lundi 16 mai 2022

LA MORT SUSPENDUE

La montagne a ses propres lois. En 1985 deux jeunes britanniques tentent une première dans les Andes:  le Siula Grande (6356m) par la face Ouest. L'ascension est périlleuse mais les deux alpinistes réussissent leur coup. Pas de chance en montagne... 80% des accidents se produisent à la descente. Lors d'une chute Joe Simpson se casse une jambe.
En théorie à pareille altitude c'est la fin. Simon Yates prend la décision de descendre à l'aveugle son compagnon en bout de corde  (deux fois quarante cinq mètres avec passage de nœud dans le mousqueton, pour les initiés...)  Lors d'une longueur, le blessé se retrouve suspendu dans le vide. Son partenaire ignore pour quelle raison il ne donne pas le mou nécessaire à la manœuvre. Après une heure et demie d'attente à moins 25 degrés et menaçant d'être emporté lui-même par le poids, Simon coupe la corde. Il réussit à rejoindre le camp de base, convaincu que Joe est mort. Or, celui ci malgré sa chute dans une crevasse est  vivant. Il réussit à se hisser à l'air libre malgré  sa jambe cassée et à retrouver la moraine glacière à travers le dédale de crevasses.  S'ensuivent des dizaines d'heures de souffrance à se trainer, à tomber avec une attelle de fortune, tenaillé par la faim et la soif. Ses cris réveillent en pleine nuit son compagnon dans sa tente. Il est sauvé.  Presque mort, Joe a perdu un tiers de son poids. Il écrira plus tard ce qui deviendra un best-seller - La mort suspendue - qu'il dédiera à Simon. La montagne a ses propres lois. L'opinion a les siennes. Joe restera à jamais celui dont la ténacité et l'instinct de survie hors du commun ont "atteint des sommets". Simon restera celui qui a coupé la corde...

vendredi 22 avril 2022

PERRIN EN PERM À NANTES

 


Un ange nous a quitté. Le beau Maxence - chevelure platine, pompon rouge - dents blanches  s'est éclipsé pour une longue perm' à Nantes... Jacques Perrin, homme discret aura porté plusieurs casquettes, autres que celle de marin. Acteur dans une vie: "La fille à la valise". "La 317éme section" . "Le désert des Tartares" . "Le crabe tambour"... auront mis en lumière son visage juvénile et pur d' idéaliste. Producteur-réalisateur dans une autre, on lui doit quelques beaux films "Les choristes" ou playdoyers pour la sauvegarde du vivant.  "Océans" . "Le peuple migrateur" et le très remarqué "Microcosmos". Conscient que l'homme est une créature destructrice il a préféré rejoindre Tabarly, d'autres demoiselles  là-bas, dans le silence bruyant des animaux et les quarantièmes rugissants. Ce soir, les lions, tous les oiseaux, le peuple singe et le peuple de l'herbe... pleurent. Une de leur plus belle voix s'est tue.


samedi 26 mars 2022

EN CHEMIN

 


Avant le grand départ, il faut se préparer. Les premières ballades de printemps tiennent lieu de tests. On se voyait déjà arpentant les cimes élancées d'un pas alerte et l'on souffle lamentablement dans un bois en pente. Argggh ! On prend l'eau à la première pluie. Flic-Flac ! On s'embourbe dans la gadoue d'un chemin spongieux. Sproutch ! Notre ardeur de sherpa du dimanche s'altère face au poids du sac. Ouf ! Le premier bivouac  casse notre vieux squelette. Crac !... Bien sûr, ces questions de matériel: tarp ou tente, pantalon de pluie, réchaud, choix du duvet, prévention des tiques paraissent dérisoires face aux affres du peuple ukrainien. Mais, après tout, les "résistants facebookiens" n'arrêtent pas non plus les colonnes de chars russes.  Il faut partir.  Avec qui, où, quand, combien de temps...? On verra bien. L'aventure est au bout du pré. Cette nuit là, ma frontale dans la nuit éclaire le monde. Le chant de la saucisse sur un brasero made by meentonne sur un air de prothèses un chant de liberté. Mars n'est pas que le dieu de la guerre.


