jeudi 20 janvier 2022

PAUVRE GASPARD

 


Gaspard Ulliel ne subira pas les affronts du temps. Il ne finira pas en vieillard flamboyant, tonitruant ou diminué façon Vanel, Gabin ou Belmondo. Faut-il s'en émouvoir ou même s'en étonner ?  Le jeune acteur a trop flirté avec la mort au fil de ses films. Séduite, celle-ci s'offre un long dimanche de fiançailles avec le soldat sans mémoire.  La jeunesse paie sa part à la modernité sur les routes, dans les caves remplies de seringue, dans les chambres d'étudiant... ici sur une piste de ski, piste bleue... comme ses yeux. C'est juste la fin de l'histoire - le Duc balafré emporte à sa Guise son regard incandescent et sa cicatrice jusqu'aux confins du monde. Déjà, les anges s'en réjouissent l'accueillant à ailes déployées. Chantez pour le pauvre Gaspard !



dimanche 16 janvier 2022

DON'T LOOK UP.

 


"Don't look up". "Ne regardez-pas". Ce film fait le buzz depuis les fêtes de Noël. Drame apocalyptique  traité sous forme de farce. Une comète tueuse fonce vers la terre, menaçant toute forme de vie. Deux modestes astronomes (Di Caprio/Jennifer Lawrence) s'agitent pour éveiller les esprits et déclencher un sursaut planétaire... Le cinéma américain réussit avec brio ces critiques sociétales qui révèlent ses tares et ses névroses. Tous sont épinglés: politiques, accrochés à leur illusion de pouvoir,  milliardaires philanthropes à leurs intérêts et délires égotiques,  populations engluées dans le plaisir immédiat, le consumérisme et la passivité. Ce déni cosmique, où l'humanité court à sa perte par inaction et cécité, nous renvoie à un futur incertain et à l'échéance climatique que nous n'osons regarder en face. "Mélancholia", "4H44-Dernier jour sur terre" "L'armée des 12 Singes" avaient déjà frappé les esprits. "Ne regardez-pas" se rajoute à la longue liste des films annonciateurs. Regardez-le...

dimanche 26 décembre 2021

COLLECTION SIGNE DE PISTE

 


Enfant, puis adolescent, j'ai eu un rapport ambigu avec le scoutisme. La vie en plein air, les feux de camp, le couteau à la ceinture et les chaussettes roulées sur les brodequins me fascinaient... Les noms de totem, les corvées, les bannières, la hiérarchie et les références trop appuyées à une chevalerie en croisade... un peu moins! Ainsi,  je n'ai pas été scout, et me suis contenté de lire les livres de la collection Signe de Piste de ma mère. Dans les années 30, le mouvement crée en 1907 par le protestant Baden-Powell fait de nombreux émules. En 1937 Serge Dalens et l'illustrateur Pierre Joubert conçoivent ces romans scouts. Il donnent vie au très aryen et très aristocratique Prince Eric, qu'ils font mourir en 1943, frappé par la réalité de la guerre. La saga initiatique brandissant les valeurs d'entraide, d'amitié et de respect connaitra un vif succès, à une époque embrasée où des jeunes hommes en uniforme rêvent d'aventures, d'honneur, d'initiation, de dépassement de soi, de serment, de pureté... On connait la suite! D'autres récits m'emmèneront vers d'autres rivages. "Le Tigre et sa panthère" (de Larigaudie),  "Le Chef à l'œil d'ivoire" (Aimé Roche), "Longue Piste" (Denis Roland) me propulseront dans l'Inde de Kipling, au pays des Inuits ou chevauchant un Yack au Népal... On ne se remet jamais de son enfance et de son trouble. "Loup, un jour. Loup, toujours." Mon sac rempli de mystère est encore prêt à partir.

vendredi 17 décembre 2021

LA BICYCLETTE

 


