dimanche 19 mai 2019

ALFRED NAKACHE

Artem : le poisson en hébreu. Alfred Nakache a du savoir nager pour ne pas se noyer en ces temps de malheur. Juif de Constantine installé en Fance, plusieurs fois titré en natation il participe aux J.O de Berlin, mais la guerre venue perd la nationalité française par abolition du décret Crémieux. Zone libre, Toulouse, le TOEC... L'antisémitisme le rattrape - 1943 arrestation, Drancy, Auschwitz, marche de la mort, Buchenwald. Sa constitution d'athlète le sauve- 1945 Il revient des camps sans sa femme ni sa fille. Il pèse 40 kilos. L'appel des bassins, la compétition le reprennent. Il retrouve le haut niveau et participe aux J.O de 48, puis devient entraineur. Il meurt en 1983 à 67 ans lors de son entrainement quotidien à Cerbère. Il fait son entrée ce jour au panthéon de la natation -L'international Swimming Hall of Fame en Floride (5ème français). On l'a surnommé aussi "le nageur d'Auschwitz" puisque lors de sa déportation il organisait des séances de natation à la barbe de ses gardiens dans des bassins de rétention. Leçon de vie, leçon de sport quand l'effort mène à tout: gloire, déchéance, oubli, fortune, misère... et ici résistance.



jeudi 9 mai 2019

AU REVOIR LÀ-HAUT


Prenez un bon Goncourt, un metteur en scène doublé d'un acteur talentueux, une belle lumière, de savants costumes, une belle distribution, le Paris d'après le grand massacre : populaire, bourgeois, cocardier, corrompu, généreux, miséreux. Rajoutez-y quelques casques Adrian, deux ou trois gueules cassées, de la boue, de glauques scènes de tranchées, une bonne dose de cynisme, une louche de culpabilité, une pincée de courage, une autre de lâcheté, des sentiments,  des masques... de l'art, du mystère ! N'oubliez pas quelques jolis minois, la mort du félon, le pardon, la rédemption du réprouvé. Laissez mitonner deux heures au feu doux anarchiste. Salez. Poivrez. Régalez-vous seul ou à plusieurs...

"Au revoir là-haut" . Fiche technique
Pierre Lemaitre. Prix Goncourt/ 2013. 
Réalisateur et rôle principal du film/2017. Albert Dupontel. 115 minutes. Couleur. 5 oscars
Distribution: Niels Arestrup, Laurent lafitte, Emilie Dequenne, Nahuel Pérez Biscayart, Mélanie Thierry... et quelques autres.


lundi 6 mai 2019

SIC ITUR AD ASTRA




* "Nous irons ainsi jusqu'aux astres..." Ils iront de La Muette à la Butte-aux-Cailles... 9 kilomètres - ce qui n'est déjà pas si mal. Nous sommes le 21 novembre 1783. Le premier aérostat habité survole Paris. A son bord: Pilâtre de Rozier(1) et le marquis d'Arlandes. Deux esprits libres et scientifiques que compte la France des Lumières. L'engin volant est l'oeuvre des frères Montgolfier francs-maçons et industriels d'Annonay qui ont déjà propulsé dans le ciel un coq, un canard et un mouton. Il est en toile de coton et papier, comporte une plateforme, un réchaud grillagé qu'on alimente de paille, des fleurs de Lys, des soleils, les signes du Zodiaque... Il est bleu roi et d'or comme la couronne qui tombera bientôt. Pour la première fois deux hommes entrevoient le monde comme personne avant eux. D'en haut ! D'autres viendront dans des machines ailées, des nacelles fantaisistes, gonflées à l'hydrogène... Les deux héros du jour mourront l'un quelque temps plus tard en tentant la traversée de la Manche (sens France-Angleterre), l'autre dans la misère. Le sort est souvent dur pour ceux qui veulent s'élever. Ce n'est pas Icare qui me contredira.



Devise des frères Montgolfier anoblis par le roi.  
(1) Pilâtre De RozierInitié en 1778 à la Loge "Saint-François du parfait consentement" Paris. Joseph et Etienne Montgolfier.  Loge des "Neuf soeurs" . Paris

jeudi 2 mai 2019

LA PENDULE À SALOMON


C'est selon Raoul Vergez le nom du cadran orné de marques, laissé par les compagnons charpentiers aux frontons des églises pyrénéennes pour indiquer de manière codée la route de Compostelle. Dans son roman éponyme (1957) puis son adaptation cinématographique (1960/61) on découvre les affres de l'ombrageux Bigourdan-Noble-Cœur (Daniel Ivernel) compagnon du Tour de France revenu au pays après sa déportation, en-but aux rivalités villageoises. Cet hymne au travail bien fait, à la parole donnée, à la vie en cayenne, aux rites compagnonniques, à la fraternité, mais qui égratigne au passage l'action syndicale est un échec commercial et oblige Vergez producteur à déposer le bilan de son entreprise. Délicieusement nostalgique l'ouvrage est un poil daté: allier tradition et innovation est toujours un art difficile... Mais Raoul Vergez aura été un homme passionné et de haute futaie. J'en ferai le portrait un autre jour. Notre frère René Louis Laforgue illumine de son sourire libertaire les séquences en noir et blanc. J'ai dit noir et blanc ? Comme c'est étrange !