dimanche 20 mars 2022

COCORICO



Hier soir le quinze de France de rugby s'est imposé face à l'Angleterre  s' offrant son dixième grand chelem depuis la création du tournoi. Défense de fer, inspiration, sang-froid, esprit de groupe témoignent de la vigueur de cette jeune équipe et de l'intelligence de ses dirigeants.  Aucun sport ne me procure autant de frissons. Sorry ! mais je n'arrive pas à oublier le millionnaire derrière le tennisman, le footballeur, le basketteur, le golfeur, le pilote automobile... L'exploit individuel de l'athlète, du boxeur, du cavalier m'émeut moins que la construction forcément collective de ces gaillards. Le skieur, le nageur, le voileux... nous offrent des spectacles monotones. Une ombre plane toujours sur le cycliste (oui,  je sais les hommes forts de la balle ovale ne sont pas forcément clean... ) Bref, j'aime ce jeu, la force, la vitesse, l'adresse et l'intelligence qu'il nécessite. J'aime la diversité des gabarits qu'il promeut. J'aime son public à la fois bon enfant, gentiment chauvin, amoureux du beau jeu et qui, en communion avec ses champions ne veut pas quitter la pelouse. J'aime la complexité  de ses règles et son principe fondamental: "avancer en passant le ballon derrière soi". Excusez mon cocorico matinal, mais en ces temps de discorde, cette petite musique cocardière et son air de concorde me réjouissent.

jeudi 17 mars 2022

LA GUERRE D'ALGÉRIE

Sur la photo, l'un des jeunes gars prenant la pose martiale dans le djebel, est peut-être votre père, votre oncle, ou votre grand-père envoyé du haut de ses vingt ans remettre de l'ordre de l'autre côté de la mediterranée. France 2 nous a offert ces jours ci un documentaire de haut-vol. Du débarquement des troupes françaises en 1830 sur la plage de Sidi-Ferruch  (ah! le coup d'éventail du dey d'Alger),  au projet arabe de Napoléon III où indigènes et européens devaient vivre sur un pied d'égalité d'Alger à Bagdad, à la colonisation de la troisième république, la guerre 14 et le lourd tribut payé par les algériens, les promesses non tenues de citoyenneté, les expositions coloniales, la seconde guerre mondiale, Monte Cassino, les milliers de morts de Sétif ( 8 mai 45 jour de la victoire sur l'Allemagne nazie !), Camus, Messali Hadj, Ben Bella, la quatrième république impuissante, De Gaulle, "je vous ai compris", la "pacification", la "gégène", la "corvée de bois", les paras, les fellagas, les bombardements des civils, les horreurs des deux côtés, les attentats du FLN et de l'OAS, le "quarteron de généraux", l'indépendance, la liesse, le retour d'un million de pieds noirs, l'abandon et le massacre des harkis, Charonne, puis la main d'œuvre bon marché... Tout nous est conté sur ce rêve algérien, ces espoirs déçus et ce fantastique gâchis. Pourquoi les hommes (au service des états) s'ingénient-ils à se massacrer, se mépriser, s'exploiter... au lieu de se respecter, se compléter, s'entraider? Je l'ignore. Rien n'a changé depuis les temps anciens où l'autre: "l'étranger", "le sous-homme", "le métèque" était une menace. La peur, la bêtise, l'avidité, la virilité morbide, la soif de pouvoir... n'ont pas pris une ride. Toutes les guerres sont dégueulasses. Les plaies de celle-ci ne sont pas cicatrisées.

dimanche 13 mars 2022

ANIMAL, ON EST MAL


L'espèce humaine est une espèce animale invasive. Comme  certains frelons, moustiques, écrevisses, chenilles ou crapauds, elle s'introduit dans des zones hors de sa répartition et y modifie l'écosystème. Prolifique comme le lapin, l'espèce humaine est envahissante (1,7 milliard en 1900. 7 milliards aujourd'hui).  Douée d'agressivité, comme le rat ou le chat  elle est prédatrice et prélève inconsidérément sur les autres espèces. En haut de la chaîne alimentaire, l'espèce humaine n'a pas de prédateur, à part quelques virus et bactéries. Ses sociétés ressemblent de loin à celles des fourmis ou des termites, avec reines,  ouvrières,  soldats et villes tentaculaires. Les sociétés humaines sont hiérarchisées comme les sociétés de loups qui hurlent  et chassent en meute. Mais l'espèce humaine est singulière. Par son génie et dans sa folie, elle a inventé les outils de sa propre destruction. Elle a crée les conditions pour qu'un seul de ses membres, doté d'un ego malade (et après lui un autre...) puisse provoquer l'apocalypse. Inéluctablement, ce moment  arrivera. Or l'homme résiste mal au feu nucléaire et aux radiations. Le cafard, oui... Les grandes projections sur l'âge de la retraite à l'orée de 2050 me laissent perplexe. L'ère des hommes est en passe de se terminer. Celle des blattes ou cancrelats se profile.