Une des plus belles chansons sur l'enfance, aux senteurs de soleil et de premiers émois. En 1968 au sommet de sa carrière et de son art, Montand nous offre un hymne à "La bicyclette" et aux jupes qui s'envolent. Ah! Paulette....  Musique géniale de Francis Lai, petit air entêtant teinté de coups de sonnette. Paroles de Pierre Barouh qui s'inspire de ses propres souvenirs de réfugié en Vendée pendant la guerre. Cet été 68, au parfum de liberté  après les évènements de Mai, au fil de vacances dont on avait l'impression qu'elles dureraient toujours, fut l'un des plus beaux de mon enfance, traversé par cette chanson que, déjà nostalgiques nous croyions, ma sœur, mon cousin et moi qu'elle avait toujours existé.  Les lamentos des violons et la stridulation des sauterelles en bouquets s'étonnent encore de cette insouciance envolée. 

Une autre fois je vous parlerai du Solex de ma grand mère, de "La guerre des boutons", magnifique film d'Yves Robert. Les autres... pffff


samedi 11 décembre 2021

DYSTOPIE

 


Dystopie/ le genre connait un engouement en BD et sur les écrans: Hunger Games, Le Labyrinthe, Divergente... Adaptés de romans ces sagas utilisent les mêmes arcs narratifs. Dans un univers post-apocalyptique une caste de nantis, autoritaire et dégénérée  maintient sous le joug des populations misérables. S'inspirant des jeux cruels de l'antiquité ou de la mythologie, à date régulière les districts doivent remettre des jeunes gens qui s'entretuent, assurant le spectacle et la cohésion de la société (Hunger games), les jeunes adultes doivent choisir leur faction (Divergente) parmi les cinq officielles ou des adolescents doivent survivre dans le piège oppressant d'un monstre de béton (Le Labyrinthe). Les ingrédients sont la jeunesse, l'action, l'amour, la hiérarchie, le bien le mal, la dualité, le dépassement de soi, l'accomplissement sur fond de désespoir et de villes crépusculaires. Dans ces groupes, il est question d'initiation, de serment, de signes, d'épreuves. La mort y rôde, la fraternité aussi... On est loin ici de l'univers DC et Marvel des super héros, aux pouvoirs venus de l'espace, ou suréquipés en technologie. Ces récits imaginaires de sociétés dont il est impossible de s'échapper surviennent toujours après un cataclysme, une guerre civile, une pandémie, dans une planète dégradée et cloisonnée, où la dictature domine les corps et les esprits. Rassurez-vous! Toute ressemblance avec une  actualité passé, présente ou à venir serait fortuite !

PS: Les cinq factions de Divergente sont: "Les Courageux", "les Sincères", "les Altruistes", "les Erudits", "les Fraternels". Le régime impose l'appartenance à une faction, (et une seule!) sous-peine de clochardisation.  Quelle serait-la vôtre? Quelle est la mienne ? Terrible...

dimanche 5 décembre 2021

VERS UNE SOBRIÉTÉ DÉFINITIVE


 

LES SENTIERS DE LA GLOIRE

 


1957- Jugé anti-militariste en pleine guerre d'Algérie le film n'est pas projeté dans les salles en France à sa sortie. Offrant à Kirk Douglas l'un ses plus beaux rôles, le réalisateur Stanley Kubrick s'inspire de faits réels (l'affaire des caporaux de Souain) dans un opus en noir et blanc sur la grande guerre. Tranchées, trous de marmites remplis d'eau et de cadavres, assaut absurde voué à l'échec, combattants découpés à la mitrailleuse, peur au ventre, exécutions aléatoires... côté troupe. Bals mondains, hiérarchie stupide, carriérisme, ordres iniques ... côté galonnés. C'est l'originalité de ce film de guerre. L'ennemi n'est pas l'Allemand, mais le Bourgeois planqué de son propre camp... l'ennemi de classe. Pour oublier le peloton au petit matin, la peur de mourir, l' homme fusillé sur un brancard, fermons ce bal des sacrifiés sur l'un des plus beaux moments du film: les yeux humides des soldats français braillards puis émus, fredonnant dans un cabaret "Der Treue Huzar" entonnée par une jeune allemande terrorisée... leur fille, leur femme, leur sœur, leur mère. Une lueur d'humanité plus forte que la guerre.

