vendredi 28 février 2014

L'AFFICHE ROUGE


Plutôt réussie cette affiche... « Graphiquement » elle cogne. Fond rouge, pastilles blanches en triangle inversé, et effet de pli vers le bas imitant un tablier franc-maçon : étrange !? A quoi pensent les nazis aux abois en la placardant sur les murs de la capitale? A faire peur, à intimider les postulants, dénoncer l'armée du crime, sur fond de sang et de gueules noircies. En février 44 elle rate son but, marque les esprits et provoque un sursaut de résistance. Onze ans plus tard Aragon s'inspirant des lettres des condamnés met en mots, puis Ferré  en musique, le martyr des 23 fusillés, et les font crier à tout jamais (Ah! la belle version d'Ogeret). Satan oublie une seconde, que l'art triomphe de tout -même de la mort- Imprévoyant, il laisse traîner sa queue dans le souffre. Quelques métèques, quelques garnements, un Goldberg deux ou trois Manouchian y mettent le feu, et font péter son cul rouge rempli de poudre -noire- Mais déjà, ici ou là, d'autres affiches rouges fleurissent... Tant pis pour nous et courage. D'autres mèches nous attendent.

PS: L'unique femme du réseau Olga Bancic sera décapitée ...


L'affiche rouge
Vous n'avez réclamé ni gloire ni les larmes ...



Ni l'orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servis simplement de vos armes
La mort n'éblouit pas les yeux des Partisans

Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L'affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu'à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants

Nul ne semblait vous voir Français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l'heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos Morts pour la France

Et les mornes matins en étaient différents
Tout avait la couleur uniforme du givre
A la fin février pour vos derniers moments
Et c'est alors que l'un de vous dit calmement
Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand

Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses
Adieu la vie adieu la lumière et le vent
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivan

Un grand soleil d'hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le coeur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d'avoir un enfant

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient le coeur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s'abattant