mercredi 2 mars 2022

TROIS GUERRES... BONJOUR LES DÉGATS


On a coutume de dire que le XXème siècle a commencé en 1914 avec la première guerre mondiale. Bienvenue dans le XXIème. Entre catastrophe climatique actée, cohorte de réfugiés, spectre du cataclysme, nous y sommes. Ne jouons pas les tartuffes: des guerres, en ce moment il y en a d'autres... en Afrique, au Moyen Orient, en Asie, qui ne nous traumatisent pas. Mais celle, engagée par le petit homme des steppes, encadré de quelques galonnés frappe nos esprits. Elle se produit à nos portes et s'accompagne de menaces nucléaires. Bluff ou pas... Les 6000 ogives russes sont dans les râteliers. Les 5000 américaines trépignent. Nos sous-marins sont en alerte rouge. On voit la limite de la dissuasion nucléaire quand elle devient arme de chantage entre grandes puissances. Je vous épargnerais les fiches techniques des bombes à fusion ou à fission, des missiles pouvant frapper à 10000 kilomètres en une demie heure et la perspective d'une guerre nucléaire généralisée, où les survivants envieraient le sort des morts. Déjà que le gaz va augmenter ! Comme toujours, les belliqueux jouent à la guerre, les  hypocrites bon-teint, gendarmes du monde font mine de s'indigner mais l'entretiennent... et au final les peuples trinquent. Saint-Exupéry en 1943, signe le Petit Prince et lassé de nous, s'enfonce en méditerranée. Il nous laisse quelques fusées éclairantes dans la nuit. "Il ne savait pas que pour les rois, le monde est très simplifié. Tous les hommes sont des sujets" ou "Toutes les grandes personnes ont d'abord été des enfants, mais peu d'entre elles s'en souviennent."






mercredi 16 février 2022

PINÇON-CHARLOT

Monique est fille de bourgeois de Lozère. Michel est fils d'ouvrier de Charleville. Les deux sont sociologues, directeurs de recherche au CNRS et aujourd'hui retraités. Depuis 1986 ils  construisent leur œuvre, à quatre mains  en étudiant la bourgeoisie, ses codes, son entre-soi, sa reproduction sociale, sa ségrégation urbaine. Pour pénétrer dans les coulisses de l'oligarchie, dans ses "rallyes", ses clubs très privés, ses cercles d'influences (Le siècle), dans les arcanes du grand capital, des prédateurs de la finance toujours sur le qui-vive,  lisez "La violence des riches" - "Le président des ultras riches" ou écoutez des entretiens avec Monique Pinçon-Charlot. Vous comprendrez comment "leur" loi (celle des riches) est devenue "la" loi, la collusion du capital avec le pouvoir, les patrons de presse, les parlementaires, les lobbyistes... Au cynisme de cette caste,  à l'holocauste programmé du réchauffement climatique, vous pourrez toujours opposer votre envie de révolte, votre sens de la justice et l'article 40 du code pénal.  Warren Buffet, milliardaire américain ne me contredira pas qui déclare "Il y a une lutte des classes, bien sûr, mais c'est ma classe, celle des riches qui fait la guerre et nous gagnons." 
Pourquoi cette vieille ritournelle me revient en mémoire ?  
Ah, ça ira, ça ira ! les aristocrates à la lanterne... 


mercredi 9 février 2022

LE FACTEUR CHEVAL

 


Il y a presque cent ans mourait à Hauterives Joseph Ferdinand Cheval, plus connu sous le nom de facteur Cheval, car facteur de son état. Après avoir été traité de fou, cet être simple, au demeurant complexe mais finalement accompli, gagnait son pari après 33 ans d'acharnement et 90000 heures de travail. Son "Palais Idéal", œuvre architecturale naïve unique lui procurait reconnaissance des hommes. Obsessionnel et mono-maniaque (peut-être autiste Asperger),  ce ramasseur de cailloux, infatigable - faisait la preuve que l'on peut accomplir de multiples tours du monde en restant dans la Drôme, tutoyer le vent,  parler aux oiseaux et aux enfants au seul moyen d'une truelle, d'une brouette et d'un peu de chaux. Comme Sisyphe, il faut imaginer Cheval heureux... N'oubliez pas, amis virtuels qui pensez laisser des traces... seule compte l'oeuvre! Laissons à Ferdinand le mot de la fin.