 

vendredi 12 novembre 2021

BARRY LINDON

Barry Lindon. J'aime ce film de 1975. La minutie des costumes, la photo, les éclairages aux chandelles, les scènes de batailles, de duels, l'affiche, la musique (Sarabande, trio à cordes et piano)... mais aussi  l'intrigue et le personnage. Barry, intrigant irlandais évolue dans la société britannique du XVIIIème siècle. Simple soldat, officier par usurpation d'identité, déserteur, tricheur au jeu, trousseur ou détroussé, débauché, querelleur, veule, violent, courageux, amoureux... L'homme aspire à la consécration sociale et la rencontre en séduisant la riche comtesse de Lindon. Arrivé au pinacle, la chute n'en sera que plus dure. Ce film est moderne. Ambition, opportunisme, maladie, guerre, amitié, chagrin, passion, cynisme, amour filial, vengeance, mort... Rien que des thèmes éternels. Merci Stanley Kubrick, merci Ryan O'Neal, qui ne retrouvera jamais un aussi beau rôle, merci aux chers morts Hændel et Schubert. Gloire au baroque annonçant le romantisme, sa mélancolie et ses instants de grâce. 

dimanche 7 novembre 2021

DU CÔTÉ DE VITRY...

Quel fleuve coule à Paris ? La Seine ou l'Yonne ? Les règles hydrographiques sont formelles... Sous le Pont Mirabeau coule l'Yonne. Bon ! A deux encablures de Bercy, sous le pont de Charenton coule la Marne qui rejoint la Seine (pardon l'Yonne !) entre autoroute, périphérique et voie ferrée. Saint-Maurice la bourgeoise et le bois de Vincennes sont à deux pas. Par les quais, rendus aux vélos on tourne le dos à la tour bancale de Jean Nouvel. Ce ne sont pas des quais somptueux, plutôt une zone interlope au charme discret mais réel. Spectaculaire passerelle béton taguée, où de pauvres bougres ont installé leur tente derrière un pilier,  ateliers et entrepôts en brique, péniche au propriétaire atteint du syndrome de Diogène,  skatepark cheap... créent une ambiance "réaliste". On dépasse l'improbable Chinagora, si improbable que sa présence devient fascinante. La kitschissime réplique de la cité interdite dresse ses toits en pagode aux portes de Paris... Dans un souci de dépaysement les touristes asiatiques viennent y manger et dormir. Mais déjà Vitry se profile. Un mélange d'artères sans âme, de boulevards tristes et de petites rues aux pavillons en meulière évoquent Léo Mallet ou Céline. Sous les pavés déchaussés, des arbres se dressent encore, mais l'arrêté préfectoral menace. La gentrification aussi. Un théâtre lové dans une vieille gare, quelques restos alternatifs, des rues aux noms de résistants et de maires communistes rappellent que Vitry fut une cité rouge. Lors de ce court séjour, nous irons une fois en vélo à Paris: quais que se disputent piétons et cyclistes enragés, jardin des Plantes inondé de monde, places fourmillant de touristes, danger à chaque coup de pédale... nous le feront regretter. Je tente une prière... "Notre Dame qui êtes en chantier, préservez-nous de la foule, des trottinettes et de l'agitation du monde. Ainsi soit-il."


