé l'esprit romanesque: adieu à l'adolescence,  amour idéalisé, serment d'amitié, découvertes, émois... entre terre battue de cour d'école et manoir envahi par les ronces, entre lacs et forêts du Berry, entre songes et ciel bas de Sologne. Le livre parait en 1913 . Malgré un vif succès Fournier échappe au Goncourt mais pas à la mort  (un mois après son ami Péguy) en septembre14 - La guerre ne fait pas de cadeau. Sa disparition  prématurée à 27 ans aura contribué au succès de son unique roman, unique comme l' écriture simple et Hermétique. Le temps d'une escapade, redevenus soudain adolescents à l'âge magique de la lecture, écartons les branches enchevêtrées de notre histoire, pour n'être plus qu'un : Augustin Meaulnes/Yvonne de Galais. Rébis à deux têtes, gouttes de rosée dans la lumière blanche de nos rêves enfouis.





dimanche 19 mai 2019

ALFRED NAKACHE

Artem : le poisson en hébreu. Alfred Nakache a du savoir nager pour ne pas se noyer en ces temps de malheur. Juif de Constantine installé en Fance, plusieurs fois titré en natation il participe aux J.O de Berlin, mais la guerre venue perd la nationalité française par abolition du décret Crémieux. Zone libre, Toulouse, le TOEC... L'antisémitisme le rattrape - 1943 arrestation, Drancy, Auschwitz, marche de la mort, Buchenwald. Sa constitution d'athlète le sauve- 1945 Il revient des camps sans sa femme ni sa fille. Il pèse 40 kilos. L'appel des bassins, la compétition le reprennent. Il retrouve le haut niveau et participe aux J.O de 48, puis devient entraineur. Il meurt en 1983 à 67 ans lors de son entrainement quotidien à Cerbère. Il fait son entrée ce jour au panthéon de la natation -L'international Swimming Hall of Fame en Floride (5ème français). On l'a surnommé aussi "le nageur d'Auschwitz" puisque lors de sa déportation il organisait des séances de natation à la barbe de ses gardiens dans des bassins de rétention. Leçon de vie, leçon de sport quand l'effort mène à tout: gloire, déchéance, oubli, fortune, misère... et ici résistance.



jeudi 9 mai 2019

AU REVOIR LÀ-HAUT


Prenez un bon Goncourt, un metteur en scène doublé d'un acteur talentueux, une belle lumière, de savants costumes, une belle distribution, le Paris d'après le grand massacre : populaire, bourgeois, cocardier, corrompu, généreux, miséreux. Rajoutez-y quelques casques Adrian, deux ou trois gueules cassées, de la boue, de glauques scènes de tranchées, une bonne dose de cynisme, une louche de culpabilité, une pincée de courage, une autre de lâcheté, des sentiments,  des masques... de l'art, du mystère ! N'oubliez pas quelques jolis minois, la mort du félon, le pardon, la rédemption du réprouvé. Laissez mitonner deux heures au feu doux anarchiste. Salez. Poivrez. Régalez-vous seul ou à plusieurs...

"Au revoir là-haut" . Fiche technique
Pierre Lemaitre. Prix Goncourt/ 2013. 
Réalisateur et rôle principal du film/2017. Albert Dupontel. 115 minutes. Couleur. 5 oscars
Distribution: Niels Arestrup, Laurent lafitte, Emilie Dequenne, Nahuel Pérez Biscayart, Mélanie Thierry... et quelques autres.


lundi 6 mai 2019

SIC ITUR AD ASTRA




* "Nous irons ainsi jusqu'aux astres..." Ils iront de La Muette à la Butte-aux-Cailles... 9 kilomètres - ce qui n'est déjà pas si mal. Nous sommes le 21 novembre 1783. Le premier aérostat habité survole Paris. A son bord: Pilâtre de Rozier(1) et le marquis d'Arlandes. Deux esprits libres et scientifiques que compte la France des Lumières. L'engin volant est l'oeuvre des frères Montgolfier francs-maçons et industriels d'Annonay qui ont déjà propulsé dans le ciel un coq, un canard et un mouton. Il est en toile de coton et papier, comporte une plateforme, un réchaud grillagé qu'on alimente de paille, des fleurs de Lys, des soleils, les signes du Zodiaque... Il est bleu roi et d'or comme la couronne qui tombera bientôt. Pour la première fois deux hommes entrevoient le monde comme personne avant eux. D'en haut ! D'autres viendront dans des machines ailées, des nacelles fantaisistes, gonflées à l'hydrogène... Les deux héros du jour mourront l'un quelque temps plus tard en tentant la traversée de la Manche (sens France-Angleterre), l'autre dans la misère. Le sort est souvent dur pour ceux qui veulent s'élever. Ce n'est pas Icare qui me contredira.



Devise des frères Montgolfier anoblis par le roi.  
(1) Pilâtre De RozierInitié en 1778 à la Loge "Saint-François du parfait consentement" Paris. Joseph et Etienne Montgolfier.  Loge des "Neuf soeurs" . Paris

jeudi 2 mai 2019

LA PENDULE À SALOMON


C'est selon Raoul Vergez le nom du cadran orné de marques, laissé par les compagnons charpentiers aux frontons des églises pyrénéennes pour indiquer de manière codée la route de Compostelle. Dans son roman éponyme (1957) puis son adaptation cinématographique (1960/61) on découvre les affres de l'ombrageux Bigourdan-Noble-Cœur (Daniel Ivernel) compagnon du Tour de France revenu au pays après sa déportation, en-but aux rivalités villageoises. Cet hymne au travail bien fait, à la parole donnée, à la vie en cayenne, aux rites compagnonniques, à la fraternité, mais qui égratigne au passage l'action syndicale est un échec commercial et oblige Vergez producteur à déposer le bilan de son entreprise. Délicieusement nostalgique l'ouvrage est un poil daté: allier tradition et innovation est toujours un art difficile... Mais Raoul Vergez aura été un homme passionné et de haute futaie. J'en ferai le portrait un autre jour. Notre frère René Louis Laforgue illumine de son sourire libertaire les séquences en noir et blanc. J'ai dit noir et blanc ? Comme c'est étrange !