"Fils de paysan je veux vivre et mourir pour prouver que dans ma catégorie il y a aussi des hommes de génie et d'énergie. Vingt neuf ans je suis resté facteur rural. Le travail fait ma gloire et l'honneur mon seul bonheur; à présent voici mon étrange histoire. Où le songe est devenu, quarante ans après, une réalité."  




jeudi 20 janvier 2022

PAUVRE GASPARD

 


Gaspard Ulliel ne subira pas les affronts du temps. Il ne finira pas en vieillard flamboyant, tonitruant ou diminué façon Vanel, Gabin ou Belmondo. Faut-il s'en émouvoir ou même s'en étonner ?  Le jeune acteur a trop flirté avec la mort au fil de ses films. Séduite, celle-ci s'offre un long dimanche de fiançailles avec le soldat sans mémoire.  La jeunesse paie sa part à la modernité sur les routes, dans les caves remplies de seringue, dans les chambres d'étudiant... ici sur une piste de ski, piste bleue... comme ses yeux. C'est juste la fin de l'histoire - le Duc balafré emporte à sa Guise son regard incandescent et sa cicatrice jusqu'aux confins du monde. Déjà, les anges s'en réjouissent l'accueillant à ailes déployées. Chantez pour le pauvre Gaspard !



dimanche 16 janvier 2022

DON'T LOOK UP.

 


"Don't look up". "Ne regardez-pas". Ce film fait le buzz depuis les fêtes de Noël. Drame apocalyptique  traité sous forme de farce. Une comète tueuse fonce vers la terre, menaçant toute forme de vie. Deux modestes astronomes (Di Caprio/Jennifer Lawrence) s'agitent pour éveiller les esprits et déclencher un sursaut planétaire... Le cinéma américain réussit avec brio ces critiques sociétales qui révèlent ses tares et ses névroses. Tous sont épinglés: politiques, accrochés à leur illusion de pouvoir,  milliardaires philanthropes à leurs intérêts et délires égotiques,  populations engluées dans le plaisir immédiat, le consumérisme et la passivité. Ce déni cosmique, où l'humanité court à sa perte par inaction et cécité, nous renvoie à un futur incertain et à l'échéance climatique que nous n'osons regarder en face. "Mélancholia", "4H44-Dernier jour sur terre" "L'armée des 12 Singes" avaient déjà frappé les esprits. "Ne regardez-pas" se rajoute à la longue liste des films annonciateurs. Regardez-le...

dimanche 26 décembre 2021

COLLECTION SIGNE DE PISTE

 


Enfant, puis adolescent, j'ai eu un rapport ambigu avec le scoutisme. La vie en plein air, les feux de camp, le couteau à la ceinture et les chaussettes roulées sur les brodequins me fascinaient... Les noms de totem, les corvées, les bannières, la hiérarchie et les références trop appuyées à une chevalerie en croisade... un peu moins! Ainsi,  je n'ai pas été scout, et me suis contenté de lire les livres de la collection Signe de Piste de ma mère. Dans les années 30, le mouvement crée en 1907 par le protestant Baden-Powell fait de nombreux émules. En 1937 Serge Dalens et l'illustrateur Pierre Joubert conçoivent ces romans scouts. Il donnent vie au très aryen et très aristocratique Prince Eric, qu'ils font mourir en 1943, frappé par la réalité de la guerre. La saga initiatique brandissant les valeurs d'entraide, d'amitié et de respect connaitra un vif succès, à une époque embrasée où des jeunes hommes en uniforme rêvent d'aventures, d'honneur, d'initiation, de dépassement de soi, de serment, de pureté... On connait la suite! D'autres récits m'emmèneront vers d'autres rivages. "Le Tigre et sa panthère" (de Larigaudie),  "Le Chef à l'œil d'ivoire" (Aimé Roche), "Longue Piste" (Denis Roland) me propulseront dans l'Inde de Kipling, au pays des Inuits ou chevauchant un Yack au Népal... On ne se remet jamais de son enfance et de son trouble. "Loup, un jour. Loup, toujours." Mon sac rempli de mystère est encore prêt à partir.