mercredi 27 octobre 2021

UTOPIA



L'autre soir - avec mon amie - entre la poire et la fromage la conversation a porté sur le revenu universel et inévitablement sur l'utopie. En cette fin de repas, nous n'avons pas convié Platon, Thomas More, Rabelais, Fourrier, les gars de la Commune... mais évoqué de manière floue la Société idéale en butte aux sociétés réelles imparfaites. Pour mon amie, les avancées sociales sont les utopies d'hier. Elle a raison. Sans utopistes pas de sécurité sociale, de congés payés, d'instruction publique obligatoire, d'égalité hommes-femmes, de vote, etc... Son  monde est coloré. Le mien ne s'exprime qu'en nuances de gris... J'ai avancé les guerres incessantes, les génocides, les intérêts particuliers, la cupidité, le cynisme, la torpeur, la médiocrité et notre propension à pervertir toute idée généreuse. En point d'orgue le réchauffement climatique et la cécité des peuples, des décideurs, des puissants. C'était deux regards croisés, deux énergies, deux visions de l'humain et du politique. L'un de partage et d'humanisme, l'autre rivé sur la réalité du monde. Quelle est la vision juste? Celle qui  n'envisage que la lumière... Ou celle qui distingue les ombres dans l'obscurité ?


mardi 12 octobre 2021

PAGNOL EST MORT



"Le Château de ma Mère" film de Yves Robert a 30 ans. Ce soir, une évidence me saute à la face. Ce récit, à des années lumière du nôtre n'est plus.... Les collines de Provence, giboyeuses, préservées où l'on accède à pied, les "piqueurs" débonnaires (ou pas!) du canal traversant les propriétés de notables, un comte balafré par un uhlan, les hussards noirs de la République" dans des écoles propres, aux élèves respectueux, des couples unis et romantiques, des enfants arpentant le maquis et posant des collets... Aujourd'hui, Marseille a les yeux de Chimène pour le ballon rond. Entre deux rodéos, on s'y canarde dans les cités sur fond de trafic. Les crues emportent des tonnes d'immondices dans la mer. Les calanques sont prises d'assaut ou privatisées, la garrigue brûle, envahie par des maisons sans poésie... Ailleurs, on décapite un professeur, on en agresse une autre. Pourtant, la ville est toujours belle, colorée et polychrome. Le Garlaban domine toujours Aubagne. Que s'est-il passé pour que cette adaptation nostalgique, sans poussière, sans aspérités, cette carte postale idéalisée de l'enfance, ce film sur le bonheur, colle aussi peu avec notre réalité ?


mercredi 29 septembre 2021

LA STASI

 


La Stasi, police politique, utilise avant la chute du mur 90000 agents officiels et 175000 informateurs, soit 1% de la population. Bouclier et glaive du parti socialiste, son but est de "Tout savoir". La dictature Est-Allemande met les esprits sous contrôle. Ecoutes téléphoniques, appartements sous surveillance, détention, dénonciations, interrogatoires, chantage au logement, à l'emploi, pressions psychologiques, fouilles... alimentent une paranoïa générale. Les citoyens de RDA la dépeignent ainsi: "Si tu ne viens pas à nous, nous viendrons à toi"Un  beau film de 2006 "La Vie des autres" (FH von Donnersmarck) nous plonge dans cet univers plombé. Gerd Wiesler (Ullrich Mühe impérial) capitaine de la Stasi, froid et méticuleux, espionne nuit et jour un auteur de théâtre et sa compagne actrice. Au fil des écoutes, dans une vie par procuration, il  transforme son regard et ses méthodes jusqu'à modifier ses rapports et sauver l'artiste compromis. Une histoire aussi belle qu'improbable !

Question subsidiaire: "Si nous ne sommes pas en dictature dans nos sociétés "démocratiques", sommes nous libres pour autant ?"  Vous avez deux heures...    


vendredi 24 septembre 2021

SATANAS ET DIABOLO

 