vendredi 17 décembre 2021

LA BICYCLETTE

 


Une des plus belles chansons sur l'enfance, aux senteurs de soleil et de premiers émois. En 1968 au sommet de sa carrière et de son art, Montand nous offre un hymne à "La bicyclette" et aux jupes qui s'envolent. Ah! Paulette....  Musique géniale de Francis Lai, petit air entêtant teinté de coups de sonnette. Paroles de Pierre Barouh qui s'inspire de ses propres souvenirs de réfugié en Vendée pendant la guerre. Cet été 68, au parfum de liberté  après les évènements de Mai, au fil de vacances dont on avait l'impression qu'elles dureraient toujours, fut l'un des plus beaux de mon enfance, traversé par cette chanson que, déjà nostalgiques nous croyions, ma sœur, mon cousin et moi qu'elle avait toujours existé.  Les lamentos des violons et la stridulation des sauterelles en bouquets s'étonnent encore de cette insouciance envolée. 

Une autre fois je vous parlerai du Solex de ma grand mère, de "La guerre des boutons", magnifique film d'Yves Robert. Les autres... pffff


samedi 11 décembre 2021

DYSTOPIE

 


Dystopie/ le genre connait un engouement en BD et sur les écrans: Hunger Games, Le Labyrinthe, Divergente... Adaptés de romans ces sagas utilisent les mêmes arcs narratifs. Dans un univers post-apocalyptique une caste de nantis, autoritaire et dégénérée  maintient sous le joug des populations misérables. S'inspirant des jeux cruels de l'antiquité ou de la mythologie, à date régulière les districts doivent remettre des jeunes gens qui s'entretuent, assurant le spectacle et la cohésion de la société (Hunger games), les jeunes adultes doivent choisir leur faction (Divergente) parmi les cinq officielles ou des adolescents doivent survivre dans le piège oppressant d'un monstre de béton (Le Labyrinthe). Les ingrédients sont la jeunesse, l'action, l'amour, la hiérarchie, le bien le mal, la dualité, le dépassement de soi, l'accomplissement sur fond de désespoir et de villes crépusculaires. Dans ces groupes, il est question d'initiation, de serment, de signes, d'épreuves. La mort y rôde, la fraternité aussi... On est loin ici de l'univers DC et Marvel des super héros, aux pouvoirs venus de l'espace, ou suréquipés en technologie. Ces récits imaginaires de sociétés dont il est impossible de s'échapper surviennent toujours après un cataclysme, une guerre civile, une pandémie, dans une planète dégradée et cloisonnée, où la dictature domine les corps et les esprits. Rassurez-vous! Toute ressemblance avec une  actualité passé, présente ou à venir serait fortuite !

PS: Les cinq factions de Divergente sont: "Les Courageux", "les Sincères", "les Altruistes", "les Erudits", "les Fraternels". Le régime impose l'appartenance à une faction, (et une seule!) sous-peine de clochardisation.  Quelle serait-la vôtre? Quelle est la mienne ? Terrible...

dimanche 5 décembre 2021

VERS UNE SOBRIÉTÉ DÉFINITIVE


 

LES SENTIERS DE LA GLOIRE

 


1957- Jugé anti-militariste en pleine guerre d'Algérie le film n'est pas projeté dans les salles en France à sa sortie. Offrant à Kirk Douglas l'un ses plus beaux rôles, le réalisateur Stanley Kubrick s'inspire de faits réels (l'affaire des caporaux de Souain) dans un opus en noir et blanc sur la grande guerre. Tranchées, trous de marmites remplis d'eau et de cadavres, assaut absurde voué à l'échec, combattants découpés à la mitrailleuse, peur au ventre, exécutions aléatoires... côté troupe. Bals mondains, hiérarchie stupide, carriérisme, ordres iniques ... côté galonnés. C'est l'originalité de ce film de guerre. L'ennemi n'est pas l'Allemand, mais le Bourgeois planqué de son propre camp... l'ennemi de classe. Pour oublier le peloton au petit matin, la peur de mourir, l' homme fusillé sur un brancard, fermons ce bal des sacrifiés sur l'un des plus beaux moments du film: les yeux humides des soldats français braillards puis émus, fredonnant dans un cabaret "Der Treue Huzar" entonnée par une jeune allemande terrorisée... leur fille, leur femme, leur sœur, leur mère. Une lueur d'humanité plus forte que la guerre.