Ça y est. La campagne présidentielle est lancée. Comme dans la série américaine des années 70, Eric Satanas et Jean-Luc Diabolo ont croisé le fer hier soir sur BFMTV.  L'un voyant dans l'émigrant la source de tous les maux d'un pays décadent;  l'autre l' absolvant de toute faute. Rire sardonique et coup sur la tête garantis.  A la même heure (mauvais timing!) Valérie jolie cœur affrontait le Soldat Petit Pois. La veille, Yannick la Rondelle et son castor Saucisson bataillaient sur les techniques d'abattage des résineux. Ecologie pragmatique versus écologie radicale. Pendant ce temps le jeune pigeon Zéphyrin, promu à un bel avenir tente de traverser les lignes avec son clairon. Taratita tari tara. Chacun s'efforce de prouver qu'il est l'homme ou la femme providentielle. Les sales coups pleuvent.  Qui gagnera ? Anne la Rouge, Al Carbone et sa bande, Arnaud de Beau Fixe, Malabar ou Malabile, les Frères têtes dures, le Professeur Maboulette... ? Faites vos jeux. La planète brûle, rien ne va plus ! Sapristi-Saprista ! Perdu encore une fois !

vendredi 10 septembre 2021

HERCULE/HÉRACLÈS

 


Héros populaire dans la Grèce et la Rome antique, célébré pour ses douze travaux où il affronte les monstres des temps anciens. On ignore parfois que ces épreuves lui sont imposées par Eurysthès (héritier de Zeus né d'un stratagème quelques heures avant lui) pour expier son crime. Dans un coup de folie orchestré par la jalouse Héra, Héraclès tue sa propre femme, ses enfants et revenu à la raison plonge dans le désespoir.  Sa force physique, son courage, son gout de l'aventure et de la justice, sa puissance sexuelle en font un être d'exception, mais aussi un perpétuel exilé, qui apprend peu de ses erreurs, un être déchiré (haï par la femme de son père) et  fragile psychologiquement. Le fils de Zeus et d'Alcmène devient le symbole de l'accomplissement dans l'effort, du combat intérieur et de la quête de la rédemption. L'homme à la massue, à l'arc et à la crinière solaire de lion, accède à la vie éternelle après une mort de supplicié. Ne manque que le salut des hommes comme horizon à cette fin tragique et sacrificielle, pour que la ressemblance avec un autre "fils célèbre" soit plus troublante encore...

mardi 7 septembre 2021

LE TOUR DE BÉBEL



Belmondo a été retrouver ses parents, Gabin et ses copains du conservatoire. Nous perdons le grand frère, le copain, l'amant, le père, le bagarreur que nous aurions aimé être. Avec son physique de statue grecque, sa gueule d'amour, sa décontraction et sa gouaille, il incarne une forme de masculinité joyeuse, témoin d'une période enfuie dans une France insouciante, libre et heureuse de vivre.  Au concert des louanges nationales, j'apporte ce bémol. Belmondo tourne ses plus beaux films, jeune: Le Doulos, Week-end à Zuydcotte,  la Ciociara, La Sirène du Mississipi, Cartouche, Un singe en hiver, Pierrot le Fou, A bout de souffle, Léon Morin prêtre, l'Homme de Rio, Borsalino... puis invente Bébel le cascadeur/Tac-Tac Badaboum qui me semble plus caricatural. Le théâtre qui l'avait boudé le rattrape avec bonheur, puis Lelouch le césarise enfin, les 278 rappels de la dernière représentation, l'AVC, le fauteuil... Bébel a eu mille vies et réalisé le vieux mythe de la Tour:  parler à chacun dans un langage simple, universel, populaire. Belmondo est mort et "... c'est vraiment dégueulasse ! "  

- ... mais, il l'emporte sans un pli, sans une tache.

-Quoi?

-Son panache !




dimanche 5 septembre 2021

ZEUS

Sacré Zeus ! Toujours prêt à courir le guilledou.  Déesses, nymphes... mais aussi mortelles. Aucune ne lui échappe. Même sa propre soeur, l'irascible Hera partage sa vie et sa couche.  Seule condition pour être séduite: être plutôt jeune et bien gaulée. Aux déesses il emprunte les vertus et s'en pare: prudence, ruse, justice... Aux humaines, il ne peut apparaitre sous sa forme divine et se déguise en taureau, en aigle, en cygne, en pluie d'or, en cheval... ou sous les traits d'une autre divinité. Bien sûr, avec un tel tempérament sa progéniture est innombrable: déesses, dieux, muses, héros. (Mon préféré c'est Hercule ou Héraclès). Pourquoi le culte de ce dieu suprême et sauveur, immortel et invincible, dieu du ciel, pas très éloigné d'un culte monothéiste a t-il disparu ? Peut-être les pensions alimentaires ou la perspective d'un scandale façon Me Too  l'ont-elles incité à se faire discret. Restent l'aigle, la foudre et le chêne, le jeudi, une planète et l'image "jupitérienne" revendiquée parfois. Pas si mal !




lundi 30 août 2021

LES MOTS DE L'ÉTÉ/ 5

 


"Laissez tout vous arriver: la beauté et la terreur. Continuez. Aucun sentiment n'est définitif "               

 

 Rainer Maria Rilke

vendredi 27 août 2021

EN GOGUETTE !

Les goguettes (ne pas confondre avec les guinguettes /cabarets accueillant des bals) sont des sociétés chantantes  qui voient le jour en France vers 1730 et prospèrent tout au long du XIXème. Certaines viennent de plus loin comme le "Consistoire du Gai savoir (1323) ou le "Concert des Enfants de Bacchus" (1630). Lors de soirées joyeuses on rit, on  boit et on s'amuse un soir par semaine en poussant la chansonnette.  Après l'Empire, le nombre des membres est réduit à 19. Les royalistes voyant dans ses réunions des repaires bonapartistes. Paradoxalement cette restriction et la gratuité des prestations renforcent la cohésion des membres. Napoléon III les interdit en 1851,  craignant de voir s'y propager les idées républicaines. Le public y est plutôt populaire,  politisé ou pas, talentueux ou pas, libre penseur ou juste libre buveur,  révolutionnaire ou contre révolutionnaire. Retenez que J.B Clément (l'Internationale/Le Temps des cerises) et A. Thiers, ennemis lors de la Commune  ont été goguettiers au cours de la même période. Certains airs connus y sont nés. "J'irai revoir ma Normandie, Le petit Quinquin, Fanfan la Tulipe..." et Courbet, Baudelaire, Manet, Béranger... les ont fréquentés.... Aujourd'hui quelques unes demeurent et le carnaval de Dunkerque prolonge cette tradition des sociétés chantantes.  L'émission "N'oubliez pas les paroles" témoigne du gout français pour la ritournelle... l'argent, la solitude télévisuelle et les paillettes en plus. Un trio (mais à quatre) Les Goguettes a égayé notre confinement. Tous en choeur avec moi. "Pour moi c'est sûr elle est Pfizer..."



mardi 17 août 2021

HELL FIRE CLUB

A quelques encablures de Dublin,  perchée sur une colline, se dresse une vieille bâtisse étrange: voute de pierre en guise de toiture n'empêchant pas la pluie de s'infiltrer,  ouvertures rares n'empêchant pas le vent de hurler, portes éventrées n'empêchant pas les curieux de rentrer.  Ce pavillon de chasse  construit vers 1725 par William Conolly, politicien et avocat emperruqué,
attire aujourd'hui les fêtards et les amoureux de paranormal. On prête à son feu propriétaire des pratiques occultes et démoniaques, messes noires, débauches, crimes... L'édifice étant en partie bâti avec les pierres d'un cimetière préhistorique, l'ambiance est à son comble. On a du mal à imaginer les chevaux piaffant dans les écuries, les cuisiniers s'activant aux fourneaux au rez-de-chaussée, et les beaux messieurs en habits ripaillant ou lutinant des prostituées à l'étage. Si vous passez la nuit là bas, n'oubliez ni votre frontale, ni votre cape de pluie ni... vos anxiolytiques.

lundi 16 août 2021

LES MOTS DE L'ÉTÉ /4

Celui qui se perd dans sa passion, perd moins que celui qui perd sa passion.                     Saint Augustin